Marker des temps

Si vous êtes de passage sur Paris, ou Parisien, de passage sur terre, à la recherche du temps, de demain d’hier et d’aujourd’hui, tous trois entremêlés, courez découvrir l’exposition Chris Marker à la cinémathèque française dont le bâtiment a été imaginé par l’architecte Frank Gehry.

Chris Marker incarne l’homme et l’artiste tout à la fois, l’un est indissociable de l’autre et, surtout, il était éminemment libre, mettant en avant le monde et son œuvre, se cachant derrière les mots et son appareil photo ou sa caméra.

Il a rencontré Simone Signoret au lycée à Neuilly, Sartre fut son professeur de philosophie, il était le fils d’une famille bourgeoise. Jeune, il a écrit un roman au seuil, « un cœur net », qu’il a renié plus tard puis il a créé une collection de livres de voyages « petite planète » au seuil également, une nouvelle forme d’ouvrages réinventant l’approche du voyage grâce au regard personnel de leur auteur. Il s’est engagé dans le communisme, a rédigé des articles militants mais a quitté le mouvement devant leur attitude sectaire vis-a-vis de Malraux qu’il respectait et dont il partageait la vision de l’Art qui ne devait pas mourir dans les musées. Ainsi, « la voix du silence » trouva un écho dans le documentaire qu’il a co-réalisé avec Alain Resnais et qui filme admirablement en noir et blanc les statues de l’Art Nègre, et critique de manière acerbe le colonialisme français. Le film sortit en 1954 et fut censuré par les autorités françaises.

Il était contre le colonialisme et toute forme d’aliénation, il s’est marié, et ses héritiers sont multiples c’est-à-dire nous, tous ceux qui s’intéressent au monde et au temps, aux marqueurs du temps. Il a légué ses archives à la Cinémathèque Française.

Il a filmé des documentaires en Asie, beaucoup, souvent au cours de sa longue vie, ainsi que sur une grande partie de la planète, toujours sur ce même thème qu’est la liberté mais aussi sur le temps et son empreinte car l’espace a été conquis, alors que reste-t-il si ce n’est le temps, les temps qui se superposent, questionnent et se répondent, sans rien expliquer, de l’essentiel des combats entre les hommes et au sein de soi-même.

Ses textes ou interviews n’étaient pas de simples soutiens aux images, c’était plutôt des éléments indissociables comme la pluie et le soleil. Le choix de la voix du passeur du texte était essentiel, Florence Delay dans « sans soleil » ou François Périer dans son documentaire sur son amie « Mémoires pour Simone » et tant d’autres encore.

Pendant ses trente dernières années de vie, il s’est passionné pour l’informatique et le numérique. Il aimait l’Homme, l’humanité et sa dématérialisation, il était hanté par la mort. Il est mort le jour de son anniversaire, le 29 juillet 2012 à 91 ans.

Regardez, sans laisser le temps vous empêcher de le faire, la Jetée ou le Joli Mai sur Arte Replay, deux films cultes de 1962. La Jetée relève de l’avant-garde de la SF au cinéma en se basant sur une succession de photographies et une narration extraordinaire sur l’amour, les souvenirs et le temps. Joli Mai c’est 50h de pellicules d’interview réduit à deux heures avec son fidèle acolyte Pierre Lhomme. Il était passionné par Vertigo de Hitchcock, un film sur le temps, les souvenirs, ce qui est, ce qui reste, les blessures, les cicatrices.

« Rien ne distingue les souvenirs des autres moments ; ce n’est que plus tard, ils se font reconnaître à leurs cicatrices. » extrait de « Sans SOLEIL »

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