Un équipement pour cuisiner avec le cœur

J’ai toujours pensé que pour bien cuisiner, disposer des bons outils s’imposait comme un préalable, non négociable. Aujourd’hui, je n’en suis pas ou plus si sûre. Quand je goûte la cuisine de maman qui, certes, a invité des robots japonais à la maison pour l’accompagner dans la réalisation de ses recettes, Kenwood et d’autres, je sais, au plus profond de moi, que le coup de maître se tient ailleurs. Elle n’affûte pas ses lames mais elle est futée. Ainsi, elle confie la découpe à papa, agile de ses 10 doigts, renommé pour être le roi de la minutie au masculin. Et pour compléter le dispositif, elle mise sur des matières premières de qualité. Elle fait son marché au plus près du producteur, dans le jardin potager très local du même papa, dont les légumes sortent du calibre ordinaire et surclassent de mille lieues la palette de saveurs de la grande distribution. Elle commande la viande chez le « bon » boucher de Vendôme, attention à bien articuler et prononcer « bon », avec les lèvres en forme de cul de poule, ustensile toujours présent sur le plan de travail. Quant aux fruits, ils sont cueillis, sur place, par son binôme, depuis 62 ans officiellement, qui grimpe aux arbres et en profite pour piéger les frelons asiatiques. Elle prend son temps pour dérouler les opérations et met le bazar pour mieux laisser la part au hasard, car bien sûr « y a pas de lézard », le calcul des portions et du minutage de chaque geste doit rester vague. Autrement dit, en cuisine comme dans d’autres domaines, il est préférable d’être globalement juste plutôt que précisément faux. Et, enfin, cerise sur le gâteau, maman sourit et met tout son cœur en cuisinant. Elle aime recevoir. La vaisselle et le linge de maison riment avec Suzon. Voilà la magie de la cuisine de maman et de son équipement !

Parmi mon best of, les pains de poissons (sabre saumon ou lotte), la blanquette de veau, le paleron grillé sur le Weber de compétition alimenté au gaz, les petites pommes de terre et les haricots verts en salade, l’estragon ou « con » (parce que l’humour n’est pas en reste) sur les tomates à tomber du jardin, les tartes aux fruits de saison, la crème renversée qui me renverse, le clafoutis aux cerises de Montmorency, le meilleur du monde pour un de mes frères, les cakes sucrés et les confitures aux fruits rouges …sans oublier « la mayo » une forme salée de chantilly, issue d’œufs frais d’une ferme à proximité, qui s’accompagne toute seule.

Cette liste à la Prévert, c’est ma Madeleine à moi, et surtout, j’en ai plein le muscle du milieu, au carrefour de mes yeux et de mes oreilles, au plus près de mes doigts de pied dont la terminaison nerveuse et heureuse germe là-haut au confluent de mes neurones !

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