Au hasard des rues de Kyoto 

Marcher, marcher, sans autre but que de voir, de rencontrer, et d’avancer. Être mobile pour ne pas se déformer, en se pausant trop longtemps, mais pour épouser d’autres formes entaperçues ou inconnues. Se mouvoir pour s’émouvoir. Se fondre, et absorber en retour. Ne jamais être le même qu’à la seconde précédente, vivre tranquillement sa transformation silencieuse et ne pas comparer. Être, être attentif, au monde à son entourage et à soi.  C’est ainsi que j’ai bougé aujourd’hui et que je me suis vidée et remplie en même temps. 
Quand je marchais, je n’ai pas croisé un touriste car j’ai suivi les petites rues, je me suis laissée porter par l’envie et le hasard puis pour arriver à destination par la carte du GPS. Ainsi, j’ai vu une maison avec ses structures en bois en train de se monter, des électriciens du réseau de distribution en opération de maintenance dans leur nacelle, des artisans fabricants de tatamis et des tailleurs de pierres reformant un chemin d’accès à un temple…. Je ne sais dire combien de femmes d’hommes et d’enfants ont choisi les mêmes sillages, sans oublier les moines. A pied ou à vélo, ils étaient de sortie sous un soleil de plomb, c’est sûr, ils ont la peau dure et blanche ici ! 

Ce midi, pour alimenter la machine, j’ai choisi un restaurant au hasard. « Udon que j’ai été ? Ben ramen pas ta fraise la ! » Juste un coup de fatigue, pour rigoler, j’ai déjeuné une soupe garnie de pâtes de blé appelées « udon », de morceaux de saumon frais et d’herbes. Un délice. Cette soupe de udon m’a brûlé la langue sachant qu’il faisait plus de 40 degrés dehors. Qu’est ce j’ai bu comme eau dans ce restaurant, des litres ! Mes voisins mangeaient goulument car il convient de les aspirer si on veut montrer qu’on est content et qu’on est poli ! J’oubliais de préciser que les menus étaient uniquement en japonais. Je me suis pas mal débrouillée en tenant ces longues spaghettis épaisses dans les baguettes. Parfois elles glissaient mais je ne les lâchais pas, j’eclaboussais un peu, mon bermuda a goûté et il a apprécié, on aurait dit la Belle sans le Clochard de Disney ! Pas si fière au démarrage mais c’est comme tout, la pratique, rien de tel ! 

J’ai visité plusieurs temples dont le plus connu le pavillon d’or sur lequel Mishima a écrit un livre mythique. Il est très beau, couvert de feuilles d’or, surtout en fin de journée, son reflet sur l’eau reste dorée, sauf que des hordes de touristes m’ont donné envie de fuir. Un détour aux toilettes occidentales et une recharge d’eau, c’était juste bien comme ça. Il faudrait que j’essaie les toilettes japonaises et je vous raconterai… 

J’ai marché 15 km facile aujourd’hui et, j’ai bu des litres d’eau. Au tout début, j’ai aidé une mamie à remettre un tendeur sur son cabas. J’en ai rencontré beaucoup des vieux marchant avec un déambulateur. Une toute courbée nettoyait sa maison avec un petit balai, et j’ai vu un champ de tatamis à l’intérieur, c’était beau à se damner. Et puis, vivent des vieux en grande forme. Pour les hommes c’est le Base Ball pratiqué dans le parc du palais impérial qui les tient au stade olympique… J’étais la seule à les regarder, j’ai pris des photos de loin, mes hôtes à l’auberge de jeunesse n’en avaient pas connaissance. Ils avaient l’air gênés alors je n’ai pas fait de vieux os.  Et que dire des cyclistes, avec leur chapeau de paille et leur ombrelle fixée sur le guidon. Certaines ne sont pas jeunes non plus. Elles roulent sur les trottoirs, pas de sonnettes, souplesse et respect du code de la route, rarement souriants. Là aussi, la photo serait un geste indélicat. 

Donc pas de ramen, au menu, ce soir, pour finir l’explication sur ma blague à trois sous de tout à l’heure. C’est une soupe avec des pâtes plus épaisses que le udon, de blé aussi de mémoire, une recette importée de Chine comme le Bouddhisme. Je me contenterai d’une bière et d’un met aérien qui me redonneront des ailes et des pieds pour demain. Pas très bouddhiste… 

PS : ce matin en longeant les bords de la rivière, la kamo gawa, la kawa pour les habitués, j’ai croisé des aigrettes des canards et de la verdure à foison. C’est comme si je m’étais égarée sur des bancs de sable, en Loire, au milieu d’un paysage lunaire sur lequel s’étaient déposées des maisons sur pilotis, transformées en restaurants ou bars. Et puis j’ai croisé des artistes peintres des pêcheurs et des clochards. Et des femmes qui faisaient le ménage de leur maison. 

2 commentaires Ajouter un commentaire

  1. Emilie dit :

    Un vieux pays de traditions
    Pour lequel Aneth vibre intensément
    Tant il est différent, ce Japon

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