Nouvelles en trois lignes

Tapis dans l’ombre d’un musée,

un jour d’été, de félicité,

Fénéon a donné de ses nouvelles, en trois lignes…

9782916390758.jpg

http://www.quaibranly.fr/fr/expositions-evenements/au-musee/expositions/details-de-levenement/e/felix-feneon-1861-1944-38064/

https://www.lalibrairie.com/livres/hombre–nouvelles-en-trois-lignes_0-5447942_9782916390758.html?ctx=ba313acac056eff89d3e13ffa39a3cdc

 

 

 

Listening to Bernstein’s 2nd Symphony : the age of Anxiety

11 AM is the right time for listening to Bernstein’s 2nd Symphony, the age of Anxiety. L’album vient de paraître chez DG et l’œuvre est interprétée par Krystian Zimerman, un ou peut-être le plus grand pianiste vivant, et Sir Simon Rattle à la baguette conduisant l’orchestre philharmonique de Berlin.

Au-delà de l’intérêt double de cet album, le pianiste a joué avec Bernstein dans sa jeunesse en live et est un complice de Rattle tout aussi imprévisible en concert que l’était Bernstein ou l’est encore Zimerman, cette symphonie tardive ne ressemble à rien de ce qui a fait la célébrité de Bernie. L’œuvre oscille entre l’emphase et le recueillement, inspirée par les compositeurs post romantiques de l’Europe centrale, Mahler et Bruckner et le jazz américain qui a pris ses racines dans le blues.

C’est une approche multicolore et intemporelle de l’impermanence des choses et des Hommes, de sa place dans l’histoire et la géographie du monde. Le piano et l’orchestre s’épousent lentement, l’écoute et la complémentarité des musiciens tissent la partition, le canevas court de manière irrésolue vers la profondeur d’un sentiment qui tait son nom. La magie opère, la musique rassemble, œcuménique, cheminant vers un destin qui se dessine, entre moments de joie, de douceur et de tragédies humaines.

Indispensable because (Ravel n’est pas loin…) !

Marker des temps

Si vous êtes de passage sur Paris, ou Parisien, de passage sur terre, à la recherche du temps, de demain d’hier et d’aujourd’hui, tous trois entremêlés, courez découvrir l’exposition Chris Marker à la cinémathèque française dont le bâtiment a été imaginé par l’architecte Frank Gehry.

Chris Marker incarne l’homme et l’artiste tout à la fois, l’un est indissociable de l’autre et, surtout, il était éminemment libre, mettant en avant le monde et son œuvre, se cachant derrière les mots et son appareil photo ou sa caméra.

Il a rencontré Simone Signoret au lycée à Neuilly, Sartre fut son professeur de philosophie, il était le fils d’une famille bourgeoise. Jeune, il a écrit un roman au seuil, « un cœur net », qu’il a renié plus tard puis il a créé une collection de livres de voyages « petite planète » au seuil également, une nouvelle forme d’ouvrages réinventant l’approche du voyage grâce au regard personnel de leur auteur. Il s’est engagé dans le communisme, a rédigé des articles militants mais a quitté le mouvement devant leur attitude sectaire vis-a-vis de Malraux qu’il respectait et dont il partageait la vision de l’Art qui ne devait pas mourir dans les musées. Ainsi, « la voix du silence » trouva un écho dans le documentaire qu’il a co-réalisé avec Alain Resnais et qui filme admirablement en noir et blanc les statues de l’Art Nègre, et critique de manière acerbe le colonialisme français. Le film sortit en 1954 et fut censuré par les autorités françaises.

Il était contre le colonialisme et toute forme d’aliénation, il s’est marié, et ses héritiers sont multiples c’est-à-dire nous, tous ceux qui s’intéressent au monde et au temps, aux marqueurs du temps. Il a légué ses archives à la Cinémathèque Française.

Il a filmé des documentaires en Asie, beaucoup, souvent au cours de sa longue vie, ainsi que sur une grande partie de la planète, toujours sur ce même thème qu’est la liberté mais aussi sur le temps et son empreinte car l’espace a été conquis, alors que reste-t-il si ce n’est le temps, les temps qui se superposent, questionnent et se répondent, sans rien expliquer, de l’essentiel des combats entre les hommes et au sein de soi-même.

Ses textes ou interviews n’étaient pas de simples soutiens aux images, c’était plutôt des éléments indissociables comme la pluie et le soleil. Le choix de la voix du passeur du texte était essentiel, Florence Delay dans « sans soleil » ou François Périer dans son documentaire sur son amie « Mémoires pour Simone » et tant d’autres encore.

Pendant ses trente dernières années de vie, il s’est passionné pour l’informatique et le numérique. Il aimait l’Homme, l’humanité et sa dématérialisation, il était hanté par la mort. Il est mort le jour de son anniversaire, le 29 juillet 2012 à 91 ans.

Regardez, sans laisser le temps vous empêcher de le faire, la Jetée ou le Joli Mai sur Arte Replay, deux films cultes de 1962. La Jetée relève de l’avant-garde de la SF au cinéma en se basant sur une succession de photographies et une narration extraordinaire sur l’amour, les souvenirs et le temps. Joli Mai c’est 50h de pellicules d’interview réduit à deux heures avec son fidèle acolyte Pierre Lhomme. Il était passionné par Vertigo de Hitchcock, un film sur le temps, les souvenirs, ce qui est, ce qui reste, les blessures, les cicatrices.

« Rien ne distingue les souvenirs des autres moments ; ce n’est que plus tard, ils se font reconnaître à leurs cicatrices. » extrait de « Sans SOLEIL »

Concert rare à la cité de la musique, hier, un hommage jouissif aux musiques Yiddish, jazz et à Bernstein

Moment fabuleux de communion que ce concert d’hier soir « du Shetl à New York ». L’octet Sirba m’a donné envie de danser, de chanter, de rire et de pleurer ! En réalité, nous avons tapé des mains, souri, fredonné et relâché tout ! Isabelle Georges chantait accompagnée des huit musiciens. Parfois, les musiciens jouaient seuls, à d’autres moment la chanteuse racontait des histoires Yiddish. Par exemple, « chanter en Yiddish, ce serait comme chanter en Allemand avec de l’humour en plus. » Ou bien « pour oublier que l’on souffre, un conseil, porter des chaussures trop petites. » Encore « on n’aime pas quand les choses se terminent car on se dit c’est la fin, sauf qu’on peut aussi se dire que ça s’est passé. » Enfin, un fils dont la mère est juive redoute le moment où il va lui présenter la femme de sa vie. Il se dit, je vais inviter à dîner trois amies, ma fiancée et maman, sans dire laquelle c’est et je verrai ce que maman me dira après le repas. Tout se passe bien selon le fils, arrive la fin du dîner et celui-ci demande à sa mère. « Alors maman, comment trouves-tu ces filles et a-t-on avis quelle est ma fiancée » ? La mère répond « ça doit être la brune ». Le fils ravi lui dit « c’est juste, comment as-tu fait pour le deviner » ? La mère « je ne sais pas, je ne l’aime pas ! ».

Outre la clarinette, le violon, le piano, la contrebasse, l’alto, le violoncelle, un autre instrument aux consonances klezmer et tzigane, le cymbalum, nous entraînait dans les ritournelles faussement gaies et fondamentalement nostalgiques de l’Est de l’Europe.

Et, puis, la chanteuse a chanté des standards de jazz tous de la main de juifs ashkénazes, tels que George et Ira Gershwin, Irving Berlin ou Arold Harlen. Les morceaux magnifiques « the man I love », « my funny Valentine » ou « under the rainbow » m’ont donné la chair de poule, et les musiques instrumentales encore davantage. Dans la salle, beaucoup de fils de migrants comme Bernstein, né il y a 100 ans, juif ukrainien par ses parents. A 26 ans, il fut nommé chef d’orchestre du Philharmonique de NY, en remplacement de Bruno Walter. Il fut un grand chef mais aussi un pédagogue hors pair, un passeur de toutes les musiques et un immense compositeur intégrateur de toutes ces influences. Des airs chantés de West Side Story (someting’s coming) nous ont rappelé sa présence et l’actualité de sa musique racontant les luttes entre les gangs de NY.

Fleur solaire

Changement d’air, je décolle de terre, une fleur enroulée sur l’oreille. Je sifflote comme un matelot, ma soucoupe volante commençait à rouiller dans le salon. Après l’avoir faite réviser, et opéré quelques modifications, je repars du côté de notre système solaire. J’ai tellement envie de voir ma fleur irradier sous l’effet de l’astre d’or.

Oser le rose

J’aime les roses, mais pas la couleur rose sauf sur les joues, les fesses ou les genoux. Et les romans à l’eau de rose à petite dose. 

Je fredonne la chanson Rose de Zazie et de Dominique Dalcan, bande originale d’un merveilleux film, un conte vrai et contemporain sur la difficulté de porter l’étoile rose, d’être différent, et de trouver son chemin. 

Et j’enchaîne en récitant des vers de poésie « ce soir le ciel a pleuré rose » et pense à Verlaine et Rimbaud, à leur impossible amour qui a osé défier les principes de vie en société au 19 ème siècle. 

Puis, je convoque le magicien d’oz qui vit en dehors de la couche d’ozone et ose danser la Java, dans ses bras, telle fantomette murmurant « j’oubliais de vous dire l’essentiel, je n’aime plus le bleu du ciel… » 

Après une tasse de soba, je réaffirme mon genre, j’assume le rose, le rose qui ose, et qui concentre de fortes doses de perlimpin.

Enfin, je ferme mon livre d’histoires, happée par l’astre rose, et son clin d’œil d’un étrange orange, qui se balance sur son trapèze au-dessus de mon nid gris souris. Le mélange des couleurs me propulse du côté des peintres fauves, Matisse, Derain, Manguin, Vlaminck… À mon tour de faire des galipettes dans les airs et de brouiller les couleurs. 

