De nuit, je me promène dans le bois pour voir si le loup n’y est pas…

La nuit, en fin de semaine, je sillonne dans le bois, en suivant les pas d’un drôle de petit loup, musclé de la tête, équipé d’un casque de mob pour protéger son regard gris bleu et sa peau. Tel un chat, je ronronne, une besace sur le dos, le sourire aussi large qu’une banane. Mes dents ne brillent pas de mille feux hormis quand le loup imite mère-grand et raconte ses bêtises en riant en silence. Aux aguets, en marchant sur les feuilles d’automne, je distingue des bruits, le craquement des branches dans les arbres, un cœur qui bat, un autre qui retient son souffle, la lune qui en met une à la mer de la tranquillité. Mon poil effleure l’air du temps, je sens l’automne rafraîchir l’espace et j’ai envie de crier au loup, …

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J’ai toujours eu une préférence pour les jolies saucisses…(et les bonnes baguettes, le bon vieux sandwich français)

C’est la mondialisation, oui, enfin, presque… A peine, rentrè-je de Chicago, mettant le nez et le reste dans le vieux monde, que pour me sustenter avant d’aller voir un spectacle de Gagaku impérial, je suis contrainte de me rabattre sur un hot-dog ! Le petit restaurant de la Philharmonie propose ce « plat » unique. C’est quand même inattendu. Mais, je suis philosophe et heureuse, même crevée du fait du décalage horaire. Je goûte ce chien chaud bien plus nul que celui de Chicago. Y a rien dedans : une saucisse une baguette le tout mis dans un micro-onde. Bah, je me console et même je souris en m’étirant les moustaches parce que j’aime les jolies saucisses et que transformer la merde en rose me plaît m’amuse me faire rire des genoux.

Je me sens herbe folle, et c’est essentiel que de voir derrière la saucisse son pouvoir énergisant et revitalisant.

Allez « vive la France » et « vive la mauvaise saucisse étale dans une baguette industrielle réchauffée au four rempli d’ondes !

Je propose qu’on les exporte aux USA, ils devraient aimer …

Et si je vous parlais de la Société Nationale pour Cons Friqués …

Je suis usager très régulier des TGV circulant dans notre Hexagone. L’étonnement qui est le mien, quant à la manière dont la SNCF gère les aléas, me pousse à poster cet article ce soir. Le prix prohibitif des billets conduit mes congénères à dire que pour prendre le TGV il faut être friqué. A titre d’exemple, le trajet Paris – Vendôme Villiers soit 200 km implique de débourser entre 22 et 52 € pour un voyage. Malgré le tarif, les retards deviennent une habitude, d’ailleurs l’annonce du train à quai à Vendôme Villiers précise depuis peu que le TGV numéro xxxx, « initialement prévu à telle heure, arrivera quai Y.  » Et voilà, il est prévu, c’est déjà ça ! Ensuite, quand il est en retard, l’annonce dit qu’il y a du retard mais le chef de cabine s’excuse rarement et n’explique la raison que quand la cause est connue ce qui est tout aussi rare et encore plus inquiétant. Ce soir, au démarrage de Vendôme Villiers, nous avons accumulé le zéro excuse après un départ retardé de 7 minutes et le zéro explication de l’origine de la cause. Bien sûr, je n’ai pas pu m’empêcher d’alpaguer l’hôtesse qui m’a donné un coup de sac au préalable. Je lui ai fait part de ces deux remarques et elle m’a répondu par « c’est normal, les procédures nous demandent de ne pas nous excuser quand l’origine de la cause ne relève pas de la responsabilité de la SNCF et comme le conducteur du train a dû faire des vérifications et qu’il n’a rien remarqué d’anormal ce n’est pas de notre faute ». Voilà, vive les procédures incitant au zéro excuse quand la SNCF ne sait pas dire si elle est responsable ou pas d’un problème de train ! Ça doit être un petit lutin qui,cette nuit, a déréglé l’ordinateur de bord. La démonstration a été redoutable ainsi la mienne le sera tout autant, il faut être con et friqué pour prendre le TGV.

Demain, je vole de mes propres ailes comme sur cette photo prise au Japon !

PS1 : une annonce vient d’avoir lieu 5 minutes avant l’arrivée, pour préciser le retard final de 6 minutes et la nature de celui-ci à savoir un problème mécanique. L’hôtesse a fait part de leurs excuses ! A mon tour, je concède à bien vouloir m’excuser pour ma causticité !

PS2: lorsque le TGV accuse un retard de plus de 30 minutes, l’assurance G30 prévoit un remboursement de 25% du prix du billet si la cause relève de la responsabilité de la SNCF. Cela m’est arrivé il y a une semaine. Ainsi, nous avons doublé le temps de trajet, 2 x 42 min, le coût du billet a été réduit d’un quart de son prix, du coup, j’adore les maths et les équations mais j’ai toujours un peu de mal à être prise pour une conne friquée…surtout par une entreprise publique !

Un équipement pour cuisiner avec le cœur

J’ai toujours pensé que pour bien cuisiner, disposer des bons outils s’imposait comme un préalable, non négociable. Aujourd’hui, je n’en suis pas ou plus si sûre. Quand je goûte la cuisine de maman qui, certes, a invité des robots japonais à la maison pour l’accompagner dans la réalisation de ses recettes, Kenwood et d’autres, je sais, au plus profond de moi, que le coup de maître se tient ailleurs. Elle n’affûte pas ses lames mais elle est futée. Ainsi, elle confie la découpe à papa, agile de ses 10 doigts, renommé pour être le roi de la minutie au masculin. Et pour compléter le dispositif, elle mise sur des matières premières de qualité. Elle fait son marché au plus près du producteur, dans le jardin potager très local du même papa, dont les légumes sortent du calibre ordinaire et surclassent de mille lieues la palette de saveurs de la grande distribution. Elle commande la viande chez le « bon » boucher de Vendôme, attention à bien articuler et prononcer « bon », avec les lèvres en forme de cul de poule, ustensile toujours présent sur le plan de travail. Quant aux fruits, ils sont cueillis, sur place, par son binôme, depuis 62 ans officiellement, qui grimpe aux arbres et en profite pour piéger les frelons asiatiques. Elle prend son temps pour dérouler les opérations et met le bazar pour mieux laisser la part au hasard, car bien sûr « y a pas de lézard », le calcul des portions et du minutage de chaque geste doit rester vague. Autrement dit, en cuisine comme dans d’autres domaines, il est préférable d’être globalement juste plutôt que précisément faux. Et, enfin, cerise sur le gâteau, maman sourit et met tout son cœur en cuisinant. Elle aime recevoir. La vaisselle et le linge de maison riment avec Suzon. Voilà la magie de la cuisine de maman et de son équipement !

Parmi mon best of, les pains de poissons (sabre saumon ou lotte), la blanquette de veau, le paleron grillé sur le Weber de compétition alimenté au gaz, les petites pommes de terre et les haricots verts en salade, l’estragon ou « con » (parce que l’humour n’est pas en reste) sur les tomates à tomber du jardin, les tartes aux fruits de saison, la crème renversée qui me renverse, le clafoutis aux cerises de Montmorency, le meilleur du monde pour un de mes frères, les cakes sucrés et les confitures aux fruits rouges …sans oublier « la mayo » une forme salée de chantilly, issue d’œufs frais d’une ferme à proximité, qui s’accompagne toute seule.

