Une année, il a neigé à Phnom Penh

« Diamond Island » de David Chou est un film rare, fort, à voir, les yeux et les oreilles ouverts. L’essentiel des scènes s’ancre à « Koh Pich », une ville nouvelle sortant de terre, un « projet immobilier de luxe » en construction. La géographie du lieu, une presqu’île aux portes de Phnom Penh, repose sur une zone de toute beauté, autrefois sauvage, composée de sable et d’herbes. Derrière les néons, et la promesse d’un paradis artificiel, se dessine l’enfer des conditions de travail et d’hébergement du chantier. Payés 150$ par mois, des jeunes, exilés des campagnes, se raccrochent à l’amitié de leurs compagnons d’infortune et à la quête de relations amoureuses. Ils ne connaissent pas Phnom Penh, car ils ne sortent pas de leur presqu’île. Corps et âme, ils semblent prisonniers du béton, des structures en acier, de la poussière, du bruit, de leur destin. Le metteur en scène prend le temps de filmer les soirées, les échappatoires, la complicité, la séduction , les codes amoureux et le début des rivalités qui en découle.

L’errance nocturne d’une jeunesse désenchantée est le fil conducteur de ce très beau film, dur mais poétique. La liberté que procure l’argent, de ceux qui s’en sortent, ouvre une autre voie, apparemment plus attractive que celle de l’esclavage. Toutefois, elle ne semble pas rendre plus heureux, au contraire. Dans cette bande de jeunes-là, on rit moins, on s’amuse avec de l’alcool plus fort, et on ne rêve plus. Ensemble, chacun est seul.

Sur sa moto, Bora, le « héros » qui a réussi à sortir de sa situation d’esclavage moderne, tente de retourner en arrière, en allant sur le chantier pour revoir ses anciens compagnons et son amour « Aza », qu’il observe à distance. Très vite, il comprend qu’elle s’est rapprochée d’un ancien camarade dont elle n’était pas amoureuse. Il repart sur sa moto, seul mais libre ou libre mais seul.

Avant de refermer le rideau, je vous invite à imaginer une scène poétique du film. Une nuit, Bora et Aza vont nulle part sur une moto d’emprunt, et Aza raconte à Bora qui conduit, qu’une année, il a neigé sur Phnom Penh. Et, soudain, une pluie de lucioles tapisse le ciel étoilé jusqu’au sol. La moto roule, les amants sont heureux et ce moment de cinéma nous a rapproché de l’insaisissable, et du merveilleux. Les lucioles brillaient dans la salle obscure.

 

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