En Touraine, j’ai pas la migraine, mieux vaut pas y penser…

Dans le TGV, les graines de pluie essuient les carreaux crasseux. La nuit ne s’est pas dissipée, elle a accueilli l’humidité en son sein (le gauche ou le droit peu importe). Entre les tunnels, les rails et ses chemins rectilignes me bercent droit car le trajet beauceron résonne, avec raison, en moi.

Je repense à hier soir, à ce moment rare, vécu avec ma fée, celui d’avoir pu se retrouver et vivre, ensemble, la plus belle Flûte Enchantée qu’il m’ait été donné de voir, écouter, ressentir. Tout était là, nous avons reçu en pleine tête et en plein cœur une forme aboutie de l’existence. Une réunion de la beauté en 5 dimensions, une sensation d’élévation. Les décors conjuguaient le vivant (herbe, photos animées d’une forêt de bouleaux aux différentes saisons), et la présence de la mort (en sous-sol, jonchaient des cercueils et des squelettes sur la terre battue, nue). Entre les deux, des trous et des tas de terre, desquels émergeaient des échelles très longues, permettant l’accès d’un monde à l’autre, de descendre vers l’obscur pour mieux retrouver l’essence de la lumière. La mise en scène de Robert Carsen était simple et remarquable au service du récit et des spectateurs. Les chanteurs circulaient sur une bande de gazon qui entourait la fosse de l’orchestre. Ils se tenaient tout près de nous et de l’ensemble de musiciens. Les élus de l’histoire, Tamino et Pamina, étaient vêtus de blanc. Mais en sous-sol, chez Sarastro, le « monstre » qui tient en otage Pamina, les membres de sa société secrète portaient le noir et un voile tel un mouchoir posé délicatement sur la tête. Et les voix s’accordaient divinement bien, en hommage à Isis et Osiris, toutes humaines et en délicatesse, jusqu’à celles des enfants et du chœur de l’Opera de Paris. La Reine de la Nuit était incarnée par Sabine Devielhe, immense et royale, aérienne et sûre. Les voix chez Mozart, en duo, en trio, en solo ou en chœur, c’est un miracle dont on se glorifie d’en avoir été le témoin.

Ce récit initiatique est un enchantement, un symbole de la possible victoire de l’Amour, de la force et de la sagesse sur la bassesse, la veulerie et le mensonge. Et si la grandeur était possible …

En Touraine, j’égraine ma joie et j’enfouis ma peine dans le parterre des rosiers. Je sors ma flûte et mes clochettes. J’imagine que, tôt ou tard, je rencontrerai Papagena ou Pamina, tout en étant consciente que l’Amour ne naît pas d’un coup de trompette, et que j’ai déjà eu et pour toujours, ma part de galipettes de l’âme et du reste…. Et de deux parts, parce qu’il est omniprésent en moi, l’Amour, il est octopus, semblable à une grosse bête tentaculaire qui vient de l’intérieur, et se diffuse avec l’âge, nourri de la chaleur de mes très proches frères et sœurs bipèdes. Ces derniers m’accompagnent, tels des compagnons de route et du doute, présents ici et partout ailleurs, dans la mer, sur terre, sous le vent, près du ciel et de ses nuages, et ensemble nous nous rapprochons, jamais trop peu.

Ainsi, dans le monde orange et étrange d’Antigonegone, les histoires sèment et poussent avant de repartir en graine dans la terre de Touraine.

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