Cette liste à la Prévert, c’est ma Madeleine à moi, et surtout, j’en ai plein le muscle du milieu, au carrefour de mes yeux et de mes oreilles, au plus près de mes doigts de pied dont la terminaison nerveuse et heureuse germe là-haut au confluent de mes neurones !

L’air urbain entre les mains

À Paris, j’avance palmée. L’air urbain passe à travers mes doigts et les petites ouvertures du bus dont la clim semble évanouie. Le soleil décline, l’être humain se cache à l’ombre de son éventail ou des murs qui le séparent du murmure du monde. Lorsque l’engin de transport collectif de la RATP accélère, la chaleur ne décélère pas. Le désert humain a pris le siège de la Capitale. Aucune oasis n’ose venir perturber le bitume, la brume se dégage à l’horizon, tel un bédouin je me laisse guider par mon chameau gris sur pneus. Je m’enivre de mots et de pensées, celles que je rumine comme un petit animal déshydraté aux aguets. J’ai vu j’ai lu je digère. Le temps des vacances à Paris me rapproche d’une expérience en plein Sahara. J’ai revêtu un cheich et je me protège de l’excès d’UV. Les platanes se lyophilisent et je comprends que l’espace vert souffre. Je compte les grains de sable, et je regarde le ciel. Mon bus colle au sol et je décolle. Je sens ma joie de vivre rejoindre les joies de la vie, ma respiration s’acclimate, mon esprit divague. C’est le moment de goûter l’eau claire de la Seine, de boire la tasse, un thé couleur mi-figue mi-raisin, une boisson non référencée dans les magasins. Sur une terrasse, je m’allonge et je plonge en goûtant les saveurs d’un livre savoureux, rafraîchissant, humain, à la confluence de plusieurs vies, entre espoir et voie de la raison.

Mimikaki l’étrange volupté auriculaire : ouvrez grandes vos oreilles, attention ça décolle !

Les Japonais ne sont pas tout à fait comme nous et, en même temps, j’aimerais être un peu comme eux. Un des moyens de s’en rapprocher est de les lire et de s’imprégner de leur culture. Je viens de refermer un manga de toute beauté sorti de l’imagination de Yarõ Abe mais pas que, car il relate une pratique ancestrale qui remonterait à l’ère d’Edo. Le livre, édité par le Lézard Noir, s’intitule « Mimikaki l’étrange volupté auriculaire ». Le mimikaki (*) est un baton en bambou ou en métal doté d’un embout courbe qui permet de nettoyer les oreilles en profondeur. Sauf qu’au Japon, cet acte était originellement pratiqué par les geishas, qui ont passé le relai aux spécialistes qui savent manier le mimikaki et trouver celui dont la courbure siéra à votre conduit d’oreille.

Ce petit livre délicieux narre les bienfaits que « Shizue », dans son salon à Nakamachi, procure à ses clients majoritairement masculins de tous âges. Patienter une semaine jusqu’à un mois leur est insupportable. Il suffit qu’ils posent leur tête sur ses genoux pour les voir se libérer et s’abandonner progressivement jusqu’à connaître l’extase. Des femmes s’y rendent aussi et réalisent ce qu’elles n’ont jamais connu avec leurs partenaires.

Ce livre est un vibrant hommage au plaisir et à ce qu’il recèle d’universel dans son caractère à la fois pudique et tordu au pays du soleil levant.

Tiens, c’est bizarre, j’ai toujours aimé me nettoyer l’oreille avec un coton tige… mais je ne saurai dire si j’ai ressenti un plaisir comparable aux effets saisissants du mimikaki ! La contrepartie de l’excès d’usage du coton-tige fut pour moi de vivre régulièrement cette angoisse de sentir se détacher l’embout de coton et d’être incapable de le récupérer, m’obligeant à aller consulter un ORL, car mon énergie mal calculée m’incitait à me gratter et l’exéma finissait par me rendre sourde sans oublier l’embout esseulé dans mon conduit d’oreille qui risquait de s’infecter. D’ailleurs, il y a trois ans, j’ai demandé à mon généraliste de m’extraire un de ces embouts que j’avais poussé un peu trop loin par excès de joie suite à une nuit d’hôtel mémorable passée à Belle Île avec mes amis Bretons, deux ans auparavant… Depuis, j’évite les cotons tiges surtout dans les hôtels, j’utilise mes doigts !

Sachez, enfin, que ce petit stick japonais répond à une de leurs particularités génétiques. Leur cérumen serait plus sec et floconneux. A l’origine c’est le gène ABCC11 porteur de l’architecture de nos odeurs corporelles qui en serait l’auteur…

(*) : mimi pour oreille et kaki pour nettoyage

L’année sera Japonaise ou ne sera pas

Si la curiosité vous anime, partez à la découverte de l’art japonais exposé dans les Salons de l’hôtel Rothschild, tout près de la rue du Faubourg St Honoré à Paris. La commissaire de l’exposition est la directrice du musée d’Art Contemporain de Tokyo. Vous y croiserez des œuvres d’Hokusai et d’autres peintres moines auteurs d’estampes extraordinaires du 17, 18 ou 19eme siècle, ainsi que des céramiques aux formes de porc-épic réalisées par un sculpteur contemporain relevant de l’Art Brut. Et puis vous découvrirez des peintures sur bois de fleurs qui épousent parfaitement les veines de l’arbre ou encore des petites boîtes en laque d’un artiste minimaliste et enfin une vidéo troublante entre un danseur et un robot. Ainsi j’ai été fascinée par un robot, une femme robot qui bouge les mains et les bras, elle cherche l’harmonie du mouvement avec l’être humain. Elle le regarde, elle émet un râle, elle pense mais à quoi à qui ? D’où viennent ses pensées et où vont-elles ? Autre moment troublant ce fut celui de marcher sur des lauzes posées sur le parquet du grand salon. L’Art Japonais serait un Art centripète comme l’écrivait Claude Levi-Strauss à l’inverse de l’Occident. Il va et s’ouvre au monde.

Profondeur amie : « fukami »

A la tombée de la nuit, le jour s’efface à pas de loup et chavire du côté sombre. Les rideaux se ferment, les paupières papillonnent avant de se clore. La musique se fait l’écho des profondeurs et de la gravité du monde. Les corps se relâchent, les têtes ondulent, les hommes et les femmes forment des vagues et divaguent. Le rêve prend corps, les bras se frôlent, les mains se rapprochent, les ombres deviennent lumière.

Japonismes 2018

Attention ça va être la fête !

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Le Japon prend ses quartiers à Paris et en France pour fêter les 160 ans de relations diplomatiques Franco Japonaises, et les 150 années de l’ère Meiji. Tous les arts seront conviés, forcément nous y serons en yukata. Konichiwa les amis et kanpai.

PS : Ravel était un grand amateur de l’Art Japonais, Monet, Bonnard et Van Gogh et tant d’autres se sont inspirés des estampes d’Hiroshighe et d’Hokusai. Ainsi est né le Japonisme…

Japonisme oui, c’est parti !

J’avoue, j’ai été Béa de Trix, happée par la matrice …

Matrix, à sa sortie, fut une mini-Révolution pour les jeunes que nous étions au début des années 90. La vie pouvait se réduire à une série de codes informatiques composés de 0 et de 1, ça pouvait sembler binaire à première vue mais rien de simple au fond. Nous étions là pour sauver le monde en découvrant que la matrice en était la clé. La solution figurait en chacun de nous.

