Pierre qui roule n’amasse pas mousse 

Les lumières nocturnes et diaphanes des lucioles et le bouquet de lanternes japonaises disposées dans un vase en céramique de Bizen, je les imagine, là maintenant, posées sur les tatamis ou sur une poche d’air, en apesanteur, comme les perles de beauté sur la planète Mul, dans Valérian le dernier film de Besson. Pour percer la nuit noire et ses mystères, j’ai envie de couleurs douces, d’une simple lueur apaisante. Cette présence vivace, à peine convoquée et tant espérée, s’installe, me réchauffe puis concentre et éclaire mes pensées diffuses. 

Animée par des relents de thé matcha, j’écris, entre deux pics de sommeil, portée par cette présence fantomatique et pâle. J’écoute le son, au loin des moteurs, car la circulation ne cesse jamais sur l’avenue Gojobashi Higashi. La fraîcheur est ténue, et caresse ma peau. Je somnole, remplie d’images, d’odeurs et de rencontres humaines. Je pense à mes parents dans leur maison jardin, parce que, et à ma famille de cœur et d’esprit, aussi, parce ce que. 

Le voyage à Kyoto se termine dans peu de temps, je revis mon dîner d’hier, un festin au restaurant Kana, de vraies noces ! Après la bague et la montre, décidément, il ne manque plus que l’essentiel pour… (fraise des bois = ellipse). Revenons à Kana, nous sommes tous alignés devant la plaque chauffante, mes voisins de gauche doivent avoir une cinquantaine d’années, elle est infirmière et lui chauffeur. Ils n’ont que deux semaines de congés payés. Elle travaille dans un dispensaire de don du sang, de 9h à 21h, cinq jours par semaine. Nous avons échangé longuement et notamment à propos de nos découvertes sur Kyoto, c’est leur 4ème séjour. Ils m’ont montré des photos prises ici à l’automne ou l’hiver et c’est aussi raffiné et délicat. Je crois que les feuilles d’automne ont ma préférence pour leur flamboyance rouge orangé. Ils m’ont montré aussi les Alpes japonaises, du côté de Nagano c’est très beau aussi rose violet avec ces teintes de bruyère comme en Bretagne du côté du Finistère. Ils viennent de Yokohama, la banlieue de Tokyo. 

Nous avons aussi partagé nos Yaki (nos grillades) de poulpes, de bœuf et de udon, et la femme (la seule qui parlait anglais mais lui voulait comprendre alors on faisait des gestes et on riait) attentive à ma façon de prendre les aliments, a osé me donner un cours de tenue de baguettes sans que le lui demande. Manger des nouilles avec les chopsticks devant mes voisins me rendait fébrile, fébrile. Elle a dû se sentir en confiance, et moi aussi ! A 50 ans c’est comme si je réapprenais à tenir une fourchette. 

On s’est dit merci sérieusement « arigato gozaimass » et au revoir « ogenki » en s’inclinant. 

2 commentaires Ajouter un commentaire

  1. Etsitre dit :

    Quel plaisir, que de lire, sur le trajet qui me conduit au travail, tes petits papiers de voyage. Ils sont remplis d’humanité, de poésie et de gourmandise. Tel un ciel aux couleurs mouvantes ils m’inspirent. Big kiss from Paris

    J'aime

    1. Kisu depuis le Breizh Café de Tokyo et arigato gozaimass

      J'aime

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s