Peu importe la couleur pourvu qu’on ait l’ivresse de la palette … 

7 minutes chrono 

Stage de dessin en perspective, j’avais mis mon réveil au cas où, sauf que je me suis trompée d’une heure, favorisant inconsciemment (ou plutot volontairement) mon temps de sommeil et de récupération. 

Lorsque le réveil a sonné et que j’ai vu l’heure, j’ai compris de suite mon erreur. J’ai filé comme une fusée. Vidage de la vessie, lavage de dent (une ou plusieurs ce n’était pas trop précis, ce fut court je le reconnais), un arrosage prudent de l’essentiel pour faire face et une pause de crème, très superficielle. 

Je m’habille, je ne petit déjeune pas et je descends l’escalier (un gâteau au chocolat fait maison dans la main) quatre à quatre.  7 min chrono se sont déroulées entre la sonnerie du réveil et mon arrivée sur le quai du métro.

J’avoue que ça secoue un tel réveil mais ça fait du bien aussi, j’ai l’impression d’ être encore humaine, pas totalement un robot, d’avoir des ressources. 

Et puis, la chute est encore plus énorme. Je suis arrivée avec 25 minutes d’avance ! Le métro allait plus vite qu’en journée, car il était vide ou presque. Je pars en quête d’un petit déjeuner… 

Errare humanum est, perseverare diabolicum ! 

 

Dans un atelier, tout près du ciel 

Les yeux de face et de côté, happé par la lumière zénithale, mon regard pénètre dans l’atelier de Brancusi, reconstitué à proximité du Centre Pompidou. 

Que dire des œuvres d’art présentées dans l’écrin de leur créateur ? Le célèbre baiser, la muse et d’autres sculptures s’animent et me racontent des histoires. Je pars dans l’univers des sensations. Mon être bringuebalé aspire la lumière et s’illumine, c’est un bout du ciel qui semble s’être accroché ici. 

Renzo Piano nous donne à vivre un rêve éveillé, il parvient à nous faire croire que nous sommes impasse Ronsier et que l’artiste, Brancusi, s’est absenté quelques instants… Les outils, la cheminée et les matériaux attendent d’autres muses et de plus longs baisers. 

« Visages et Villages » d’Agnès Varda et JR est un film comme il n’y en pas d’eux ! »

« Visages et Villages » est un film comme il n’y en pas « d’eux », clin d’oeil à l’humour parfois potache des auteurs de ce documentaire, alors qu’il devrait y en avoir mille ! C’est frais, léger, grave, humain, profond, vivant, vital et poétique.

JR est un jeune photographe professionnel qui travaille en équipe, et qui est connu pour ses tirages de portraits en grand format. Il pratique le collage éphémère, en extérieur, sur des murs de villes souvent étrangères ou des zones en friches. Il aime les « vieux », leur compagnie et les photographie.

Agnès Varda, 88 ans, est réalisatrice de cinéma et photographe, elle poursuit son oeuvre et ses recherches, avec toujours beaucoup d’enthousiasme.

JR et Agnès V. ne se connaissaient pas personnellement avant ce film. D’ailleurs le film commence par des saynètes sur « non ils ne sont pas rencontrés en boîte de nuit, ou dans une boulangerie ou… ». JR est venu, rue Daguerre, chez Agnès V., lui proposer ce projet, celui de faire un film ensemble centré sur les gens, les vrais, les inconnus, rencontrés au hasard, plus ou moins, dans des villages, sur les routes de France (et de Suisse). L’idée est de faire parler celles et ceux à qui ce type de média ne donne pas vraiment la parole d’habitude. Et puis, l’autre idée, qui concerne plus Agnès V., est l’occasion de raviver des souvenirs de rencontres personnelles, comme photographe ou metteur en scène, et de se laisser porter par la jeunesse, la force d’entraînement de JR, d’avancer, d’aller de l’avant, toujours.

La machine infernale qui rend leur complicité joyeuse c’est un camion, celui de JR, qui sillonne les routes, une boîte roulante photographique, un photomaton sur pattes en caoutchouc. Tout d’abord, les gens rentrent dans la chambre noire, lanterne magique, puis sortie sur grand poster d’un portrait souvent de pied en cap de chaque inconnu ouvert à l’expérience. Ensuite, l’oeuvre est collée sur des endroits insolites, des citernes de trains de marchandises, un château d’eau serti de poissons, des conteneurs des docks du Havre, un bunker sur la Manche, des pans de murs de villages ou d’une maison dans une vieille cité minière, des maisons en ruines, des murs d’usines,…

Les échanges sont souvent savoureux, authentiques, une photographie géante de la France rurale d’aujourd’hui. On rit, on pleure, on est ému, c’est beau, fort. La complicité entre les 2 photographes est visible. Et pourtant, Agnès V. voit flou de loin car elle souffre d’une pathologie des yeux. Quant à JR, il ne quitte presque jamais ses lunettes fumées comme JLG.

En résumé, ce film est un concentré de poésie rare, un documentaire décalé et juste, il fait du bien. Tout y est, y compris la folie, la séquence au Louvre est un moment d’anthologie, un régal. Et je ne dirai pas grand chose de la scène finale. Cet instant joue ou se joue du temps qui passe, et se recentre sur l’intime, sur cet adage « est pris celui qui croyait prendre »… La photographie capte tout même ce que l’on ne veut pas voir.

Hommage à Kusama (détournement de la Vénus de Milo au carré avec des points) 

La Vénus de Milo, revisitée par Yves Klein, n’incarne pas la beauté d’hier, mais la beauté d’aujourd’hui, à moins qu’il n’ait voulu dire « la beauté confine à l’éternité et brave ainsi les modes ».

L’éternité fait perdre la tête mais pas le goût de la beauté. Ou bien est-ce l’inverse ? Je le demanderai à Kusama, bientôt, qui vit dans un asile au Japon et qui ne peut se départir, dans ses réalisations artistiques, de son usage des points…

De Rodin au Grand-Palais en passant par le Petit

La matinée s’apparentait à une étape préparatoire à quelque évènement à venir. Une casquette, des chaussures, des jouets en bois, l’essentiel avait été collecté aux bons endroits pour l’objectif assigné. La pause méridienne s’était invitée, permettant au corps de se déposer et à la tête de rester tranquille, un « entre-deux », le temps de regarder, d’observer, d’affûter l’objectif, de le reprendre en main. Les nuages, ces merveilleux nuages, gris, laiteux, se fondaient dans le bleu. Je me ressourçais dans le jardin du Petit-Palais en essayant de capter l’instant.

OLYMPUS DIGITAL CAMERA

OLYMPUS DIGITAL CAMERA

OLYMPUS DIGITAL CAMERA

Puis, les retrouvailles avec E. et J., nous ont rapprochées de l’exposition Rodin, au Grand-Palais, de la foule et du foutraque délibérément articulé par les conservateurs qui nous baladaient dans tous les sens, sans pédagogie aucune. Il s’agissait de montrer l’apport du maître, dans le monde de l’Art et des courants artistiques, depuis ses 1ères oeuvres, très académiques et classiques, répondant à des commandes institutionnelles, jusqu’à ses expérimentations en plâtre, jouant sur des groupes de personnages qu’il extrayait de ses oeuvres majeures passées telles que la porte de l’Enfer et les déclinait autrement. Si l’on en croit cette exposition qui porte aux nues l’Homme et l’Artiste, 100 ans après sa mort, il aurait influencé nombre d’artistes modernes et contemporains, en vrac Beuys, Richier, De Kooning, Schiele,…qui pour certains s’en réclamaient, Giacometti notamment.

Cherchez la filiation …

L’une des « trois ombres », oeuvre postérieure à celle composée initialement pour la Porte de L’Enfer de Dante, à destination du Musée des Arts Décoratifs qui, finalement, n’a pas retenu l’oeuvre, rassemblait 3 statues, quasi collés les unes aux autres, chaque homme, chaque ombre tendant son bras gauche en avant, le poing fermé.

A ce moment de l’exposition, l’ombre singulière se décline sur le panneau de l’exposition, et sur des oeuvres contemporaines. L’ombre, une réaction en chaîne, naturelle, éternelle.

Et si le contenant suffisait à évoquer le tout ?

Rodin c’est aussi un artiste empreint d’un certain classicisme, au plus près des Praxitèle et d’autres sculpteurs grecs du Vème siècle avant J.C ou d’artistes de la Renaissance italienne.

fullsizeoutput_d1d.jpeg

Georg Baselitz était là aussi, au pays des influences et des expérimentations de Rodin, un bronze peint en bleu.

OLYMPUS DIGITAL CAMERA

Et, l’heure du champagne est venue, en terrasse.

OLYMPUS DIGITAL CAMERA

Voyager par les images (ou l’exposition à Chambord d’œuvres d’Art collectionnées par les Pompidou)

Représenté sur cette lithographie provenant de la galerie d’Art de Locquirec, le voyage s’apparente à une attraction terrestre, un besoin de vivre une aventure humaine. Et, comme l’a écrit Nicolas Bouvier, c’est plus le voyage qui vous fait (ou vous défait) que l’inverse.

Le mouton et la soucoupe volante jouent avec le globe et la représentation du monde, l’animal fait tourner la terre et danse sur deux pattes, tandis que la soucoupe choisit l’altitude pour explorer d’autres galaxies, des univers épars, égarés. Tout est possible, lorsqu’il s’agit d’aller d’un point à un autre.

Loin d’adopter une attitude de mouton, ou de ressembler à un extra terrestre sorti de sa capsule volante, en ce début d’été, je voyage par les images grâce aux mouvements artistiques, en empruntant les cheminées de Chambord. Telle Fantômette, je revêts ma cap et je visite l’exposition d’œuvres collectionnées par les Pompidou.