Hier, avec une copine, je suis allée voir une madame T-Rex, découverte dans le Montana en 2013, quasi complète, à 75%. C’était fascinant et quelle majesté surtout lorsque l’on pense à son doux surnom de Trix donné en hommage à la reine Béatrix par des chercheurs américains et hollandais.

Elle a disparu il y a 66 Millions d’années, elle était carnivore, son joli sourire se composait de milliers de dents et pas du petit calibre. Elle mordait et croquait ses congénères, elle aussi s’est faite mordre. Pas de quartier, elle engloutissait la viande et les os en même temps, ses ossements parlent pour elle, le calcium a laissé des traces. Elle aurait vécu une trentaine d’années et la manière de le lire se cache dans la coupe de ses os, comme pour un arbre. D’ailleurs, l’exposition interactive nous apprend à compter les cernes.

J’ai pris quelques photos, émerveillée; en effet, quelle chance que de pouvoir comprendre d’où l’on vient quand la matrice vous mordille le cou les os les fesses ! Après avoir rendu visite à cette jeune dame de la famille des T Rex pesant la bagatelle de 5000 kg rescapée de l’époque du Crétacé, qui clôt la période des dinosaures qui avait commencé 100 millions d’années plus tôt, je me suis sentie légère mais mieux sur mes pattes et consciente de mes origines. C’est fascinant de penser que ces êtres vivants ont vécu entre l’Amérique et l’Asie à l’époque où aucune mer ne séparait ces deux continents. Le sable, qui a longtemps recouvert ses ossements, a permis de la conserver presque intacte. Pour la prolonger, elle a été enduite de colle. De profil, elle est longiligne avec sa jolie queue et ses longues pattes supérieures dont l’une la gauche a été reconstituée. La structure métallique qui recompose Trix est discrète, ingénieuse. Ce qui me charme le plus c’est son élégance et son sourire ultra brillant, je me demande comment elle se brossait les dents !

Allez voir Trix et vous serez Béa !

Une T-Rex reine d’un jour

Aujourd’hui, j’ai passé un cap, pas celui de Bonne-Espérance, un autre, qui ne figure pas sur les cartes de géographie. J’avoue que je navigue en ayant conscience que la route et les paysages changent, et surtout les Hommes, toutefois, mon œil et mon cœur de mousse sont restés à quai, sur la terre ferme de mon enfance. Je me sens comme une T-Rex qui aurait esquissé un bond vers le futur. Reine d’un jour, je le suis encore jusqu’à minuit…

Mon autoportrait de pied en cap pourrait être cette représentation cubiste de la femme devant chez Artcurial au rond point dès Champs-Elysées. C’est un peu intimidant voire impudique, et même rouillé au dehors, mais tout ça n’est qu’un exercice de style, une représentation de l’être, qui dit tout et rien.

Bon, je respire un bon coup car est venu le moment de prendre l’air, de me rapprocher de l’essentiel et de fêter ça, tranquille sur mes pattes de T-Rex du 21eme siècle(*), les dents aiguisées, le flair en avant, les neurones en forme de magnolia !

(*) née un 19 juillet à 7h30 du matin à Vendôme 41 de l’amour entre Suzanne et Gérard B.

J’ai de l’amour plein les oreilles (de mon ventricule) et grâce à Percy, j’ai la Faith (à l’air) !

De la solitude nait la réflexion et l’envie d’être soi sans démonstration, un persil plat plus qu’un Percy Faith* ! Et pourtant, je rêve de câlins, de bras et de jolis refrains, de mots d’amour au petit matin. Naturellement, j’ouvre les yeux et par les velux je vois le ciel qui bleuit et le soleil qui me sourit, bercée par un silence de mots qui laisse place à la vie qui me tutoie et que je ressens pleinement. Debout, sans modération, je m’éprends d’elle et la bois jusqu’à la lie. Dans un corps à corps, chaque jour plus heureux, nous nous retrouvons et réapprenons à nous découvrir avant de nous endormir.

L’amour, je ne sais le détourer, le limiter à l’incarnation d’un seul être car il est, là, ici, partout, et c’est d’ailleurs une chance que de le rencontrer dans les yeux des autres, amis, inconnus ou membres de sa famille. C’est un peu comme des lucioles qui clignotent de concert. Ça ressemble à de l’invisible visible ou l’inverse. C’est rare et commun.

Quand l’amour me prend par les oreilles du ventricule, il devient véhicule, de soi, du monde et de mon rapport au monde. Je ne me raconte pas d’histoires, je sais que c’est le sens de ma marche terrestre, aimer et être aimé, le reste, et l’Art en particulier, c’est autant d’occasions de l’éprouver, de le chercher et d’en trouver des preuves jusqu’à se laisser porter.

  • Percy Faith était un chef d’orchestre américain spécialiste des musiques mexicaines et brésiliennes des années 50 et 60. Percy Faith nous a fait beaucoup rire il y a deux jours… et pendant ce temps, l’amour court, court toujours y compris dans les rues de Paris !

Des fleurs et du whisky sous le guéridon

Dimanche de lendemain de fêtes, le sommeil s’est évaporé et se confond avec les vapeurs de thé. Je bois des fleurs du mal, je prends un bain au milieu des pétales, létales, et je souris de plaisir et de bien-être en fermant les yeux. Puis mes paupières frissonnent et se déplient en regardant les roses de couleur crème et toutes les autres fleurs violettes et mauves que je ne connais pas, certaines encore en bouton et d’autres écloses. Je ressens les bulles de champagne couler dans mes veines, elles circulent et prennent les chemins du corps et de ce qui l’entoure. J’ai le sentiment de flotter, la bulle intérieure soulève l’être et me rend légère. La pression de ce champagne-là est inférieure aux 7/8 kg habituels, toutefois dans un souci de me racccorder aux 80 kmh en vigueur depuis le 1er juillet sur les routes françaises, j’arrête de boire, je n’en éprouve plus que les sensations.

Les cloches ont sonné les coups de 11h, il est temps de se laver et de s’habiller, de retrouver la route extérieure, le bitume et la chaleur, d’autres odeurs. Pas de whisky pour ce midi, seulement un souvenir et une promesse de dégustations à venir, en bonne et douce compagnie.

A tous les étages l’Homme grandit ou plutôt se rapproche du ciel

Avec l’âge, c’est comme si je montais les étages d’un immeuble et que je me rapprochais, chaque jour, un peu plus du ciel, du soleil, de la pluie, du vent, et des éléments de Dame Nature qu’ici bas, l’Homme a tendance à oublier, négliger ou tenter de domestiquer.

Les étages aident à voir comme les ans, ils hissent et aident à revisiter la glisse, les vices, la vie, l’envers de la vie.

Pour me faire les muscles, je les gravis ces étages, plusieurs fois par jour et par nuit, en vrai en rêve, habillée habitée déshabillée défaite.

Inlassablement, et ravie du spectacle vivant qui m’est offert, je me sens devenir sage en montant les étages, et en regardant le paysage et les visages. Mais, aussi, parfois j’utilise l’ascenseur, la facilité et je parcours trop vite le passage d’un point A à un point B. L’impatience la colère la non mesure se font pressants. Je respire, il fait beau, c’est samedi, c’est le moment de retrouver maman, venue de la campagne et de lui montrer ma maison dans les étages, d’apprendre et de prendre le chemin de la sagesse et des âges.

