Dans ma chambre noire, y a de la lumière !

Les images ne seraient pas sages, les images seraient un passage, secret et mystérieux, d’ici et maintenant, vers l’après et l’au-delà.

Au détour de lignes géométriques, de vagues et d’ondes, de visages et de paysages, au contact de la lumière et des ombres, les images surgissent et dialoguent avec le vivant, pour mieux conjurer l’impermanence des choses.

Grâce à la photographie, l’oeil bouge et fait bouger le corps et l’âme en même temps. Ainsi, la pupille flirte tantôt avec le verbe être, l’existence, la romance, tantôt avec leur contraire, et passe du sujet à l’objet, ou du ying au yang, et inversement.

L’oeil n’est pas que réflexion, il est aussi libre, libre de se mouvoir et de voir, de pousser la porte, de caresser du regard ce qui est, et qui ne se voit pas toujours au premier regard ou ce qui n’est plus. C’est comme pour un massage, ou avant une séance de tir à l’arc, le photographe doit apprendre à se détendre, mettre son oeil à nu, se dépoussiérer la cornée, avec une fleur d’oranger, et un battement d’aile de papillon. Puis, sans y penser, il est recommandé de faire un pas de côté, hors champ, et de sortir de l’axe du face à face, en vue de se rapprocher de l’Autre, et de briser le miroir derrière lequel il se protège. Sans que ce soit conscient, il s’agit pour le photographe de s’effacer, de se faire oublier, et en même temps, d’être, on ne plus présent, de tendre la main, de tisser un lien fort vers l’Autre, si fort qu’il ne se voit pas, invisible et pourtant présent, ancré. Une photographie altruiste, et non intrusive.

Entre deux instants de respiration, j’inspire, je capte le réel, j’emmagasine avec ma pupille l’image qui étincelle le regard, j’ouvre l’obturateur et l’Autre se réfléchit sur mon capteur, et puis, j’opère les réglages, la profondeur de champ, la lumière, le cadrage, et je ne sais pas ce que je fais, je le fais, je ne réfléchis pas. Je me laisse happer par le mystère de la chambre noire qui me tire derrière la porte et me laisse entrevoir son secret. Je deviens muette, ma respiration est comme suspendue, comme si je tenais la position de l’arbre en Gi Gonq. Je sens l’action et le mouvement de la scène, je ferme l’obturateur, la captation m’a rapprochée de l’éternité, je souris et j’expire.

 

 

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