Georges Pompidou était un amateur éclairé d’Art contemporain, il s’est intéressé, jeune, à des artistes inconnus ou émergents. Il allait régulièrement dans la galerie de Denise René, et s’est acheté un Max Ernst, « personnages dont un sans tête » avec ses premières économies. Puis, il a continué à avoir un goût prononcé pour l’Art de son époque, celui qui fait bouger les lignes, loin du consensus des Arts académiques. Il côtoyait les artistes qui l’appréciaient et a donné, en France, sa place à l’Art qui était en train de se faire. Son engagement pour les courants de l’époque (cinétique, op Art…) a été exemplaire, il a permis l’organisation d’ expositions phares d’Art contemporain (Grand Palais en 1972), la construction du Centre Beaubourg et a fait réaménager ses bureaux et lieux de vie d’Homme d’Etat à Matignon, ou l’Elysée et son appartement privé du Quai de Bétune.

Courez voir l’exposition à Chambord (qui se termine en novembre), pas de plus bel écrin que ce haut lieu de la Renaissance pour accueillir Agam, Bran Van Velde, Nicolas de Staël, Arp, Tinguely, Yves Klein, Braque, Giacometti, Mathieu, Paulin, Zao Wou Ki, Niki de St Phalle, Vasarely, Adami, Tal Coat, Vieira de Silva, Hartung, Mata, Michaux, Bury…

Le mouvement c’est la vie, voyager c’est le mouvement, et l’Art aide à vivre et à voyager en insufflant le mouvement.

 

 

Dans la proximité de mes secrets : l’atelier de Giacometti

Une berline bleue vient me chercher pour faire route vers l’océan. Un ordinateur de bord me dit que je n’aurai pas à conduire, l’intelligence artificielle m’amènera à bon port. Aucune carte ne m’indique le parcours, la voix de son maître est en sourdine, car l’inconnu m’a donné rendez-vous. Après un temps que je ne saurai compter, je me retrouve dans un autre espace, un atelier, celui de Giacometti, et à ce moment précis, le mystère me projette dans la proximité de ses secrets. Des lettres adressées à ses amis Derain, Balthus ou son épouse Annette recouvrent sa table de travail. Son écriture serrée, pointue, invite à la lecture. Il y parle d’amour, il dit qu’il n’y a pas d’importance à le trouver lorsque l’on est jeune, on peut aller avec des femmes qu’on n’aime pas. Et puis, je vois des dessins, une multiplicité de traits qui se relient entre eux pour donner vie au mouvement ou pour signifier que le mouvement c’est la vie. Et en deuxième rideau, dans les creux, Giacometti ajoute qu’en se penchant vers l’avant, il est prudent de ne pas tomber. Je suis fascinée par la justesse de ses propos et par le cheminement de ses oeuvres qui traduisent ce trait essentiel de l’Homme. Son oeuvre la plus connue « l’Homme qui marche » résulte d’esquisses, de peintures, et de dessins qui sont autant de manières et de réflexions sur le besoin d’arpenter, de sillonner, de chercher, d’avancer, pour mieux explorer le mystère de la vie et ses secrets.

« Sommes-nous ce que nous regardons » comme l’a écrit Walker Evans ? Et si nous étions aussi ce que nous ne regardons pas ?

Se définir par les sens, ou et, par la parole, l’écrit, le corps, c’est juste, et en même temps, c’est juste « pas assez ». La définition de l’être est irréductible, c’est pour cela qu’elle est fascinante et qu’elle appelle la conjugaison des Arts et des exégètes pour tenter d’en percer le mystère. De la case des CSP (catégories socio pro) au scan de ses croyances métaphysiques, philosophiques et religieuses, rien ne définit mieux l’Homme que ce qu’il n’est pas. De là à dire que l’on est ce que l’on n’est pas, c’est un peu hâtif !

J’ai photographié une photographe elle-même photographiée par Walker Evans, c’était à Pompidou, le jeudi de l’Ascension. J’étais attentive, portée par l’oeil du reporter américain, qui a su capter la Grande Dépression et son tourbillon dévastateur dans les campagnes de l’Alabama et les grandes villes. Sur les visages, la vie avait tracé sa définition. Pas de discussion, un direct du droit, qui n’appelle pas de réponse. Les mots restaient en suspension. Le silence disait tout. Et, puis il y a d’autres oeuvres comme celle qui illustre cet article, une mise en abyme de l’Artiste.

Qui était Walker Evans ? Un amoureux de l’Amérique légère et superficielle, celle de la publicité, de coca-cola et des femmes artistes, et néanmoins élégantes, mais aussi un sociologue défenseur des opprimés, un poète traducteur de Baudelaire, à la recherche de l’impossible trait d’union entre être et ne pas être.

Coco bel oeil n’en croit pas ses oreilles…

Ce soir, les yeux dans les yeux, j’avoue souffrir d’un épanchement narcissique de l’oeil. Pour être claire, j’en ai un qui regarde, pendant que l’autre aime à être regardé. Certes, c’est plus que permanent depuis un quinquennat, sauf que depuis quelques heures, je ne vois plus, je les ai invités à se faire discrets, à aller faire un tour, pour mieux me concentrer sur l’écoute, être toute ouïe.

Difficile d’admettre la découverte de l’incroyable vérité, j’en ai les oreilles toutes ébouriffées. En naviguant sur Qobuz, à la recherche de nouveautés musicales, je me suis décomposée, tout en disséquant l’album de la re-incarnation conjuguée de David Bowie et de Prince qui séjournent désormais dans un seul et même corps, celui de Nick Hakim, un américain de Washington, qui vit à Brooklyn et qui vient de sortir son 1er album « Green Twins », une allégorie soul qui va plus loin que la soul.

Cette dernière phrase, on dirait du Godard, je me marre. JLG écrit ou aime à dire qu’il fait des films mais pas du cinéma. De la même façon, il importe de différencier le peintre qui fait de la peinture de celui qui peint des tableaux. Derrière cela, l’idée, c’est que la peinture contient tous les tableaux et que peu de peintres font de la peinture. En musique, c’est la même chose, ainsi que dans tous les Arts mais peut-être pas que !

Ecoutez les riffs de la guitare, la dissonance du piano proche de celle Mike Garson sur Aladdin Sane, l’écho de sa voix, qui semble venir de très loin, au-delà des halos du saxophone de David Jones, pour mieux vous envoûter. Nick Hakim est aussi adepte de l’écriture minimaliste, pop, underground, fraîche. J’éprouve une joie, je suis touchée par cette création printanière, inventive et primitive à la fois, gorgée de pépites qui s’égrainent, naturellement, l’une après l’autre, une oeuvre d’Art vivante qui parle aussi de ses héritiers d’avant et d’après. Ah ! quand la classe vous rend inclassable, et que même les géants de la musique semblent avoir été déroutés de leur destination au point de nous jurer de ne plus disparaître, ô grand jamais, à nos yeux et à nos oreilles.

N’oubliez pas, « Green Twins » de Nick Hakim, commencez par « roller skates » sur YouTube.

 

Place à la musique et au silence 

Certains musicologues écrivent que quand une œuvre de Mozart se termine, le silence devient alors mozartien. Ce matin au TCE, avant le début du concert de Lucas Debargue, prodige français de 26 ans, je n’ai jamais autant ressenti la présence et la signature du silence. Le musicien l’avait convoqué, il était là, et ça faisait peur tellement la place qu’il occupait était totale et entière. J’en ai eu le souffle coupé, jusqu’aux premières notes.

Il a joué deux sonates, celle de Liszt en si mineur et celle de Medtner en fa mineur entrecoupées d’une pause une autre forme de silence, plus serein celui-là. À noter que ces deux œuvres appellent une grande virtuosité, elles ont été composées à 50 ans d’intervalle.

Tout n’était que nuances, nuances des couleurs de notes, nuances entre les notes et l’absence de notes, nuances entre le fortissimo et le pianissimo, nuances entre les formes classique romantique et moderne voire jazz.

L’élégance avait convié le raffinement au rendez-vous et le tourbillon revêtait des mains et des pieds de géant. Lucas Debargue ressemble à un Grand échalas, un prince blanc sorti d’un roman russe.

Je ne suis pas allée aux toilettes contrairement à ce que la photo invite à croire. En revanche le 1er bis, la 1ère gnossienne de Satie m’a donné une envie de primevères. Aucun rapport me direz-vous ? En effet, l’idée est que je suis restée « baba », avec un peu de poil sous les bras, certes. Enfin, le silence des notes a repris le pas, je retrouve la lumière et les bourgeons qui ronronnent dans les rues, c’est le printemps !

Tours et détours (photo et cinémato)graphiques et musicaux

C’est peut-être parce qu’il fait beau que l’envie du beau titille mes pupilles. Mon optique fonctionne plus que fois X, elle se dévergonde, au-delà du nuage de points, sans limite, ni ligne, et les oreilles de mon crâne jusqu’à mes doigts de pieds frétillent. Allons-y allons zon parcourons ces tours et ces détours (photo et cinémato)graphiques et musicaux !

Dès vendredi soir, le voyage ouvrait le we du côté du merveilleux, sis pour commencer au Duc des Lombards, le temps d’un concert de Macha Gharibian, en compagnie de copains, qui m’avaient invités et réservés la surprise. Ce fut l’occasion de découvrir cette jeune pianiste chanteuse de jazz française, qui conjugue voix grave et doigts agiles, accompagnée d’excellents musiciens qui jouaient comme s’ils se connaissaient depuis longtemps (ce qui, en réalité, n’était pas le cas, car le bassiste jouait avec le band pour la 1ère fois mais il était un compagnon de route du batteur, donc la rythmique était rodée). Ses compositions et son programme ont rendu hommage à ses origines arméniennes, d’ailleurs dans la salle j’ai vu des lèvres remuer, murmurer, c’était un sacré truc d’autant que l’endroit est intimiste. Et puis, nous avons terminé la soirée dans un Bar le Golden Promise, rue Tiquetonne, sur les pas aromatiques de whiskies rares. Nous étions 3 donc 3 whiskies nous ont paru un bon moyen de partager des saveurs maltées : un springbank 12 yo de G&M vieilli en fut de Pedro Ximenes, un Caol Ila de 15 yo de Signatory Vintage dans la gamme the Artist et le 3 ans de Chichibu. C’était un moyen, très moult, et sans fracas, de remercier mes copains. Après, nous étions en forme et en dehors du flacon, deux d’entre nous sont repartis en Piaggio et j’ai marché piano, à côté du panier, les genoux désarticulés…

Samedi, déjeuner dans un bar du quartier de l’Odéon avec une copine, puis marche et café merveilleux, un ristretto, un vrai à la caféothèque sur les quais tout près de St Paul. Et de là, errance douce du côté des galeries du Marais et découverte de la galerie de Pierre-Alain Challier, 8 rue Debelleyme, où sont exposés les mobiles de Charles Serruya. Nous avons fait d’autres découvertes notamment celle du jus de carottes au gingembre, miam miam, l’alliance fait son effet.