Enfance japonaise

Ce soir, je marche sans mes jambes, juste avec ma tête. Des pensées me portent libérant de l’énergie, nouvelle et renouvelable qui, m’emmène loin d’ici. Je me pose, les yeux ventilés par un flux d’air léger, la chaleur devient enveloppe. Mon nid respire, s’aère. Je me revois et me perçois enfant. Peut-être est-ce l’effet de mes cheveux courts, je me sens rajeunir…La vie vue du ciel me rapetisse, je cours avec les insectes, je vole avec les papillons et je butine au gré de l’instant sur mon canapé griffé. Puis, je me mets sur pause et dépose mon corps tout noueux en lisant « le poids des secrets » de Shimazaki. Je m’endors, l’éveil peut commencer…

The Auld Alliance à Singapour

Parfois, il fait très chaud et par réflexe, la pensée s’évapore et se limite à « c’est le moment de boire et de se désaltérer avec de l’eau ». Et, d’autres fois, parce qu’un copain vous dit, « viens chez Artcurial, j’organise avec et chez eux une dégustation et une vente aux enchères de whiskies rares », alors, la pensée se relâche et le choix est vite fait, pas d’eau sans whisky !

Emmanuel Dron, qui a créé l’un des plus prestigieux bars à whiskies au monde, et qui se situe à Singapour était là. Parmi ses bouteilles, j’ai eu l’honneur de déguster un Glenrothes de 42 ans d’âge titrant à 40 degrés. Ce fut un moment inoubliable. La poire était légèrement présente et le sherry affleurait, je ne pourrai l’oublier, j’ai fait un vol direct vers l’Ecosse. Puis j’ai goûté un Ardmore, distillé en 1926, de 24 ans d’âge. C’était de la crème de sherry. La bouteille a été produite en petites quantités pour des cadeaux de Noël. Enfin, j’ai beaucoup aimé un Tomintoul tout en fraîcheur, et son flacon ventru lorgnait du côté de la beauté. J’ai eu la chance aussi de goûter un Talisker vieilli en sherry casks distillé en 1978 un trente ans d’âge, un distillat qui a su conjuguer l’équilibre entre la tourbe et le sherry.

Il fait lourd mais ça va, je tiens droit.

Au hasard de l’Asie et de l’agar agar, je rencontre Balthazar, un drôle d’Ane bâté, et je hennis (qui mal y pense…)

Comment vivre sans bague ni baguette si ce n’est dans le royaume des alouettes ?

Ce soir, je revêts mon chapeau pointu, à moins que je n’aie rêvé et que j’imagine traverser le film de Takeshi Kitano. C’est « l’été de Kikujiro », je bois du thé et du whisky, car l’Ane bâté a besoin de se désaltérer au hasard de l’Asie et de l’Agar Agar.

Je construis un cerf-volant tout en volant comme un cerf sans aile, en apesanteur sans trop m’appesantir sur l’utilité des choses.

Dessins de fin d’après-midi un dimanche à Pariggi

Après avoir visité le musée de Montmartre et regardé, observé des œuvres de Van Dongen, Suzanne Valadon, ou Maurice Utrillo, avec un ami, vient le moment de rentrer à pied, de prendre des chemins de traverse et de s’imprégner de lieux insolites tels que le bar à bulles dans la cité Véron où a habité Jacques Prévert ou le Cyrano rue Biot que nous investissons souvent avec des amis collègues. Je n’ai fait que poser mes yeux, photographier et marcher. A la maison, je n’avais qu’une hâte, dessiner mes sensations.

Un éveil dominical

En ce dimanche de juin, je me dépose sur mes deux jambes, la tête en place, les mains dessus et autour. Je m’étonne d’un rien, un chant d’oiseau, pas un merle ni un rouge-gorge, un volatile de la ville, dialoguant avec le brouhaha qui perce les murs depuis les appartements voisins et la rue, jusqu’au boulevard périphérique. J’écoute, la musique est brouillon mais les notes racontent la cohabitation entre différents modes et clés, le solfège est là tout en se faisant oublier. La respiration s’installe dans les profondeurs du temps, d’un temps ralenti, espacé, blonde comme les blés.

Mue par l’évidence, je me saisis de l’écran de mon téléphone et dessine ce que je vois. La compagnie de mes objets offerts ou glanés par mes soins met des mots en les transformant sous forme graphique, des couleurs pastel sous les doigts.

Je me rappelle la soirée de la veille, je sais qu’il est temps que je prépare le repas, je chantonne la reprise d' »I feel it coming » de Starboy par Juliette Armanet « je te sens venir »…

Voilà c’est l’été : le féminété

Le soleil lèche les murs de Paris qui dégoulinent de crème fouettée sous l’oeil amusé des fenêtres qui s’émerveillent et miroitent. Ce spectacle muet et vivant me rappelle que c’est l’été, la saison de la cueillette des fruits rouges du jardin de Villetrun orchestrée par papa, qui grimpe sur son échelle et se mesure aux cerisiers et aux frelons asiatiques. Une recette sucrée armée d’un piège et l’insecte s’y frotte avant de se voir piqué par sa trop grande curiosité, et de s’effondrer dans une liqueur artisanale mais fatale. Les fruits passent de l’arbre au seau puis entre les mains de mes dénoyauteurs préférés. Le rituel fatigue mais il réchauffe les coeurs surtout quand vient l’heure de la transformation en « magic » confiture par maman, chef en cuisine et dans des lieux sacrés. Tout se passe dans la buanderie de la Guimanderie, les cerises, fraises, groseilles, attendent leur tour, se mélangent au sucre, et la cuisson embaume la pièce sous le vieux velux branlant qui irradie. A cet instant de l’évocation, tout s’arrête, même le soleil. Je la vois, tout là-haut, Isis, oser glisser une larme de joie, se lécher les babines, et entre deux bouchées imaginaires, mettre un doigt dans le pot de gelée de groseilles, avant de se barioler le visage comme un indien prêt à chevaucher la vallée du grand ouest.

Parce que c’est l’été, la saison autorise à se vêtir de ses jolies étoffes, marinières et petits chapeaux, à voguer au gré de l’envie et dérouler son esprit rempli d’aménité et de féminété. Lunettes de soleil sur le nez, je mets le pied par terre, et je danse au milieu des notes urbaines. Le mousse ne se barbe pas, il est barde et se raconte des histoires de voyage au long cours, en écoutant le murmure là, tout près des êtres qui l’entourent et qui vont viennent et repassent rien que par la narration d’un état de l’être.

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L’oiseau veille, toc toc, tic tic

La perspective enivre, l’Homme vit de la représentation. La palpation du temps lui échappe, il le sait, il l’explore, quand, saisi par l’instant, un bout de son cerveau prend la tangente, et rejoint un autre bout de l’espace temporel, suit une ligne puis s’égare vers des points imaginaires. Cet Homme-là est créatif, il ouvre les fenêtres quand il pleut pour mieux se rapprocher du soleil. Chercher le réel c’est déplacer les choses pour mieux se souvenir de ce qui sera. A moins que ce soit se déplacer soi, pour mieux sentir le temps filer.

L’oiseau veille, la nuit l’appelle vers un pays lointain, il s’envole et part d’un trait. Une vraie flèche, il y va, sans tambour ni trompette, il n’a d’autre but que de suivre sa ligne, son horizon avant que la nuit tombe. Tic tic toc toc l’horloge marque 10 coups, l’oiseau n’entend pas, il poursuit sa route et traverse l’espace.

