Room 1 : massages ayurvédiques à 16h tous les jours (Shalini)

Se mettre nue, à nue, devant une inconnue. Se déshabiller et se laisser couvrir d’un pagne en coton pour préserver sa pudeur. S’asseoir, fermer les yeux et sentir des doigts, petits mais agiles et fermes, vous masser le cuir chevelu et tout le corps. Sentir la circulation du sang vous envahir, de manière palpable puis s’approcher de l’abandon avant d’y tomber en toute conscience. Expérience sensorielle sublime comparable au goût d’une étincelle d’éternité. Et puis, vient la seconde de l’éveil, du retour sur terre, de l’état de conscience vaporisée de fragrances florales, d’un redémarrage sous l’effet de nouveaux rouages huilés …

Fermez vos yeux et imaginez l’odeur de l’huile de sésame tiède mélangée aux décoctions de plantes. Et, puis imaginez encore…

Shalini dépose un boudin de tissu (une espèce de passepoil) pour séparer mes cheveux de mon front ainsi qu’une gaze imprégnée de fleurs d’oranger, sur mes yeux, avant de déverser des litres d’huile tiède sur mon front. Est-ce pour éclaircir mes pensées ou décongestionner mes noeuds synaptiques ? Ce soin est le point culminant du massage, le dernier de l’heure et demie. Ne rien voir tout en ressentant tout, comme si c’était la première et la dernière fois, c’est d’une force inouïe qui vous met KO et vous donne des ailes en même temps et en profondeur (mine de rien).

Avant cette note lumineuse et frontale, Shalini m’avait massé les tempes, le cuir chevelu, les joues et les paupières. Ah les doigts sur les paupières, je n’en avais jamais éprouvé la possibilité. C’est comme si un papillon se posait sur votre peau la plus tendre. Comme si on était soi-même transformé en papillon sous l’impulsion de la baguette magique d’une fée indienne. Pas ma fée crabossée parisienne et tourangelle, une autre fée moins barrée (peut-être qu’elle l’est ? Qui sait ?) toute aussi lumineuse dans son regard brillant de 1000 feux, mais sans balai, une fée d’ici, tout droit sortie de Peau d’Ane de Jacques Demy, une petite fille de Delphine Seyrig. Ce moment de massage et de quasi relâchement se rapproche du conte merveilleux voire extatique. Il permet d’accéder à une forme de détachement, un voyage dans le silence, et de retrouver son état liquide pré-natal. Mais, continuons dans l’explicitation de ces étapes de massages.

Avant l’huile sur le front, le tout premier mouvement qu’elle réalise c’est le massage de la tête, cuir chevelu, visage, tempes. Puis elle me masse de pied en cap, avec plein plein d’huile (des litres).  Ensuite, elle me tamponne avec un petit sac de cotons rempli de plantes, qu’elle a trempé dans de l’huile chaude. C’est une étape musicale, rythmée par ces instants où elle tasse le petit sac sur la table. Pas de musique en fond sonore, seulement les oiseaux la brise et nos respirations.

La dernière étape (de ce rituel initiatique), c’est celle où je me rince avec deux sceaux d’eau tiède et une écuelle. Shalini a dû tout préparer dans cette petite pièce à part pendant que je somnolais. Pour ôter le surplus d’huile, je me badigeonne d’une pâte de pois chiche. Je me rince abondamment et puis je me sèche avec une serviette en coton léger, comme une grande gaze.

Et pour couronner le tout, rhabillée comme un papillon bipède, elle me sert un verre d’eau sur l’angle de la table et dépose délicatement sur mon front une poudre de perlimpinpin pour me permettre de repartir vers le monde, la banane sur le visage.

Je lui dis « thank you » car je n’ose paraphraser davantage mon état de bien-être. Je n’ai pas le vocabulaire et ce serait ridicule. Je lui souris pour lui dire « Merci » dans une langue universelle. Elle doit être crevée c’est son 4eme ou 5eme massage de la journée, le dernier.

J’oubliais, elle m’appelle « mum » quand je dois passer du côté pile au côté face sur la table. Comme l’idée est d’éviter de glisser en se retournant, un coup de « mum » et je reviens à la réalité de mes 48 ans !

Il est 15h33 dimanche 12 février. Troisième massage du séjour en perspective. Je l’ai dans l’œil, je le sens tout près, à fleur de peau de mes paupières.

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