Et en fin de journée, rdv avec ma fée. Il faisait frais, le soleil déclinait, nous avons fait de belles choses, en commençant par marcher, en rond et nous avons échangé sur la vie, nos vies, avant de dîner dans un endroit tranquille et de voir le dernier Kaurismaki un incontournable film sur notre vie contemporaine, sa beauté et sa violence, sa poésie et ses absurdités, interprété par des acteurs immenses, une musique géniale, et des dialogues rares justes, vrais et drôles aussi.

Aujourd’hui, la matinée fut musicale. Jean Rondeau, au TCE, ainsi que ses compagnons ont interprété une grande partie de son dernier album dédié à la Dynastie Bach, un moment jouissif et l’adjectif est pesé. Anne ne me démentira pas. Puis, déjeuner et partage de nos essentiels.

 

 

What’s new pussy cat ? Just time to listen to Liz and Jean to feel fine or just better !

Ecoutez l’ex chanteuse des Cocteau Twins, Elizabeth Fraser, ça réveille, doucement, sans se mouiller. Et approfondissez avec son album culte « Heaven or Las Vegas »

Aucun rapport avec la photo mise en avant du dernier album de Jean Rondeau, génial claveciniste, qu’il faut aller voir en concert, la famille Bach est son territoire, nous aussi, nous voulons bien nous y attarder. Il passe au TCE dimanche et dans le cadre du Festival de St Denis en juin.

« Mass » de Leni (Bernstein) : un opéra rock sur Dieu, une œuvre hors norme ÉNORME, rarement jouée. Foncez sur YouTube puis réservez pour la Philharmonie, et rdv en mars 2018 !!!

« Mass » de Bernstein est une œuvre de commande de Jacky Kennedy pour John. Cette messe peu conventionnelle fut créée lors de la soirée inaugurale du JFK center de Washington le 8/9/1971. Nixon s’est fait remarquer par son absence. Bernstein avait déjà écrit sa symphonie n•3 « kaddish » à la mémoire du Président, son ami.

L’œuvre n’est pas très orthodoxe, elle est influencée par la lithurgie catholique romaine et les prières juives Kaddish. C’est du pur opéra rock réunissant un chœur d’enfants et d’adultes, mais aussi des solistes, sur fond d’orchestre symphonique et de guitare électrique sans oublier les rythmes et chants gospel !

C’est délirant mais juste indispensable, gigantesque, beau. Tout est là, comme s’il avait réussi l’impossible, rassembler en 2h les ingrédients qui nourrissent le sens de la vie, le besoin de partage et d’appartenance à un groupe et la nécessité d’une vie intérieure salvatrice, d’une foi en l’humain ou un être créateur.

Pour s’en convaincre, regardez

Simple song

God said

I believe in God

L’intégrale lors des Proms de 2012

Bizzz zen 

La poterie japonaise de Bizen est un type de céramique qui allie des tons rouges et bruns. Elle paraît brute au 1er regard. Chaque pièce est unique. La cuisson se déroule dans un four, à 1.300 degrés celsius, qui peut contenir jusqu’à 6.000 pièces. La céramique ne revêt aucun motif ni vernis. La terre argileuse provient des rizières environnantes.

400 potiers y exercent aujourd’hui leur métier. À la fin de la seconde guerre mondiale, ils étaient moins d’une dizaine. Les 1ères poteries de Bizen datent du 12ème siècle.

Le village se situe dans la province de Okayama sur la mer intérieure de Seto. On peut y passer quelques jours au vert. Des petites maisons en pleine nature donnent à voir une vie calme. Il est possible d’y fabriquer soi-même une poterie dans la tradition d’un des 6 fours fameux du Japon.

Un jour, bien après l’ère d’Edo (ré mi fa sol la si et do), une poterie, avec un drôle de nez rouge, comme sur la photo, s’est échappée du Japon et est venue se déposer dans ma maison, pour me faire une bizzz zen sur l’oreille. Depuis, j’ai plus d’un tour dans mon sac, et pour voyager, je chausse mes pieds d’argile.

Grosvenor : le pianiste britannique qui vous fait perdre le nord (ou exit le Brexit)

Benjamin Grosvenor, pianiste britannique, flanqué de 25 printemps d’English weather, le pauvre (sauf qu’à Paris l’English weather sévit aussi depuis 48 heures, un effet collatéral du Brexit, who knows…), je l’ai découvert il y a presque 3 ans, à la fin du mois d’août, alors que je séjournais à Locquirec, dans le Finistère Nord, en baie de Morlaix, dans une maison en granit, seule avec Moby Dick dans ma poche, les yeux hors de la manche. C’était par une journée pluvieuse, étonnamment (car « il ne pleut pas en Bretagne hormis sur les cons » dixit de Kersauson), j’avais envie de musique, et je me suis branchée sur France Musique(s) qui diffusait un concert du jeune pianiste, en différé de la Roque d’Anthéron, magnifique festival estival en plein air, situé dans la région d’Aix-en-Provence, entre cigales et allée de platanes. Il avait joué du Rameau, du Mendelssohn, du Bach et Gaspard de la Nuit, si ma mémoire est bonne. J’étais médusée comme une tortue échouée sur la baie, oui, j’étais bouche bée.

Depuis, je l’ai écouté et vu en concert trois fois. Tout d’abord, à la Cité de la Musique dans le concerto en sol de Ravel, il était bien mais le rayonnement n’était pas saisissant, puis à Gaveau, en solo, soirée au cours de laquelle il fut impressionnant, tant par sa virtuosité que par sa palette de coloriste aux dix pinceaux, en particulier dans le prélude, choral et fugue de César Franck, et ce matin, au TCE, dans un programme éclectique depuis la sonate K333 de Mozart, la 2ème sonate de Scriabine, des pièces extraites des Goyescas de Granados jusqu’à la Rhapsodie espagnole de Liszt, il nous a confirmé qu’il n’était que nuances, tour à tour léger et puissant, lent puis rapide, insistant ou à distance. Et, pour nous dérouiller le coccyx du siège, il a joué en bis, une oeuvre d’un compositeur de jazz russe, Nikolai Kapustin. Assurément, à la sortie du concert, Jack Lang se serait exprimé avec verve et aurait dit haut et fort : « quelle pêche, quel bel homme, tant d’élégances, et de couleurs, j’en suis encore toute étourdi. »

Enfin, après avoir déjeuné avec Anne, j’ai pris le bus, et me suis assise, par hasard, devant deux vieilles anglaises très distinguées, il ne manquait plus que les tasses de thé. Elles parlaient tout doucement. Je leur ai demandé si elles étaient en voyage, elles m’ont dit que « non » et ajouté qu’elles vivaient en France depuis 40 ans. Je leur ai parlé de l’English weather et du Brexit. Elles ont ri, et surtout, je leur ai demandé : vous vous sentez françaises ou anglaises ? Elles m’ont répondu : françaises avec un sourire radieux. Je leur ai dit alors : je suis heureuse de vous avoir rencontrées. Elles m’ont répondu : nous aussi.

Si elles avaient été au TCE, tels les deux petits vieux des Muppets Show, l’une aurait certainement murmuré à l’autre, avec un humour bien British : « oh, dear Grany, would you please give me more of Granados ». Hum, j’ai bien peur que cela ne fasse marrer que moi !

 

Dans ma chambre noire, y a de la lumière !

Les images ne seraient pas sages, les images seraient un passage, secret et mystérieux, d’ici et maintenant, vers l’après et l’au-delà.

Au détour de lignes géométriques, de vagues et d’ondes, de visages et de paysages, au contact de la lumière et des ombres, les images surgissent et dialoguent avec le vivant, pour mieux conjurer l’impermanence des choses.

Grâce à la photographie, l’oeil bouge et fait bouger le corps et l’âme en même temps. Ainsi, la pupille flirte tantôt avec le verbe être, l’existence, la romance, tantôt avec leur contraire, et passe du sujet à l’objet, ou du ying au yang, et inversement.

L’oeil n’est pas que réflexion, il est aussi libre, libre de se mouvoir et de voir, de pousser la porte, de caresser du regard ce qui est, et qui ne se voit pas toujours au premier regard ou ce qui n’est plus. C’est comme pour un massage, ou avant une séance de tir à l’arc, le photographe doit apprendre à se détendre, mettre son oeil à nu, se dépoussiérer la cornée, avec une fleur d’oranger, et un battement d’aile de papillon. Puis, sans y penser, il est recommandé de faire un pas de côté, hors champ, et de sortir de l’axe du face à face, en vue de se rapprocher de l’Autre, et de briser le miroir derrière lequel il se protège. Sans que ce soit conscient, il s’agit pour le photographe de s’effacer, de se faire oublier, et en même temps, d’être, on ne plus présent, de tendre la main, de tisser un lien fort vers l’Autre, si fort qu’il ne se voit pas, invisible et pourtant présent, ancré. Une photographie altruiste, et non intrusive.