La fraise boit

La fraise sort du bois en titubant, la fraise boit. Il pleut, les Tropiques se sont déplacés jusque dans le Loir-et-Cher. Le soleil perce les feuilles d’un acacia mordoré. Du miel coule des frondaisons, les abeilles ont revêtu leur combinaison en Néoprène. Un petit être mi-Homme mi-animal se délecte en regardant les gouttes s’étirer depuis les nuages. Ce bipède poilu savoure le moment, les yeux écarquillés, zigzaguant entre ces lianes imaginaires, mû par les odeurs d’humus. Il est présent au monde qui l’irrigue en retour. Au milieu de ce tissu naturel, il se sent pousser comme l’herbe. Son sang résonne et sonne comme les gouttes d’eau sur le sol. Il marche pieds nus, ses chaussures à bascule l’aident à s’accrocher à la terre ronde. Il se sent blonde, comme les blés, il ondule, c’est bientôt l’été. La vague lui remue les oreilles. L’animal en lui sommeille. Il murmure et chante sans voix. Il mue, il est muet, il est heureux, recouvert de rien qu’un peu de pluie et de fraises des bois…Il boit la vie, il rit, il se sent épi, il est au centre de son rayon vert, il jouit l’étincelle enfouie. Son cœur bat de la semelle. La pluie s’est évaporée.

Quand maman fait mouche…

Quand maman fait mouche, la mouche n’a plus qu’à s’éteindre après un ultime bouche à bouche avec les fenêtres.

Fleuret moucheté, je me mouche, à l’aube de l’été.

Dans une mare de sang, une mouche s’étend, sans bruit.

Crachin crachas, la pluie (rou)coule dans mes poumons.

Orage, les gouttes déroutent les mouches de leurs doutes, coûte que coûte …

Musique des jours longs, mon museau s’est piqué d’une mouche, à droite de mes lèvres.

Ce matin, levage au ralenti

Peut-être parce qu’il fait froid, le corps qui me porte et m’enveloppe vit au ralenti. Le levage au petit matin ne s’apparente pas à une petite chose. Sa présence est poids, son poids est mesure, sa mesure un bout qui compte physiquement et qui entraîne le reste.

Dans la journée, je cours parfois, pour rattraper un bus mais je limite l’exercice. Je suis mes pas au son. Mon corps chante « flip flop flip flop ».

Mon corps s’étire et se tire devant les sujets absolument abscons, c’est très con mais absolument vrai.

Ainsi va mon corps dans un décor jamais le même et qui y ressemble tout en se sachant singulier féminin.

L’inspecteur mène une drôle d’enquête

Sans le savoir tout en le sachant, je mène une enquête sur la vie terrestre. J’essaie de comprendre, telle une digne descendante de la Grèce des Pré-Socratiques, d’Aristote et de Platon, si la vie existe, si tout ceci ou cela, et vice et versa, est bien vrai ou si ce n’est pas un rêve. Je me dis que le rêve n’a pas de limite, et que la vérité en a ! Je cultive l’horizon à portée de pensée, une pensée sans cesse renouvelée, un terrain du sensible, arrimé à mes 5 sens, que tout bouscule, car en prise avec le temps d’aujourd’hui d’hier et dé demain.

Je n’avance pas masquée, je joue au fleuret moucheté si l’Autre cherche à me couper le souffle ou la tête. Tout est question d’intégrité.

Je suis sioux et parfois soûle, gonflée par l’air alors je prends la vie comme le métro, car Antigonegone sait que le chemin est complexe et qu’il n’y en a pas un de royal, pas de voie jupitérienne qui s’impose par rapport aux autres, Puisque rien n’est prévisible ou ne peut se résumer à thèse synthèse antithèse. L’univers des possibles c’est cela qui me guide. L’intérêt pour ce que je ne sais pas et ne comprends pas. Pendant que je fais une pause, j’extrais un petit bout de l’infini car il est à portée de main. J’aime et j’ai besoin d’écrire et de dire avec mon esprit français. Je mets côte à côte des mots et des silences et j’enfile des perles.

Ainsi, va le monde, et les mythes, et les Hommes qui les inventent pour mieux (se) raconter des histoires. C’est l’heure creuse, la nuit, tous les chats sont gris et la chouette hulule, c’est le moment propice pour faire corps avec l’invention et l’inventaire du monde. Telle Rouletabille je perce le mystère tout en le préservant ! L’aiguille est creuse, je suis appliquée sur mon ouvrage. Paris me transmet son souffle, je respire.

Photos de lumière et de nuit

Regarder et voir ne vont pas toujours de paire ni de soi. L’appareil photo sous la main, je tisse des fils entre la vie, les êtres et les choses.

Un souffle soulève l’oreillette de mon ventricule, je respire puis je me concentre sur les images du monde, ce tout qui m’entoure et m’anime, ce tout qui me rapproche de l’Autre et de moi-même.

J’ouvre mon œil, ma pupille s’éveille et je reçois la lumière et son ombre. Je lis la surface des paysages et l’intériorité des visages. Je navigue par le regard.

Sur le pont, j’appuie sur le déclencheur sans savoir comment la lumière se projètera au fond de la caverne de la chambre noire. Le cadrage fixe mon attention. La vague de la traversée ne provoque pas de mal de mer.

La photo est un véhicule et aussi une ancre. Elle grave la légèreté et convoque la gravité sans forcer le trait. Elle dit, elle murmure, elle se conjugue à tous les temps, elle est un véhicule de l’existence de l’ici et de l’ailleurs. La photo dit avec ses mots. Parfois, elle se tait, à d’autres moments elle semble trop bavarde…

L’image riz : un drôle de monde imaginaire

En route vers l’Asie, majeure plus que mineure, je monte sur un dromadaire aux yeux rieurs qui crache comme un lama. La caravane se forme, les bédouins sont concentrés, le nez en pointe droite, la tête en avant, en direction de l’horizon, à l’Est toute ! L’idée de ce voyage est simple, faire un petit tour de l’autre côté du monde et de soi, aérer ses aisselles, suer comme une gazelle. Rasée de près, les cheveux allégés de leurs extrémités fourchues, je sillonne, sur un bout de la planète. Mes compagnons de coeur seront là sans l’être physiquement mais l’essentiel n’est pas dans ce qui se voit mais dans ce qui transpire au-delà des apparences.

Cahin-caha, mon dromadaire hennit et joue à rira bien qui rira le dernier. Ses dents de vegan me donnent envie de brouter. Concentrée sur le dos de mon animal de compagnie, j’entends la mélodie de Ravel de Sheherazade « Asie Asie ». Le chant est lascif et notre marche aussi. Et puis, dans mon for intérieur, la mélodie de Borodine  » dans les Steppes de l’Asie mineure », jouée par le hautbois, vient s’installer. Je me sens portée, ça y est, je vole vers l’Orient, ses odeurs, ses formes, ses coutumes, sa culture, son histoire et ses Hommes.

Un théâtre enchanteur : le Loir-et-Cher !

