Quand le curry sublime le riz et fait oublier l’incurie

C’est le printemps, et en même temps, c’est déjà l’été. Les arbres fleurissent dans les jardins, ici aussi, à Paris, et la nature tient bon, malgré l’atmosphère d’incurie. Les pétales blancs et le coeur rose des cerisiers du Parc Monceau nous font nous sentir heureux, ils nous re-génèrent, jusqu’à distiller dans notre cerveau un dernier espoir, celui que le génie français de la Politique se re-génère, bientôt, par la même occasion.

Pour ne pas y penser, je cuisine pour des amis, des légumes au curry, en utilisant de la poudre orange, venue des Indes, qui, bien mélangée et délayée avec du fromage blanc, assure un voyage gustatif voire méditatif. Pour naviguer sur des eaux tranquilles, un Savennières de chez Baumard, bien doré, est tout indiqué. Sans que nous l’ayons invité, le soleil s’est infiltré dans le nid et a rayonné dans et hors de l’assiette.

Samedi soir, pour écouter le silence des oiseaux, et faire abstraction du bruit et de la fureur de la ville, je me suis faufilée jusqu’à la Philharmonie. D’ailleurs, sur le parvis, des oiseaux sont représentés et intégrés dans l’architecture des lieux. Sauf qu’hier, un drôle d’oiseau nous a médusés, Andras Schiff, qui se fait rare sur les scènes internationales, et qui a doublé la mise, en réunissant son talent de chef d’orchestre et de pianiste concertiste. Il a accompagné le Chamber Orchestra of Europe ou l’inverse, je ne saurai le dire. Tous semblaient heureux d’être là, c’était communicatif, la salle débordait de curieux ou d’amateurs, ça toussait beaucoup entre les morceaux, un mal français, m’ont précisé mes voisins de rangée. Le printemps estival planait sous la canopée, le piano se dressait au milieu de l’orchestre, face au public, le temps de la 1ère partie du concert, enchainant « l’offrande musicale » de Bach et le concerto de Bartok pour cordes percussions et célesta. Ce fut un choc intérieur, car Andras Schiff a commencé seul au piano, l’offrande de Bach, puis 6 instruments de l’orchestre ont amorcé un dialogue avec le piano, les autres musiciens ne jouaient pas, ils les écoutaient religieusement, nous étions tous médusés, ce fut un très grand moment de musique, qui a vu la canopée se soulever, frétiller. Il s’agit d’une des dernières oeuvres du Cantor, une commande de Frédéric II de Prusse, un chef d’oeuvre, et l’interprétation lui a rendu grâce, en combinant la maîtrise et l’amour de la musique. Et dans le prolongement, ayant demandé aucun applaudissement à la fin de « l’offrande musicale », l’ensemble a enchaîné le Bartok et l’illusion ou la collusion fut réelle, la filiation évidente. C’est comme si une oeuvre d’un seul tenant nous était présentée. Ou comme si, une oeuvre du passé s’était adaptée au temps présent, à ses codes, à son rythme, plus de 2 siècles reliaient les 2 partitions.

Et puis, après l’entracte, l’orchestre et Andras Schiff ont interprété le 2ème concerto pour piano de Brahms. Le 3ème mouvement est extraordinaire, notamment la partie de violoncelle, ainsi que le cor anglais, la clarinette et la flûte traversière. Andras Schiff a joué sur un Bosenderfer ce qui est très rare, le piano roi dans les salles de concert est habituellement le Steinway. Le timbre du Bosenderfer est plus chaud et en même temps plus limpide et lumineux. Pendant quelques heures, le clair l’a emporté sur l’obscur de notre monde, difficile à croire ou à imaginer.

Sans être encore revenus sur terre, nous nous apprêtions à partir, sauf que le miracle ne s’est pas arrêté à la fin du programme, il s’est poursuivi avec le 1er mouvement de la 2ème suite anglaise de Bach, en 1er bis, suivi d’un 2 second, un chant choral de Bach entonné par les musiciens de l’orchestre qui se sont mis debout, ont souri, et ont tout donné.

Le chef a serré la main à chacun de ses musiciens, à la fin de la 1ère partie, avant l’entracte, il était heureux, tous l’étaient, du jamais vu. Et puis, les musiciens se sont embrassés les uns les autres à la fin du concert, c’était long et beau, la concrétisation de l’effet de la musique sur les hommes.

Tiens, et si j’allais faire un tour d’alpha romeo, ce soir ! L’air est doux, ça sent le printemps estival, c’est l’heure de faire le plein de poudre de perlimpinpin, de curry et de musique.

OLYMPUS DIGITAL CAMERA

 

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s