Entre deux instants de respiration, j’inspire, je capte le réel, j’emmagasine avec ma pupille l’image qui étincelle le regard, j’ouvre l’obturateur et l’Autre se réfléchit sur mon capteur, et puis, j’opère les réglages, la profondeur de champ, la lumière, le cadrage, et je ne sais pas ce que je fais, je le fais, je ne réfléchis pas. Je me laisse happer par le mystère de la chambre noire qui me tire derrière la porte et me laisse entrevoir son secret. Je deviens muette, ma respiration est comme suspendue, comme si je tenais la position de l’arbre en Gi Gonq. Je sens l’action et le mouvement de la scène, je ferme l’obturateur, la captation m’a rapprochée de l’éternité, je souris et j’expire.

 

 

Nuit celtique à la Philharmonie : le Brexit en slip !

S’il ne devait rester qu’une Europe ce serait l’Europe culturelle, celle de Goethe, de Lord Byron, de Casanova et de Mozart et de tant d’autres encore. Ce soir, de 20h30 à 1h du matin, 3 groupes viennent nous parler d’une langue commune possible, le Gaëlic, qui remonte à l’époque de l’invasion celte il y a plus de 3.000 ans.

Tout d’abord, les frères Lynch de Dublin, un quatuor, cornemuse, guitare, violon, concertina…

Puis Julie Fowlis une Écossaise des Hébrides, entourée de deux Irlandais et d’un Écossais. Elle est une Mc Donald et son compatriote un Stewart. Pas de guerre des clans ce soir ! Elle a utilisé un instrument indien, comme une boîte qu’elle ouvrait et qui faisait office de soufflet. Je chercherai le nom.

Enfin the Gloaming, des Irlandais, deux violonistes de style différent, un guitariste, un pianiste (exceptionnel) et un chanteur organiste. Leur rythmique était monstrueusement géniale et extraordinaire. Nous avions le demon de la danse en nous, sarabande, bourrée,…Bach n’était pas loin.

Une merveille que ces groupes qui font revivre des chants qui ont entre 5000 et 50 ans. Ils ont repris Blackbird des Beatles en gaelic c’était grandiose.

L’Europe existe, je l’ai entendue, Theresa May doit être sourde, et n’avoir aucune connaissance approfondie de ses origines.

Les extrêmes c’est nier ce que l’on est, l’Europe c’est affirmer un sens commun de l’humanité et en être fier. Qu’est-ce que ça fait du bien ! L’espoir résonne, tout n’est que conversation musicale ce soir à la Philharmonie et la nuit sera celtique ou ne sera pas !

Voir « Moonlight », entendre et crier (tout bas)…

Si vous n’avez pas encore vu « Moonlight » de Barry Jenkins, récompensé aux Golden Globes et nominé aux Oscars, posez votre livre, ou déposez votre fatigue, et allez au cinéma. Ce film est simplement extraordinaire, c’est une histoire qui va vous déboussoler, vous mettre en l’air, pour mieux vous faire revenir en vous et sentir votre coeur battre, avec fierté.

A Liberty City, dans la banlieue de Miami, « Chiron », le protagoniste principal que l’on suit, enfant, dans la 1ère partie du film, surnommé « little », vit chez sa mère célibataire, accroc aux drogues, peu présente, dure et injuste, pas vraiment capable d’amour filial. Son fils est différent, frêle, les yeux vifs et étincelants, à l’écart des enfants de son âge, peu disert. Il est une proie toute désignée de cette Amérique-là, black, ghettoïsée, qui ne fait pas rêver. Victime de harcèlements, moral et physique, il n’a d’autre solution que de courir très vite pour mieux se cacher dans des blocks d’immeubles inhabités. Un trafiquant de drogues, Juan, va le surprendre et le prendre sous son aile, tel un père de substitution. Il fournit la mère de « Chiron » en crack et sauve l’âme du petit en lui transmettant des valeurs. Cette relation paradoxale est un moment essentiel du film. L’une des phrases clé que lui formule son protecteur est qu’il n’a pas à se faire dicter d’autrui, qui il est, et que s’il se fait traiter de « pédale », il ne doit pas s’y résigner car cette façon de l’appeler est irrespectueuse, et que ça n’a rien à voir avec le fait d’être gay, qui est tout à fait respectable. Je me garderai de vous raconter la suite qui est remarquable, de bout en bout, car comprendre ce que lui dit Juan c’est une chose, le mettre en pratique en est une autre…

Le parti pris photo du film accroche l’oeil avec cette impression d’assister à un film de famille ou d’un ami proche. Le grain de la pellicule nous fait oublier le côté lisse du numérique et l’alternance des couleurs froides et chaudes qui dominent le film, le bleu et le jaune, nous bringuebale de l’effroi à l’espoir, la tête dans les glaçons ou la main balayant le sable.

La bande originale s’intègre naturellement dans ce film du 21ème siècle black américain sans surligner ou grossir le trait. Le choix des musiques soul des 70’s mais aussi des Vêpres du Confesseur de Mozart ou encore de l’ensemble de cordes de Nicholas Britell (à la Max Richter) nous prend par la main, et nous rapproche du bleu de la peau de « Chiron »sous la lumière de la lune. En écrivant cet article, j’écoute la bo et elle tient debout.

Pourtant, depuis hier soir, je ne marche plus debout, et je crois que la lune je ne la regarderai plus comme avant. Assurément, ce film devrait être présenté dans toutes les écoles de France et d’ailleurs, et donner lieu à des échanges et des débats entre les élèves, les professeurs et les associations gay et lesbiennes. Peut-être qu’alors, être différent ne ferait plus peur, et que cette violence-là se dissiperait dans la mer de la tranquillité, comme si le rêve américain était encore possible…

Des bleus à l’âme mais pas au corps, je tire le rideau sur ce moment de grand cinéma. Et, tout bas, je vous dis, soyez fiers d’être vous.

PS : écoutez « every N* is a star » de Boris Gardiner et « hello stranger » de Barbara Lewis et vous sentirez l’ambiance parfois légère du « black power » saupoudrée ça et là.

 

 

Écrire le mouvement

Louis Lumière a inventé le cinématographe en France, à Lyon, et réalisé lui-même, ou avec des assistants, plus de 1400 films entre 1895 et 1905, des films en plan fixe de 50 secondes aux angles arrondis.

Courez voir le film « Lumière » de Thierry Frémaux. C’est un bijou, une merveille, un enchantement, un hymne à l’écriture en mouvement. La poésie y est omniprésente et quelle lumière sans jeu de mots !  Tous les thèmes sont regardés, oscultés, mis en lumière et en perspective,  en commençant par des scènes de travail (sorties d’usine, chargement de cargo, rameurs sur un baleinier…) et de vie quotidienne (lavandières, repas en famille, enfants qui jouent), en passant par les loisirs (les baignades, l’ascension d’une montagne, des vacances dans une propriété dan le sud), ou bien l’avènement des temps modernes (l’arrivée du train vapeur dans la gare de la Ciotat, un départ de paquebot…) et puis on se laisse porter par son regard sociologique de la Ville en France  (Paris et ses voitures à cheval sur les Champs Elysées, l’exposition universelle, la Tour Eiffel, le Palais du Trocadéro …) ou encore des plans séquence à l’étranger celui d’Istanbul, remarquable, le travelling du Grand Canal, une vue sous la brume de Westminster bridge sans oublier l’empreinte de la colonisation au Vietnam et les fumeurs d’opium. Enfin, il a su filmer, capter, le pouvoir comique des Hommes il suffit de regarder l’affiche du film (photo de l’article) « l’arroseur arrosé ». Fillon aurait pu jouer dans ses films :)))

Cette écriture du mouvement est admirablement bien commentée par Thierry Fremaux directeur artistique du festival de Cannes. La Musique est signée Camille St Saens, de nombreuses pièces pour orchestre qui collent parfaitement à l’époque.

C’est un moment de grâce de cinéma, un régal qui honore notre mémoire collective ! Un documentaire pour tous, une fenêtre sur le monde qui nous permet de comprendre et de voir ce qu’est un excellent cadrage et comment jouer avec les perspectives et les mouvements des acteurs en utilisant une caméra fixe ! Le tout est renforcé par un excellent travail de restauration.

Après « les yeux louches » cadeau de ma fée, j’ai retrouvé mes yeux d’enfants grâce à ce film projeté dans un bel endroit, le Louxor, un cinéma classé des années 20, rénové il y a peu. Et si vous montez les étages, vous accéderez à une terrasse et à une vue imprenable sur Paris, le Sacré cœur et la ligne aérienne du métro.

C’est l’heure d’éteindre la lumière mais le film continue de tourner…

Une année, il a neigé à Phnom Penh

« Diamond Island » de David Chou est un film rare, fort, à voir, les yeux et les oreilles ouverts. L’essentiel des scènes s’ancre à « Koh Pich », une ville nouvelle sortant de terre, un « projet immobilier de luxe » en construction. La géographie du lieu, une presqu’île aux portes de Phnom Penh, repose sur une zone de toute beauté, autrefois sauvage, composée de sable et d’herbes. Derrière les néons, et la promesse d’un paradis artificiel, se dessine l’enfer des conditions de travail et d’hébergement du chantier. Payés 150$ par mois, des jeunes, exilés des campagnes, se raccrochent à l’amitié de leurs compagnons d’infortune et à la quête de relations amoureuses. Ils ne connaissent pas Phnom Penh, car ils ne sortent pas de leur presqu’île. Corps et âme, ils semblent prisonniers du béton, des structures en acier, de la poussière, du bruit, de leur destin. Le metteur en scène prend le temps de filmer les soirées, les échappatoires, la complicité, la séduction , les codes amoureux et le début des rivalités qui en découle.

L’errance nocturne d’une jeunesse désenchantée est le fil conducteur de ce très beau film, dur mais poétique. La liberté que procure l’argent, de ceux qui s’en sortent, ouvre une autre voie, apparemment plus attractive que celle de l’esclavage. Toutefois, elle ne semble pas rendre plus heureux, au contraire. Dans cette bande de jeunes-là, on rit moins, on s’amuse avec de l’alcool plus fort, et on ne rêve plus. Ensemble, chacun est seul.