Un loir du Loir-et-Cher se ronge les sangs, s’ennuyant « ferme » dans une étable…Il veut se mettre à table et jouir de la vie, et pourquoi pas croquer une toile de Jouy. Parce qu’il n’a rien d’autre à se mettre sous la dent, il grignote une scène champêtre tendue sur un paravent et se dit sous sa touffe de poils « oh que ça fait du bien » . Cette couleur vieux rose l’ emmène dans des rêves de guimauve à l’intérieur d’une chambre de petite fille. Imaginez ce loir songeur, béat, les yeux écarquillés devant l’enfant, en pleine nuit noire. Et, puis tout à coup, il réalise l’erreur qu’il a commise. « Mince, je crois que j’ai dévoré le théâtre miniature de cette petite princesse. »Pour se faire pardonner, lorsque l’enfant se réveillera, le loir improvisera un ballet de folie sur l’air ô combien célèbre de Michel Delpech « ma famille habite le Loir-et-Cher, ces gens-là n’ont pas de manières ». Il sera couvert des lambeaux du tissu de la toile qu’il a commencé à digérer, semblable à une momie sortie du placard. La petite fille criera et se plongera sous ses draps dans sa chambre tapissée d’une toile de Jouy.

C’est pour cette raison, entre autres, que le Loir m’est cher !

Il pleut et mes dessins ne manquent pas d’air

Inlassablement, la pluie prend ses quartiers en cette fin d’hiver qui s’éternise, et tire ses rideaux, des cordes d’eau franchissables entre le ciel et la terre, mais à travers lesquels la vue se brouille, sans étincelles. Pour dégager les nuages de la drache, je prends mes pinceaux, et j’écarte le gris, tout en en gardant un peu car il fait partie du décor. J’y rajoute du bleu, parce que c’est plus lumineux, et du jaune, sa couleur complémentaire. Enfin, parce que je m’empresse toujours d’en mettre un peu, voire beaucoup, j’applique du rouge, un rouge sanguin, celui de la vie, du cœur qui bat, même quand le ciel se satisfait de la non couleur. Je gribouille l’arc-en-ciel sans que ça y ressemble, j’y mets du vert gazon, ça me rend fripounet et légère. Ce dessin est un voyage dans l’abstrait de ma substance vitale, c’est comme si j’avalais un autre air. Cet air, j’aimerais savoir le peindre, un air qui donne envie de prendre l’air sans pouvoir le prendre tout à fait, un air de pas y toucher que j’arriverais à capter d’un coup de pinceau. Voici ce que mon extracteur d’air a croqué en attendant d’y parvenir en vérité. En raccourci, ça ressemble à un bout de truc animal et végétal en même temps, imaginez un souffle d’air dans les cheveux, au printemps. Un tourbillon qui vous laisse sur place, surpris, heureux, heureux d’être là.

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Rêve riz du jour dans la baie de Sendai

Repérage, caméra dans l’œil, le film sera de format court, une sorte de poème visuel construit sur dix sept syllabes, un haïku illustré.

L’histoire ? Une aventure centrée sur une rencontre imaginaire, une traversée des siècles et des cultures, la possibilité d’une rêverie au pays du monde flottant et du riz. Un aller sur les pas de Bashô, moine ascète et immense poète japonais du 17ème siècle, maître du haïku. Le petit homme aimait partir dans la baie de Sendai, l’un des plus beaux paysages du Japon, aujourd’hui ravagé par la catastrophe de Fukushima. Il voyageait avec peu de choses, marchait seul, et écrivait avec son cœur en se nourrissant de ce qu’il voyait et de grains de riz.

Son surnom de Bashô selon la légende provient du fait qu’un de ses élèves lui aurait offert un bananier pour le remercier.

Tel un petit singe avec la banane jusqu’aux oreilles, j’emprunte la sente étroite du moine Bashô et j’esquisse mon récit. Je ne l’imite pas, je cherche ma voie, je chante avec les oiseaux et j’écris avec mes doigts :

Rêverie du jour,

En mars, la baie de Sendai

Irradie d’amour.

Jour de pluie, une baleine succombe à un parapluie

Dans un film coréen « seule sur la plage la nuit », un metteur en scène lit un roman et dit à son actrice ex compagne que l’amour doit être élevé à un niveau supérieur au-delà des questions de bonheur et de malheur, et des différents sentiments humains.

Ma baleine, tapie sous la table du salon s’est marée lorsque je lui ai raconté le film et rapporté cette vision de l’amour. Ces quenottes brillaient, aventureuse qu’elle est, particulièrement un dimanche. Il pleut Moby lui ai-je précisé. Elle m’a répondu, je vais sur la plage, m’étendre et rêver comme l’héroïne de Hong Sang Soo. Très bien, mais évite le monstre marin, et surtout n’oublie pas de sortir avec mon parapluie, pour passer entre les gouttes. Et là, splash, je réalise l’impensable, la baleine succombe sur le coup, le parapluie lui a tapé dans l’œil !

C’est pas banal, j’avoue que le couple s’accorde à merveille. Certes, les gens glosent et les petites baleines du parapluie sont jalouses, Moby le sait mais elle vit la pluie comme un enchantement, ne faisant qu’un avec mon parapluie. Cette histoire imaginaire est pourtant bien réelle, plus vraie que bien des faux-semblants humains…

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Des fleurs poilues ou plutôt au poil

L’esthétique de mon existence passe par des moments de marche ou d’arrêt, l’oeil aux aguets, le nez en bandoulière, sans autre idée que de laisser les pensées me porter ou m’oublier. Le samedi c’est ré-création ou plutôt tentative de création, en partant de ma vie, avec un choix pas du tout cornélien d’en faire un objet d’art transdisciplinaire, de continuer à apprendre, à prendre ma vie en main, à la faire mienne, à la façonner et à me laisser surprendre par ma curiosité qui remonte à l’étude du grec ancien et peut-être à avant encore.

Ma conversion à l’art comme principe de vie est politique, je me sens citoyenne d’un objet en pleine mutation, capable d’influer sur le cours de mon être, depuis son centre sans oublier ses contours sans bornes. Car j’ai besoin de bouger, de sortir des lignes déjà dessinées par les courants de pensées ou les élans de groupes d’influence, loin des modèles de sociétés pré-établis en occident depuis des siècles. Je ré-invente mon sang et mes coups de sang, ma vision sans cesse en construction sur des périmètres multiples et connexes. La liberté d’aller ailleurs et vers l’Autre, ou de rester dans un monde solitaire c’est une synthèse de mon côté ambidextre. Rien n’est jamais certain, le doute est mon grain, mon sel, il m’aide à réinventer sans cesse le réel et à l’imaginer tel qu’il pourrait être. Mon étonnement au monde, je le ressens en permanence, il me submerge comme si je renaissais chaque instant et que je le questionnais pour la première fois. Vibrer de partout pour mieux exister et faire bouger le bitume sous ses pas, modeler ses semelles et les rendre personnelles, apprendre d’autres façons de marcher et de croire à l’amour, aux différents formes d’amour car aimer au-delà de faire tourner le monde est le sens essentiel de ma vie. L’amour vrai, pas celui du plaisir ou de la passion, l’amour qui est et qui dure, celui que les Anglosaxons associeraient à « overwhelming ». Celui-ci, WAOUH, il est grand, il transforme et transcende tout, il n’a pas de territoire, il n’est pas sur les cartes, il est entre les êtres, la nature et les choses, il est l’histoire et parfois avec un H.

En ce samedi matin, j’avais la méga frite, c’était le moment de se frotter à l’art, sous toutes ses racines, à mon amour de l’art, à l’art d’aimer. Je me suis extraite de mon nid et le soleil m’a tirée par la manche.

