Voir « Moonlight », entendre et crier (tout bas)…

Si vous n’avez pas encore vu « Moonlight » de Barry Jenkins, récompensé aux Golden Globes et nominé aux Oscars, posez votre livre, ou déposez votre fatigue, et allez au cinéma. Ce film est simplement extraordinaire, c’est une histoire qui va vous déboussoler, vous mettre en l’air, pour mieux vous faire revenir en vous et sentir votre coeur battre, avec fierté.

A Liberty City, dans la banlieue de Miami, « Chiron », le protagoniste principal que l’on suit, enfant, dans la 1ère partie du film, surnommé « little », vit chez sa mère célibataire, accroc aux drogues, peu présente, dure et injuste, pas vraiment capable d’amour filial. Son fils est différent, frêle, les yeux vifs et étincelants, à l’écart des enfants de son âge, peu disert. Il est une proie toute désignée de cette Amérique-là, black, ghettoïsée, qui ne fait pas rêver. Victime de harcèlements, moral et physique, il n’a d’autre solution que de courir très vite pour mieux se cacher dans des blocks d’immeubles inhabités. Un trafiquant de drogues, Juan, va le surprendre et le prendre sous son aile, tel un père de substitution. Il fournit la mère de « Chiron » en crack et sauve l’âme du petit en lui transmettant des valeurs. Cette relation paradoxale est un moment essentiel du film. L’une des phrases clé que lui formule son protecteur est qu’il n’a pas à se faire dicter d’autrui, qui il est, et que s’il se fait traiter de « pédale », il ne doit pas s’y résigner car cette façon de l’appeler est irrespectueuse, et que ça n’a rien à voir avec le fait d’être gay, qui est tout à fait respectable. Je me garderai de vous raconter la suite qui est remarquable, de bout en bout, car comprendre ce que lui dit Juan c’est une chose, le mettre en pratique en est une autre…

Le parti pris photo du film accroche l’oeil avec cette impression d’assister à un film de famille ou d’un ami proche. Le grain de la pellicule nous fait oublier le côté lisse du numérique et l’alternance des couleurs froides et chaudes qui dominent le film, le bleu et le jaune, nous bringuebale de l’effroi à l’espoir, la tête dans les glaçons ou la main balayant le sable.

La bande originale s’intègre naturellement dans ce film du 21ème siècle black américain sans surligner ou grossir le trait. Le choix des musiques soul des 70’s mais aussi des Vêpres du Confesseur de Mozart ou encore de l’ensemble de cordes de Nicholas Britell (à la Max Richter) nous prend par la main, et nous rapproche du bleu de la peau de « Chiron »sous la lumière de la lune. En écrivant cet article, j’écoute la bo et elle tient debout.

Pourtant, depuis hier soir, je ne marche plus debout, et je crois que la lune je ne la regarderai plus comme avant. Assurément, ce film devrait être présenté dans toutes les écoles de France et d’ailleurs, et donner lieu à des échanges et des débats entre les élèves, les professeurs et les associations gay et lesbiennes. Peut-être qu’alors, être différent ne ferait plus peur, et que cette violence-là se dissiperait dans la mer de la tranquillité, comme si le rêve américain était encore possible…

Des bleus à l’âme mais pas au corps, je tire le rideau sur ce moment de grand cinéma. Et, tout bas, je vous dis, soyez fiers d’être vous.

PS : écoutez « every N* is a star » de Boris Gardiner et « hello stranger » de Barbara Lewis et vous sentirez l’ambiance parfois légère du « black power » saupoudrée ça et là.

 

 

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