Sur sa moto, Bora, le « héros » qui a réussi à sortir de sa situation d’esclavage moderne, tente de retourner en arrière, en allant sur le chantier pour revoir ses anciens compagnons et son amour « Aza », qu’il observe à distance. Très vite, il comprend qu’elle s’est rapprochée d’un ancien camarade dont elle n’était pas amoureuse. Il repart sur sa moto, seul mais libre ou libre mais seul.

Avant de refermer le rideau, je vous invite à imaginer une scène poétique du film. Une nuit, Bora et Aza vont nulle part sur une moto d’emprunt, et Aza raconte à Bora qui conduit, qu’une année, il a neigé sur Phnom Penh. Et, soudain, une pluie de lucioles tapisse le ciel étoilé jusqu’au sol. La moto roule, les amants sont heureux et ce moment de cinéma nous a rapproché de l’insaisissable, et du merveilleux. Les lucioles brillaient dans la salle obscure.

 

A Beaubourg, la beauté s’expose aussi hors des murs

En ce 2 janvier 2017, avec B., nous avions pris rendez-vous avec l’oeuvre de Cy Twombly sauf que la beauté avait déserté l’endroit. Elle avait préféré rester à l’étage de la collection permanente, avant de s’aérer et de sortir des murs du musée. Notre oeil a tenté de la suivre et de la saisir, éclairée par la lumière d’un ciel tourmenté, et suspendue par le mouvement des nuages. La vue, depuis la passerelle, valait son pesant de cacahuètes, les amateurs d’Art étaient tétanisés, non par le froid, mais par le spectacle inattendu qui n’a durée que quelques minutes, grâce à la conjonction parfaite entre le lieu, les éléments, et le regard.

Des Indes Galantes au Turkey Trot : que serait une vie sans dinde ?

Qui n’est pas amateur de dinde ? En cette période de fêtes, il est difficile de passer à côté de ce volatile. Mais là où la rareté s’installe et la singularité inquiète, c’est le jour où vous dites, je suis connaisseur et amateur de la danse de dinde traduit en anglais par « turkey trot ». Leonard Bernstein a écrit 5 divertimenti sous ce nom. À découvrir sans attendre car c’est du Bernstein tout cru et ca se danse.

Sans être dingue de dinde, et sans être dingue, tout court, il est aisé de s’imaginer dansant avec légèreté, au temps du Turkey Trot des plumes sur la tête.

Les Indes Galantes de Rameau lorgnent du côté de l’opéra léger, de l’hymne à l’insouciance et aux plaisirs sous le règne de Louis XIV. Ca ne se passe pas tout à fait en Inde mais plutôt en Turquie et en Amérique du Sud.

Pour les plus avertis, les caramels fous avaient mis en scène un spectacle drôle à souhait qui s’intitulait les Dindes Galantes, une histoire de basse cour par opposition à celle de Rameau…

De la dinde avec ou sans marron, à la danse et à l’exotisme, la fête de Noël passe par des mythes qui sont là pour nous emmener ailleurs, loin du réel et du monde. Il suffit d’une danse, ou d’un peu de dinde pour partir, se prendre pour quelqu’un d’autre, devenir volatile.

Bientôt, je tenterai le chicken run en Inde, en vrai, le temps de goûter une vie au rythme lent, et de vivre pleinement à la verticale.

Joyeux Noël en Inde et aux pays des dindes, et bisous à tous les dingues.

Le piano (a)doré

Rien n’est plus beau que de s’éveiller un dimanche matin et de se retrouver nez à nez avec un piano à queue. Au TCE il est bordé d’un rideau métallique serti de plaques dorées.

Le brouhaha remplit la salle, les gens parlent et d’autres viennent seuls. Ca tousse et ca mouche.

À 11h toutes les semaines ou presque, la scène est dédiée à la musique de piano. Jeanine Roze en est l’architecte. C’est sur son piano que jouent les artistes, un Steinway de 40 ans d’âge.

Ce piano là et doré autour est un fil conducteur pour la journée et plus encore.

Comme toutes les semaines j’ai laissé ma voiture devant la salle. En sortant, j’irai faire des tours et des détours, les notes en tête, à rebrousse poil du bruit de la Ville.

« Louise en hiver » ça defreeze comme « le Roi et l’Oiseau » ou « la Tortue Rouge »

« Louise en hiver » est un film d’animation français de Jean-François Laguionie, sorti depuis peu. Il allie les vieilles techniques en 2D avec la 3D. Lorsque le film déroule les scènes, on se croirait devant des papiers canson avec ce grain qui lui est reconnaissable. C’est beau, lent, patiné d’essentiel, c’est de la poésie pure. Pour ceux qui ont vu la « Tortue rouge » de Michael Dudok de Wit, c’est aussi indispensable. Rappelons-nous « le Roi et l’Oiseau » de Paul Grimault sur un texte de Prévert, la filiation est là.

Louise passe ses étés en Normandie, du côté de la côte d’Albâtre, et aux marées d’Equinoxe, retourne dans son appartement en ville, sauf que là, elle rate le dernier train de la saison et se retrouve seule dans cette station balnéaire de Biligen-sur-Mer. Et la narration part loin dans les souvenirs et le monologue, ou la conversation avec son chien « mercredi ».  Cette vieille femme nous semble familière, elle est une grand-mère qui résonne avec nos histoires.

Si vous ne l’avez pas encore vu, foncez, osez, ce n’est pas « chiant », bien au contraire. Procurez-vous aussi le dvd de la « Tortue Rouge », le mythe de Robinson Crusoé revisité, sans dialogue, c’est un film d’animation muet mais tout aussi extraordinaire que le livre de Michel Tournier.

 

unknown

 

Mozart à Buenos Aires un jour d’hiver

Quand Mozart rencontre les doigts de Richard Galliano, un matin, 1er dimanche de décembre, au Théâtre des Champs Elysées, on oublie l’instrumentation originelle, la clarinette, la flûte ou la voix, et on se laisse saisir par l’accordéon ou le bandonéon, avec une envie irrépressible de danser, et de laisser parler notre corps, transi de froid et endormi.

Lire la suite « Mozart à Buenos Aires un jour d’hiver »

De dos, les notes vous clouent au sol avant de vous élever 

Hier, Anne-Sophie Mutter, nous l’avons vue et écoutée, les yeux et les oreilles hypnotisés par son dos.

Le dos du pianiste était rond, ses jambes joueuses, parfois tendues et mobiles comme des aiguilles d’une montre balayant le parquet sous le piano. Il jouait, animé par une joie communicative, vif, aux aguets, un sexagénaire très jeune et présent.

Les partitions de la violoniste cohabitaient joyeusement à droite de celles du pianiste. Ils étaient complices.

La violoniste ressemblait à une naïade dans sa robe bustier verte. Cette robe dégageait son dos et laissait deviner le galbe des formes de son corps. Un tissu soyeux, vert lumineux, pour le haut et du tulle en bas plus vaporeux. Des cheveux mi-longs presque blonds, et sur son dos se dessinait une multitude de petits muscles qui se tendaient puis se détendaient de manière visible au niveau de l’épaule et de l’omoplate droite. Son dos était un pupitre vivant extraordinaire, une autre lecture de la partition.

Ce fut un concert rare, elle et son pianiste jouaient en totale harmonie, le plaisir était contagieux. Mais le son le son d’où pouvait-il venir ? Elle n’était pas dans le surjeu ni dans la virtuosité, elle était là, dedans, chaque note jouée semblait la dernière, c’était d’une force inouïe. Et son tempo son tempo il était tellement juste que nous ne pouvions aussi qu’être là.

Elle nous a donné « sa » lecture de sonates pour violon piano de Ravel, Poulenc, Saint Saens, Mozart et d’un contemporain sans oublier ses 3 bis qui nous ont conduit vers des mélodies plus connues (Tchaikovsky, une samba et un air hongrois de Brahms).

De dos, la musique est encore plus incarnée, resserrée sur Le muscle, et les autres muscles qui nous tiennent verticales. Il n’y a rien de superfétatoire sur un dos.

Et le dos vert de Mutter c’est la claque !!!

De Mute à Mutter 

Depuis le début de cette semaine, j’ai opté pour l’hivernage, les oreilles sous l’oreiller et l’édredon sur la couette. Je vivais en mode « mute » (muet), il faut avouer qu’Antigone avait un peu usé ses cordes vocales ce we.

Ce soir, de « mute », je vais passer à la position « Mutter », et me rapprocher d’une mutante de la musique, Anne-Sophie Mutter, immense violoniste qu fait sonner son stradivarius mieux que si c’était vrai.

Le monde sera bientôt irréel, juste musical, juste sur le fil, entre la note et l’absence de note, entre le son et le silence, entre deux mondes. Et « Mutter » c’est sûr va nous mettre le cerveau et le cœur en mode majeur.

N’ayez crainte ce sera aussi une claque qui va me calmer et je retrouverai rapidement mon mode « mute ».

Ps : elle est allemande, son répertoire sera français. Et, ce soir sans faire de politique, j’ose affirmer que la musique est un langage européen, un trait d’union nécessaire qui dépasse les clivages des territoires et qu’elle est encore plus nécessaire en cette période d’hivernage de la pensée, d’obscurantisme …

Un morceau de paix

En langue anglaise, un morceau de paix s’écrit « peace piece ». Écoutez-le via Youtube, interprété et composé par Bill Evans extrait de son album « Everybody Digs ». L’album est d’une grande beauté, en particulier « peace piece « , « young and foolish » et « lucky to be me ». La filiation Bill Evans Keith Jarrett puis Brad Mehldau ne se discute pas (trop).

En se laissant imprégner de « peace piece » tout s’apaise.  Magie de l’être, de sa capacité à ressentir la vie, et sa frénésie en restant là, attentif, à l’écoute des notes et du silence.

Ce matin, je me demande si « over the rainbow » il pleut ou s’il fait beau ?