Près du fleuriste du quartier, j’ai ouvert grand mes yeux car j’ai découvert un OGM de toute beauté, l’esthétique de 2018 sera poilue, me murmurai-je, peut-être était-ce l’empreinte récente de Lisbonne… Deux chiens se doraient la pilule et donnaient envie de leur accrocher des petites fleurs en couronne sur les oreilles ou en mode rasta sur la crinière ! Sauf que la pervenche scotchée au mur que je préfère sur deux dimensions n’a pas été du même avis et m’a collé un PV car, soit-disant, je m’étais égarée et que mon véhicule corporel et cérébral ne respectait pas les règles du contrôle technique. Mais ce qu’elle n’a pas compris c’est que, jour et nuit, je ne peux m’empêcher de rêver ma vie comme si l’imaginaire était le meilleur moyen de réaliser ce que je suis. Et rien ne pourra s’opposer à cela. Antigonegone le sait…

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La curiosité du cabinet

Le dimanche c’est LE jour de déconnexion du corps, le temps idéal pour le gommage, en attendant de se faire dégommer ou de dégommer l’autre car la réplique est vite venue. La joute verbale mérite toujours de s’entretenir la peau. Il est déconseillé d’en venir aux mains car ça laisse des traces sur l’épiderme.

C’est aussi le moment de se dépoiler entre deux parties de poilade avec les copains copines. Le fait de rire me régénère et fait pousser mes poils plus vite. Poilade et dépoilage sont les deux mamelles de ma vie.

C’est également un instant privilégié de curiosité dans mon cabinet. Ça commence par la douche, les grandes eaux de Versailles. Puis, pour que le geste soit beau, j’applique avec concentration et concision un petit bout de crème sur chaque parcelle de peau de mon visage, l’œil collé au miroir. Parfois, j’ai peur, et je me pose sur mon cabinet de toilette pour que la curiosité ne s’insinue plus dans un œil, qui, par ricochet, observe l’autre œil dans le reflet du miroir. J’évalue et j’évacue, je sonde en altitude et je laisse mes pensées se dessiner verticalement. Je détache du papier toilette du rouleau et le récit de mes yeux, observant observé, se perd au fond de la cuvette. Je tire la chasse d’eau et c’est parti dans les oubliettes.

Je ramène ma fraise parce que…

La semaine j’utilise surtout mon cerveau gauche et le week-end, principalement le droit, quant à la nuit je m’envoie en l’air, en cerf-volant, en virevoltant à droite et à gauche en même temps ! Je crois qu’il va falloir que je fasse réviser ma centrifugeuse car elle tourne un peu en rond ou pas rond c’est pareil …

Ce matin, je ressemble à une huître dotée de l’humeur d’un perlimpinpin. Sauf que j’ai perdu ma perle.

J’avoue que c’est étrange de parler ainsi, sauf après quelques verres de jus de chouettes. Le nectar aux arômes faisandés ne se vend pas dans les bonnes pharmacies du 17eme. Et pourtant Antigonegone en a plein les synapses…

Il est temps que je ne ramène plus ma fraise mais que je me mette à en faire du sorbet, c’est plus léger et raffiné.

Toc toc toc, mon petit doigt de fée m’invite pourtant à continuer de raconter des bêtises à mes copains. C’est plus drôle d’arrêter d’être sérieux…

J’allais oublier mes patins à roulettes à défaut de rouler des patins.

Matin d’un samedi bleu

Sur du papier japonais oranger, je pose mes doigts avec cette impression d’être observée par des yeux perçants et accusateurs d’un douanier aux allures de robot sans sourire, un matin d’un samedi bleu, dans un aéroport américain de la côte ouest. Depuis ma voute plantaire jusqu’à l’extrêmité sud de mes cheveux je me sens oppressée, mes empreintes digitales semblent déposées pour l’éternité, je ne me résigne pas à les abandonner à ces inconnus inquisiteurs asservis à un fou aux allures d’un Ken décati. Je ne veux pas décoller ma peau et mon cerveau, sans embarquer avec moi ce morceau de papier japonais, collecteur de preuves qui ne regardent que moi. Prise d’une envie de faire fi des règles des US, je cours, avec mes doigts au bout de mes bras. Loin devant, au bout du tarmac, j’entends les sons et les cris des animaux marins en provenance de Patagonie, les mêmes qui, quelques mois plus tôt, rêvassaient sur le dos à Trescalan, tout près de Piriac.

Demander la main à quelqu’un, la prendre, la voler, non, quelle duperie pour ne pas dire quelle « trumperie », je préfère traîner mes guêtres du côté de mes amis manchots, qui n’ont pas de questions existentielles de ce côté là… et entamer une danse, sans mettre en avant notre identité, seulement un bout de papier japonais, en guise de chapeau ou de cache nez.

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Ecolo aux idées fleurs

Tôt ou tard, l’écolo urbain, palot, pas très logique avec lui-même, sature de gris. Il finit par devenir ombrageux voire désespéré devant la menace qui pèse sur la planète.

Pour se ménager, en plein hiver, il déménage et passe au vert, le vrai, celui qui dépasse le monde des idées et qui tente de résister, le royaume de dame nature et de sa verdure. Ainsi l’écolo des villes se prend pour Candide et s’imagine cultivant son jardin.

Sans fausse modestie, ca pousse dans sa tête, la semaison convoque les synapses, les neurones et les vaisseaux de son cerveau. Des idées se surprennent à fleurir là-dedans, une véritable serre, un élevage hors sol, un terreau pour se faire du bien.

Sauf qu’à la campagne, les idées vertes n’aident personne à manier la bêche ni à ensemmencer le sol. Or, l’écolo, palot et pas logique, ne sait pas comment s’y prendre ce qui pourrait laisser à penser que l’écolo qui fleurit d’idées vient peut être d’ailleurs, d’une autre planète. D’où son surnom de petit homme vert, que l’on aime apprivoiser et tenter de comprendre loin du « géant vert » trop réel et néfaste de Monsanto…

« Après le pâté, c’est bien bon le thé » …

Ce soir, j’avais envie de dessiner, partir d’une « feuille » blanche, laisser mes doigts me guider. Carmen s’est calmée, pas de tempête sous mon crâne, seulement un écran, des couleurs et l’imaginaire pour commencer ma cure de détox. Je sens le « flow » me gagner, la vague du « je ne sais pas où et qui je suis » me happer et je pars. Pour commencer, je m’étais représenté un mousse, un ersatz d’Antigonegone, d’un trait léger, à peine visible. Et, puis, mes doigts ne m’ont pas suivie. Ils se sont montré, peu obéissants, et tournés vers l’Orient. Est-ce l’écho de l’Iran, de ses descendants, autrefois marchands sur la route de la soie et riches de par leur géographie, et leurs ressources naturelles, qui manifestent en ce moment pour vivre honorablement contre un Etat d’oppression ? Me voilà en chemin, nomade, hissée sur un dromadaire, au milieu d’une caravane, à faire le clown…à bomber le torse !

Croquis fauteuil

N’est pas clown qui veut, Offenbach lui l’était et avec brio sous le Second Empire. « Après le pâté, c’est bien bon le thé ». Oui, il est important de savoir pratiquer l’auto-dérision et de rire des choses, surtout le 1er janvier 2018, à l’heure des bonnes résolutions.

