« Visages et Villages » d’Agnès Varda et JR est un film comme il n’y en pas d’eux ! »

« Visages et Villages » est un film comme il n’y en pas « d’eux », clin d’oeil à l’humour parfois potache des auteurs de ce documentaire, alors qu’il devrait y en avoir mille ! C’est frais, léger, grave, humain, profond, vivant, vital et poétique.

JR est un jeune photographe professionnel qui travaille en équipe, et qui est connu pour ses tirages de portraits en grand format. Il pratique le collage éphémère, en extérieur, sur des murs de villes souvent étrangères ou des zones en friches. Il aime les « vieux », leur compagnie et les photographie.

Agnès Varda, 88 ans, est réalisatrice de cinéma et photographe, elle poursuit son oeuvre et ses recherches, avec toujours beaucoup d’enthousiasme.

JR et Agnès V. ne se connaissaient pas personnellement avant ce film. D’ailleurs le film commence par des saynètes sur « non ils ne sont pas rencontrés en boîte de nuit, ou dans une boulangerie ou… ». JR est venu, rue Daguerre, chez Agnès V., lui proposer ce projet, celui de faire un film ensemble centré sur les gens, les vrais, les inconnus, rencontrés au hasard, plus ou moins, dans des villages, sur les routes de France (et de Suisse). L’idée est de faire parler celles et ceux à qui ce type de média ne donne pas vraiment la parole d’habitude. Et puis, l’autre idée, qui concerne plus Agnès V., est l’occasion de raviver des souvenirs de rencontres personnelles, comme photographe ou metteur en scène, et de se laisser porter par la jeunesse, la force d’entraînement de JR, d’avancer, d’aller de l’avant, toujours.

La machine infernale qui rend leur complicité joyeuse c’est un camion, celui de JR, qui sillonne les routes, une boîte roulante photographique, un photomaton sur pattes en caoutchouc. Tout d’abord, les gens rentrent dans la chambre noire, lanterne magique, puis sortie sur grand poster d’un portrait souvent de pied en cap de chaque inconnu ouvert à l’expérience. Ensuite, l’oeuvre est collée sur des endroits insolites, des citernes de trains de marchandises, un château d’eau serti de poissons, des conteneurs des docks du Havre, un bunker sur la Manche, des pans de murs de villages ou d’une maison dans une vieille cité minière, des maisons en ruines, des murs d’usines,…

Les échanges sont souvent savoureux, authentiques, une photographie géante de la France rurale d’aujourd’hui. On rit, on pleure, on est ému, c’est beau, fort. La complicité entre les 2 photographes est visible. Et pourtant, Agnès V. voit flou de loin car elle souffre d’une pathologie des yeux. Quant à JR, il ne quitte presque jamais ses lunettes fumées comme JLG.

En résumé, ce film est un concentré de poésie rare, un documentaire décalé et juste, il fait du bien. Tout y est, y compris la folie, la séquence au Louvre est un moment d’anthologie, un régal. Et je ne dirai pas grand chose de la scène finale. Cet instant joue ou se joue du temps qui passe, et se recentre sur l’intime, sur cet adage « est pris celui qui croyait prendre »… La photographie capte tout même ce que l’on ne veut pas voir.

2 commentaires Ajouter un commentaire

  1. Gelot cecile dit :

    À voir alors. Ça ne ressemble pas trop à cé qu’avait fait Depardon?

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    1. Sur le principe, oui, mais, de mon point de vue, c’est mieux construit, avec de beaux échanges entre JR et Agnès et entre eux et les Français. Mais, surtout, il y a la poesie, l’humour et cette fraîcheur qui repose sur le ton d’Agnès Varda.

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