Kafka à Paname un 11 novembre : Frida Kahlo vaut les tours et les détours 

Hier avec mes amis, nous devions nous retrouver en fin de matinée au Grand Palais pour l’expo Mexique. Et un truc de fou s’est produit, des barrières de sécurité longeaient les Champs Elysées, certaines stations de métro étaient fermées. Impossible de s’approcher du Grand Palais sauf à être petite souris et a passer par les égouts de Paris. In fine on en a rigolé mais bon ce fut épique !

Les quelques toiles de Frida Kahlo sont énormes, son double portrait avec une 1/2 représentant Diega Rivera et l’autre elle. Les deux Frida avec un cœur irrigué et l’autre meurtri exsangue. Son cadre portrait étincelant de couleurs du Mexique et ses natures mortes.

Vive la France et vive le Mexique !

Le Kronos Quartet au-delà des frontières : un moment hors du temps à la Philharmonie (le 12/11/16)

Le quatuor New Yorkais, le Kronos Quartet, créé en 1973, a fait halte à la Philharmonie cet après-midi. Il y avait plus d’enfants de 4 à 7 ans que d’adultes dans la salle de répétition. C’était un moment de grâce, et de sursaut de notre démocratie. Nous avons voyagé dans différentes cultures et l’âge n’avait pas d’importance.

David Harrington John Sherba Hank Dutt et Sunny Yang ont joué 10 œuvres de musiques du monde (Mali, Syrie, Turquie, Chine, Inde, Ecosse, Suède, USA) qui s’inscrivent dans leur programme « Fifty for The Future ». Ces œuvres contemporaines qu’ils ont « commandées » vont être enregistrées et s’échelonner sur 5 ans. Elles sont conçues spécialement pour la formation des étudiants. Les contenus numériques incluant partitions et enregistrements sont disponibles sur leur site  gratuitement.

Nous avons voyagé du côté du merveilleux, nous avons touché du doigt, des yeux et des oreilles, le fait et le rêve qu’un autre monde est possible, un monde sans frontière et hors du temps dans lequel le partage, et l’écoute, seraient un art de vivre, une nécessité, et surtout un moyen de résister aux dérives sectaires et aux guerres.

Nelson aux doigts d’argent(in)

Nelson Goerner est un pianiste Argentin, proche de Martha Argerich, avec laquelle il a beaucoup joué. Il est rare sur scène, il est rare tout court. Il est un passeur extraordinaire qui tisse des liens entre les compositeurs. La filiation entre Bach et Beethoven ce matin au TCE était évidente. Il a joué l’air varié dans le style italien en la mineur BWV 989 de Bach puis la Hammerklavier de Beethoven et en bis les pas dans la neige de Debussy.

Il a un toucher d’une grande souplesse, sur Bach, le Steinway ne sonnait pas comme d’habitude. On se sentait plus proche d’un  piano-forte. Les notes s’égrenaient comme les pas dans la neige.

Avec la sonate de Beethoven, on ne savait plus où on était, entre folie et apaisement, grandeur et minimaliste. Nous avons été remués, saisis, tétanisés.

Et Debussy, c’était un avant-goût de l’hiver. Les pas dans la neige, c’était ceux de notre passeur, un détour du Père Noël avant l’heure !

Il revient fin 2017 au TCE, courez-y.

PS : Cécile a czpturé notre échange, lors de la séance de dédicace. Il joue 4h par jour, ses yeux sont bleu acier. Il est juste gentil, son regard est doux, et parle bien français.

 

Des vitamines tombées du ciel

Novembre, ce n’est pas le meilleur des mois pour aller capter la lumière. A la tombée du jour, je restreins ma quête sur la perception d’une étincelle de lumière intérieure, celle d’une actrice, Isabelle Carré, qui, sur la scène du théâtre de l’Oeuvre, fait parler les ombres, et convoque le sourire d’Audrey Hepburn et ses souvenirs. En plein jour, c’est du côté de la Muette et du musée Marmottan que la lumière me convie. Les peintres de l’impossible Hodler, Monet et Munch, me font entrer dans leur rapport au rayonnement du soleil, et à ses reflets sur les paysages, et sur eux-mêmes. Et, entre ces moments suspendus, je regarde les êtres dans le métro et je perçois des envies de vitamines tombées du ciel. Je ferme alors les yeux, je ne dors pas, j’écoute les électrons me raconter tout bas, « la fée électricité pédale à fond, comment vivre sans lumière » ?

 

 

 

La police lunaire vu d’ici

La police lunaire de Tom Gauld est une BD poétique, drôle et plus vraie que le réel de notre monde terrestre.

Il y est question de statistiques sur la résolution de crimes qui n’existent pas, et de pression hiérarchique. Le héro voudrait rentrer sur terre car seulement trois humains et un chien ont élu domicile sur la lune. Il s’ennuie et demande sa mutation. Sa hiérarchie, en guise de réponse, lui envoie un psy robot car elle pense qu’il déprime et qu’il a besoin de soin ! De plus, personne ne veut le remplacer, et il obtient de bons résultats.

Le robot psy ne va pas tenir la distance, il trébuche au moindre obstacle sur le sol et a besoin de l’aide du policier pour retrouver sa mobilité. Il implosera à la première recharge électrique.

Mieux qu’un verre de Whisky, je vous conseille ce livre de poésie écossaise qui nous invite à rester au chaud avant ou pendant la tempête.


Les contes d’Hoffmann sans Jonas Kauffman

Hier a l’Opera Bastille, avec Mon Captain et Cécile, nous en avons pris plein les yeux et les oreilles. La mise en scène et les décors étaient extraordinaires, entre contemporain dépouillé et baroque, entre histoire vécue en directe et mise en abime de l’histoire dans une autre histoire. Le poète incarné par Ramon Vargas a su remplacer au pied lever Jonas Kauffman et nous embarquer dans son ivresse, au pays du boire et des déboires amoureux. Le moment de folie en termes de mise en scène, et d’histoire et de beauté du chant, fut la scène d’amour avec l’automate Olympia. La chanteuse était extraordinaire, elle nous a donné l’illusion qu’elle n’était qu’un mannequin fruit du cerveau d’un professeur Nimbus. C’était drôle, subversif, et aussi remuant.

S’il reste des places, foncez c’est énorme génial en tous points.

Et le chef Philippe Jordan assure as usual !

Quand la danse envahit la salle : un virus qui vous fait du bien

Samedi à l’Opéra Garnier, le dernier ballet était signé Tino Sehgal. Il ne portait pas de titre. C’était une création. Le début du spectacle a commencé dans la salle avec une utilisation inattendue des lumières sous la coupole, dans les balcons et les baignoires, comme si nous étions installés, confortablement, dans une boîte de nuit. Alternativement, les espaces s’éclairaient, puis passaient dans la pénombre, et cet effet « spot light » a durée plusieurs minutes, dans le silence et l’étonnement. Puis ce fut le jeu des rideaux de scène, ouverture fermeture, tour à tour, ce qui nous permettait de voir les coulisses, l’envers du décor. Enfin, le fond de la scène au départ métallique s’est vu couvert d’un miroir qui nous renvoyait notre propre image, en pleine lumière, dans un décor de rêve.

Puis, la musique électronique a commencé à battre la cadence, sur un rythme bien « dance », et là, ô surprise, nous avons vu des danseurs immergés dans le public, se mettre en transe. À côté de nous, une jolie blonde, les cheveux longs détachés, se remuait des pieds à la tête. Les spectateurs observaient avec joie, ou envie, voire semblaient gênés sauf dans une des baignoires où le public s’est mis aussi à danser.

C’était un virus comme on en voudrait tous les jours, un de ces virus qui vous fait du bien.

« The season’s canon » de Crystal Pite : l’expérience d’un ballet contemporain IMMENSE dont on ne revient pas…

Un concentré de re-créations sur les Hommes, ce qui les relie entre eux, et à la Nature.

Hier soir avec mon amie la fée, B., nous nous sommes retrouvées. Nous avons évoqué les vacances, et des projets de sorties, entre autres. Nous étions au Harry’s Bar, un cocktail pour l’une, un Inchgower 12 ans pour l’autre, et des macarons de chez Ladurée choisis par B. (rose, cassis, réglisse). Un régal, et bien vite, on s’est mises à rigoler, c’était une évidence, nous serions « paf » à l’Opéra Garnier, et toutes sucrées, car il fallait bien fêter nos retrouvailles. Peut-être avions-nous pressenti que la secousse, sous la coupole de Chagall, serait tellurique ? L’alcool aiderait à supporter ce moment « trop humain », pour être regardé de face, sans vitamines !

Bien placées à l’orchestre, 4 oeuvres de danse contemporaine au programme, les 2 dernières étaient des créations mondiales : « In creases » de Justin Peck (musique Philip Glass), « Blake works I » de William Forsythe (musique James Blake), « The season’s canon » de Crystal Pite (musique Max Richter) et « sans titre » de Tino Sehgal (musique Ari Benjamin Meyers).

Les deux premières oeuvres nous ont confirmé que la soirée serait un enchantement. Ces pièces étaient de facture classique, pour de la danse contemporaine. Rien à dire. Les danseurs étaient parfaits. Puis ce fut l’entracte. Nous avions la banane.

Démarre « The season’s canon » et nous avons changé de dimension. Tout d’abord, la musique. Crystal Pite, la chorégraphe, a choisi l’oeuvre des 4 saisons de Vivaldi revisitée par Max Richer, un compositeur allemand, post minimaliste qui a re-créé 75% de la partition. Courez vous procurer l’album paru chez DG en 2012, c’est osé mais juste génial. Vivaldi, le prêtre roux, s’il avait vécu au 21ème siècle, n’aurait pas renié cette mise à nue de sa partition. Cette version, est à la fois allégée du concentré de notes de Vivaldi, et enrichie d’une palette de couleurs sonores d’aujourd’hui, elle résonne résolument comme un pont entre la Venise du 17ème et notre monde contemporain. Je vous la recommande à dose homéopathique. Pas de meilleur médicament pour l’âme.

