S’encorder

Dans le monde de l’alpinisme, la confiance aveugle dans un guide de hautes montagnes ou un 1er de cordée est bannie. Rien n’est jamais acquis ou sûr. L’important est de se préparer pendant des années, inlassablement, d’acquérir une technique, de pratiquer, puis quelques semaines avant l’ascension d’un sommet, d’installer pas à pas son camp de base, de s’y acclimater, en réglant son quotidien sur un nouveau rythme, d’autres habitudes alimentaires, et de s’adapter à une vie de cohabitation avec moins d’oxygène.

Ensuite, il sera nécessaire de s’assurer que l’on est prêt physiquement et mentalement. Autrement dit, l’alpiniste ne se ment pas à lui-même, il connaît ses propres limites, les difficultés et le danger. L’envie est un incontournable mais la conscience du danger aussi. Le danger principal c’est souvent l’excès de confiance en l’autre ou en soi. L’alpiniste doit rester éveillé, toujours attentif, et capable de décider de ne pas aller au bout car la victoire ce n’est pas que le sommet, où il reste peu, c’est aussi savoir redescendre en entier et rejoindre le camp de base.

Il est essentiel d’oser renoncer lorsque les conditions ne sont pas favorables, ou que l’on sent le mal de la montagne, pour ne pas mourir. Ce n’est pas un échec, au contraire, c’est une victoire, c’est avoir une confiance lucide en sa capacité de discernement. Savoir dire non, même sous la pression du regard des autres, apprendre à être patient et accepter de faire le chemin plusieurs fois avant d’atteindre le sommet, qui, encore une fois, n’est pas une fin en soi mais un chemin de connaissance.

En toutes situations, chaque minute qui passe, l’homme se transforme silencieusement. De là, n’est-ce pas un moyen de repousser ses propres limites et d’apprendre ? De même que renaître chaque jour et mourir chaque nuit, n’est-ce pas une chance qui nous permet de mesurer le caractère exceptionnel d’être en vie et notre Amour de la vie ?

Ce soir avant de m’endormir et de m’effacer du réel,  je m’encorde à un être imaginaire. Il n’existe pas de confiance aveugle entre nous, mais une confiance lumineuse réciproque, une capacité à veiller l’un sur l’autre, à assurer si l’autre dévisse, à être présent à l’autre et au monde. Ce qui nous relie, au-delà de cette corde, c’est la conscience profonde de notre engagement à l’autre et à soi, un respect envers la vie qui ne se lit que dans le silence de la mer ou des cimes, et dans nos cœurs fêlés remplis d’espoir.

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