Lever du soleil embarquée par un pagayeur indien

Ce matin à 5h30, avec Sylvie et Elisabeth, nous nous sommes embarquées « volontaires ». Il faisait nuit noir sur ce bras de mer de back water et je me suis rendue compte de ce que c’était que d’être un passager heureux, tranquillement assis, sur une petite embarcation qui tangue et qui vous protège de rien.

Une barque en bois, conduite à la pagaie, par un Indien, beau avec une moustache, en longi, droit, debout, nous portait à hauteur d’eau vers l’harmonie, une composition jamais la même, de sons humains, familiers et lointains, et de chants d’oiseaux, perchés sous la pleine lune. Nous ne traversions pas le Styx, fleuve étape qui précède l’entrée dans le monde des morts, selon la mythologie grecque mais cela y ressemblait. Plus notre barque avançait, plus je perdais de vue ma vision de femme urbaine du 21eme siècle et plus je me rapprochais de la nature et du mystère de l’existence. Difficile d’en dire plus car la rencontre avec les éléments et le vivant dans cette région du globe ne peut être saisie à sa surface. Il faut pouvoir respirer l’air du lieu pour prendre corps avec lui. Corps et âme résonnent et se parlent autrement à cet endroit. Est-ce un alignement des astres ? Rien que par les pratiques du Gi Gonq du Yoga et les massages ayurvédiques, le mouvement et l’échange opèrent. Avancer sans faire des pas de géants ou de zébulon. Être soi au plus près des Hommes et dans le respect des autres et de la nature. Un choix une volonté une autre vie possible.

Nous suivions la rive droite, celle du BBI (big banana island) et la lune nous observait de côté. Quand l’appel à la prière sorti tout droit d’un minaret et entonné en dialecte local nous surprit par sa beauté, simple, dépouillée, offerte. Cette voix masculine très profonde nous enveloppait et nous invitait à glisser dans la croyance d’un dieu terrestre amoureux d’une divinité céleste aux doigts palmés. Et puis, ce fut le moment du Hosanna suivi de chants enregistrés provenant d’une église chrétienne. Les voix s’entremelaient car ici les communautés se respectent comme s’il n’y avait pas de frontières entre les cultes. Manu mon chauffeur de taxi depuis l’aéroport de Cochi me disait qu’au Kerala les gens sont éduqués et vont à l’école, et c’est pour cela que l’on vit en paix. C’est une culture à part en Inde (et dans le monde).

Sur la barque, le miroitement de l’eau, et le bruit de la pagaie me donnaient tout de l’instant, et de ce qu’être ou naître au monde peut révéler. Les arbres, palmiers bananiers cocotiers, se penchaient dans la pénombre, sur les rives, et leurs ombres épousaient la lumière de la lune avant d’entamer un dialogue avec les animaux et nos regards médusés. Des petites maisons saupoudraient le paysage en apportant une autre lumière, un éclairage fixe et rassurant pour le voyageur. Et puis vint le moment du lever du soleil et de l’embrasement du regard. Le peintre avait été convié par les dieux et les divinités et s’en était donné à cœur joie : rose orange violet, l’harmonie poursuivait son œuvre.

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