La chorégraphe Crystal Pite a été formée et influencée par William Forsythe, et son ballet de Francfort. Elle a dit ceci « pour moi, créer c’est comme regarder à travers une loupe, une opportunité de voir le monde avec davantage de détails et de clarté ; c’est une expérience de l’agrandissement, de l’exhaustivité et de l’abondance. J’utilise la chorégraphie – l’acte de créer quelque chose – pour me confronter au sens même de ce qu’est la création. C’est la construction, le façonnage, l’entrechoquement, le montage, la composition, l’assemblage et l’excavation que je retrouve quand je chorégraphie, l’acte même de fabriquer, qui me relie le plus profondément au monde naturel, à la brutalité et à la beauté qu’il contient. Cette pièce est un geste, une offrande. C’est autant ma manière de faire face à l’immensité et à la complexité du monde naturel qu’une manière de lui exprimer ma gratitude. »

A propos de la musique de Richer elle écrit « La partition contient une tension entre simplicité et complexité, entre des espaces vastes et vertigineux et de minuscules densités. A travers le corps humain, j’essaie de rendre cette musique visible. Et pour moi, les structures et états qui découlent de ce corps évoquent des phénomènes naturels : germinations, migrations, mutations, transformations, et la lutte pour la domination et la survie au sein du monde naturel. »

La scénographie s’appuyait sur des vidéos dépouillées. Les images étaient abstraites, et sobres, des couleurs décolorées et mélangées, pleines de nuances. Nous sommes partis du gris noir, de l’image post apocalyptique du monde pour aller vers une vision solaire, orange, flamboyante de la renaissance du monde.

Le buste des danseurs et des danseuses était nu, ils portaient un pantalon avec des pans de tissus larges, dans les tons de kaki.

Les tableaux du ballet de l’Opéra de Paris décrivaient des masses humaines, reliées, formant des touts qui s’agrégeaient, se mélangeaient et se décomposaient. Régulièrement, ils ondulaient d’un côté vers un autre. Ou ils formaient une ligne droite et de manière synchrone ou asynchrone, leurs bras esquissaient des cercles. La coordination était extraordinaire. Les effets produits par les corps des danseurs étaient tellement forts qu’on était dedans, dans cet ensemble grégaire, au milieu de ces Hommes reliés entre eux. Des êtres tentaient de s’individualiser, puis étaient happés par la masse. Rien n’était mécanique, les pas, les mouvements, de chaque danseur (ils étaient une cinquantaine) nous renvoyaient face 1ère, dans la vie, la création, la nature, l’instant, sa mobilité permanente et son impermanence aussi. La gestuelle était d’une extrême netteté, d’une telle précision que tout en nous semblait bouger et inter-agir.

Cette chorégraphe nous a donné à voir, écouter, imaginer, ressentir, un concentré de créations, sa représentation sur le devenir des Hommes, de la société humaine face à la Nature. C’est un pari fou que de s’y essayer, de prétendre pouvoir aligner sur une scène, un tel spectacle, sur la complexité et la simplicité de la vie terrestre. Je surfe sur une pensée flottante, car ce spectacle nous a trimballé de l’infini grand à l’infiniment petit, et ce fut un moment rare, privilégié. D’ailleurs, le corps a dû mal à digérer ce qui l’a remué, tendu, relâché, emporté, bousculé, émerveillé. C’est comparable à l’effet d’un raz de marée, un bloc géant d’émotions et d’intelligence, qui assomme, ça c’est pour la vision champ large, macro, et à la sensation de perles de pluie fines, légères, mais profondes, à la distillation d’idées et des sens, ça c’est pour la vision microscopique, au scalpel.

J’espère vous avoir donné envie d’aller voir ce ballet. Sur YouTube, vous trouverez des extraits, en attendant qu’il passe près de chez vous. Et surtout, j’ai un rêve, que cette re-création du monde soit projetée dans le ciel, et que tous les Hommes puissent la vivre un jour, sur terre.

 

 

 

Concerto pour la main gauche

Ravel

Le concerto pour la main gauche de Ravel était dédié à Paul Wittgenstein (frère de Ludwig (*) qui avait perdu son bras droit pendant la Grande Guerre. Le dédicataire a modifié la partition lors de sa 1ère exécution en public en 1931 car l’oeuvre lui semblait manquer d’élan. Ravel se sentait incompris, trahi. Il n’entendra jamais la version pour orchestre dans le respect de sa partition donnée en 1937 l’année de sa mort.

Une seule version à emporter sur une île déserte, celle de Samson François.

(*) : le philosophe fasciné par la puissance des mathématiques a écrit notamment Tractatus logico-philosophicus qui se compose d’aphorismes sur le langage, ses pièges, et une réponse philosophique qui conduirait au silence.

Il a écrit par exemple : » ce que l’on ne veut pas dire, il faut le taire. » Ou « le monde est tout ce qui arrive. »

 

Le drapé dans l’art grec

It is time to go to bed

De la Victoire de Samothrace au Louvre à l’Aurige de Delphes, la sculpture grecque reste la référence en termes de proportions, de lignes et de mouvements. Tout est là, tout ou presque. Sauf qu’aujourd’hui, il manque souvent la tête, les bras et les organes sexuels.

Minuit, c’est l’heure de regagner le lit, et de se draper en son entier des orteils à la tête, avec tous ses membres. Grec ou pas, faites de beaux rêves, et vive l’Art, qui vous enveloppe comme un drap ! Et au petit matin, l’art du drapé vous ramène au Parthénon, les cheveux en pétard et cette représentation, on ne la retrouve pas dans l’art grec…bizarre !

 

 

Un autre Ocean – « Blond »

Tout simplement hypnotique

Son 1er album « Channel Orange » est sorti il y a 3 ans, je me souviens du raz de marée, ma tartine s’est décomposée dans un thé noir, au cours de la matinale de France Inter, en plein mois de juillet. Vincent Josse avait égrené quelques pépites de ce concept album de Frank Ocean. Inclassable en termes d’influences (soul, pop, R&B) et engagé côté écriture (critique sociale, et exposition de ses attirances bisexuelles, pas forcément facile quand on est black à LA).

Depuis plus d’un an, on annonçait son retour, c’est chose faite avec la sortie de « Blond » fin août. Il en a réservé l’exclusivité à Apple Music en attendant de trouver une société qui pourrait distribuer son cd. »Blond » sans e (parce que Frank Ocean joue sur les ambiguïtés à plus d’un titre). Dylan n’est pas loin…Souvenez-vous de son album « Blonde on blonde », et regardez la photo de pochette de F.Ocean versus ce cliché de Bob Dylan par Jerry Schatzberg. Sinon, les 2 auteurs compositeurs interprètes sont bien dingues et géniaux tous les 2 !

jerry-schatzberg-bob-dylan-smoking

Ont contribué à l’album « Bond » : James Blake, Jonny Greenwood, Pharrell Williams, Andre 3000, Kendrick Lamar…

 

Allez sur You Tube et écoutez notamment « Pink + white »

https://soundcloud.com/8el0fjwfwoco/pink-white

L’air de la fée dans Peau d’Ane

« La situation mérite atten…ssi…ion… »

Souvenez-vous des voix qui doublaient les airs chantés des films de Jacques Demy. Pour Catherine Deneuve c’était celle d’Anne Germain. Elle est morte, information communiquée ce matin sur France Q, sauf que nos amis ont passé l’air de la fée jouée et chantée par Delphine Seyrig !

Peau d’Ane c’est mythique, c’est très conseillé de le revoir régulièrement ou a minima contentez-vous de cet extrait.

Une fée j’en connais une, elle habite rue Caulaincourt et mérite aussi atten…ssi….on :)))

Kings of convenience + Erlend Oye : music « cool » from Norway

Les Simon & Garfunkel de Bergen découverts grâce à la revue Magic RPM et vus dans une salle de concert parisienne tristement célèbre. Ils y avaient chanté avec Feist, un moment inoubliable, 2 guitares et 3 voix. Ils vont sortir leur 4ème album bientôt.

L’un des deux mène une carrière solo qui oscille entre électro et kitsch music. Il a vécu en Sicile à Syracuse, « la prima estate » vaut son pesant de « pasta » ! Et « bad guy now » c’est plus que cool. Et si l’été s’éternisait …Petit déhanché et l’heure est à l’ivresse musicale…

 

ROCK EN SEINE le retour

Sigur Ros mémorable

Hier soir, ça cognait fort à St Cloud. Pas un monde de fou, juste des doux dingues de musiques. Kronenbourg avait l’exclusivité des stands d’alcool, et puis Pommery une petite buvette pour les vieux comme Ph et moi ! On y a a fait un tour mais la bière ça désaltère davantage !

Au programme de la soirée « la Femme » un groupe français un peu barré, qui sonne très 80’s, Taxi Girl n’est pas loin, de belles choses, notamment la rythmique et la chanteuse, le show de ce jeune groupe sur la scène de la Cascade était un peu foutraque. Puis vint le moment fort, « Sigur Ros », fantastique groupe islandais, encore plus génial en live qu’en studio. Une voix à la résonance baroque nous a raconté l’indicible dans un langage incompréhensible. Ils n’étaient que 3, ce qui pourrait paraître juste, sauf que non ! Le chanteur jouait de la guitare avec un archet, c’était beau, divin, ça semblait venir de très loin. Mon pote Ph m’a dit qu’il serait sourd d’une oreille, et pourtant c’était « harmonieux », aérien ! Pour la rythmique, le groupe se composait d’un batteur qui jouait aussi du synthé et d’un bassiste. J’ai pris quelques extraits en vidéo avec mon smartphone que je diffuserai via Facebook car ce type de blog ne prend pas en charge les vidéos.

Frustrant certes, d’autant qu’il est quasi impossible d’apercevoir la scénographie qui était superbe. Ils ont joué nombre de morceaux de leur album Takk à infuser régulièrement, conseil de fan. Et puis, dernier concert « Massiv Attack », ils étaient 7 sur la grande scène, pas d’émotion, rien de neuf, bon, écoutez « Sigur Ros » c’est 1000 fois meilleur. Et allez les voir en concert « next time ». Indispensable.