CLOWN

PRINCESS

Le petit poucet sème des cailloux pour retrouver son chemin…

Réincarnée en carpe, je suis devenue muette et manchot, incapable d’écrire un mot. Des nageoires ont poussé sur mon dos, et mes mains se font fait la belle. Je cherche mon p’tit lapin et sa jolie frimousse, qui s’agite lorsqu’il est inquiet ou content. Nous aimons nous taquiner, manier l’équilibre des mots et des cailloux. En se frottant le bout du nez, mon p’tit lapin aime à me dire qu’il n’est pas toujours utile de recourir aux mots pour se comprendre, ni toujours nécessaire de nommer les choses, de faire état de ses émotions. Ce n’est pas faux, mon p’tit lapin est plein d’esprit, et de fraicheur. Allons semer des cailloux dans la forêt et peut-être trouverons-nous notre chemin car les plus belles relations et la quête de sens se passent volontiers de paroles et de mots, souvent inutiles et plus éphémères que les cailloux !

Des petites bêtes qui montent qui montent qui montent (dans mon nid, et dans mon lit) 

Ca s’est passé sur plusieurs nuits, il y a peu, puisque ça s’est terminé par un feu d’artifice ce matin. Des petites bêtes secouaient le sommier de mon lit dans le nid où je vis, j’erre et je m’aére. Je sentais que le sol tanguait et pourtant je lisais, tranquillement, « tristes tropiques », je me prenais pour une ethnologue sur les traces de Christophe Colomb et de Claude Lévis-Strauss. Sous leur carapace, j’entendais leur battement de cœur, leur envie de vivre, leur joie d’être là et de s’agiter tout en m’agitant. Leur but était de faire sortir mes petites bêtes intérieures, sous ma peau, au fond de mon corps. Je sentais comme un air de fête, elles se relayaient activement pour créer une houle, une tempête artificielle. Ainsi, me murmuraient-elles, ce sera le calme après la tempête. Une inversion des valeurs leur dis-je. Elles dandinaient du bulbe et leurs pattes tremblaient en ce moment féerique. Elles me racontaient que pour elles la sérénité n’était possible qu’à certaines heures de la nuit et que c’était sous la carapace que ça se passait. Il nous faut donc coudre des fermetures éclairs sur ton enveloppe corporelle, ajoutèrent-elles.  Elles m’ont opéré, c’était indolore, de véritables brodeuses de maisons de haute couture. Elles pensaient ainsi, me donner accès à la sagesse. 

Un coup de zip, et zip boum, me voilà sur un nuage, portée par les petites bêtes, le cœur en bandoulière… au milieu d’une mer d’huile. Il fait jour, j’écoute le silence et les petits bêtes remballer leur campement. Elles me sourient et me soulèvent haut le cœur. J’ai su lire dans leurs moustaches qu’elles avaient d’autres greffes de sérénité à opérer. Nos mouchoirs s’agitent, il n’est pas de bonne compagnie qui ne se quitte et sur leurs petites dents blanches, se réfléchissent toutes les couleurs de l’arc en ciel. 

« Oh boy » !

Ce soir, je me sens oiseau, le bec long je plane, mes plumes ont déserté l’oreiller. Je m’imagine que c’est déjà le printemps, le moment d’aérer mes envies, d’aller loin, tout là-haut, d’esquisser des loopings pour prendre de la vitesse, et crier « oh boy », entre les vagues ondulations des nuages.

Je vole, je vibre dans le ciel nocturne et frais de décembre, je me rapproche des ténèbres, loin des réverbères, et de l’aube à venir. Seule dans le manteau de maman, blanc au-dedans, et camel à l’extérieur, je me réchauffe la peau de petit poulet frippé en pensant à ceux que j’aime. Je ne sais pas ce qui me prend, je décris des lignes hors de portée, j’invente, je créé, je dessine, pour rien, pour me rapprocher, pour fuir ce qui pourrait être mais ne l’est pas, car je sais que ma quête est celle-là.

 

 

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A fleur de peau : je mets le turbot (dans l’assiette)

Le nuage s’est drapé d’une étoffe bleue soleil, la musique du ciel entonne une samba de Carlos Jobim, je reconnais les notes de Desafinado puis de Samba de uma nota sô. L’astre blond me secoue la frimousse, je me sens fripouille. Avec mon pull orange, à l’aise dans mon corps, je me balance, Ella Fitzgerald s’invite dans la danse. Les immeubles de Paris se remuent aussi, le zinc bouge et entonne un zing boum zing zing, pointu, et le sable fait du gringue au bitume. Sur un chemin invisible, je roule sans moteur, le co2 se concentre et applaudit, il vit un moment de répit !

C’est l’heure de déjeuner, je cuisine un filet de turbot au poivre du Sichuan qui fleure bon l’huile d’olives et le citron. La poêle crépite, je remue le popotin en écoutant d’autres mélodies de Jobim.

À fleur de peau, la vie souffle à mes oreilles et Joao Gilberto parle de Meditacao, mon nid finit par secouer ma paillasse, je tombe les pieds en canard, accroché à un électron, le temps d’un rendez-vous avec le nuage, tout gonflé, et nous esquissons des pirouettes !

Pourquoi la vie est-elle mortelle ?

L’ombre de la nuit me questionne, l’essentiel ne s’écrit pas, ne se raconte pas, ne se dit pas et pourtant c’est stimulant que d’essayer de le regarder en face, ce bout de ciel, rempli d’essence, de carburant, d’en faire un compagnon de route, du doute, et sous son couvert, de s’essayer à la dialectique.

A près de minuit, c’est l’heure de se laisser saisir puis dé-saisir, avant de prendre à pleines mains la sensation d’exister, de toucher à l’étrange mystère de la vie terrestre, vu de son bout de ciel.

L’Humain est né pour apprendre, éprouver, autant de chemins pour devenir et parvenir à être soi, quelqu’un, singulier et multiple.

Ce soir, je ne veux pas éteindre la lumière et m’endormir du côté du pays des songes, entre les étoiles et le trou noir. Je préfère suivre la fée bleue, et discourir avec elle de l’impermanence des choses et de l’absurdité d’être là puis plus là. J’ai besoin qu’elle me lise une histoire, un conte, une fantaisie, parce que cette histoire, même inventée dépasse le temps qui passe, et ouvre de nouveaux territoires.

Là maintenant, je ne me résigne pas à la mortalité de l’être, je me murmure tout bas que tout est possible dans mon imaginaire, oui, je crois, enfin j’ai l’intuition, que le possible c’est le début de l’éternité ! Exister c’est ré-inventer la vie, le monde, se ré-inventer, tout en sachant que le réel est souvent absurde et que ce qui est irréel est parfois vrai et le moyen le plus sûr de rendre le réel moins absurde !

Mutation, ion ion, même pas peur !

L’homme mute, par Toutatis, chaque nano seconde, il se distingue de ce qu’il était dans l’instant d’avant et il ne sera pas davantage lui-même dans celui qui va suivre. A regarder de plus près, en approchant l’œil de la lentille d’un microscope, quand certaines de ses cellules se font la malle, d’autres se sont multipliées, et avec l’âge, l’équilibre de sa renaissance est à l’extérieur de lui, dans l’allégement de son actif, et encore plus de son passif.

Jusqu’à aujourd’hui, certains repères transmis depuis Astérix n’avaient pas bougé d’un iota, le sol restait en bas et le ciel au-dessus de soi. Mais depuis quelques années, la numérisation du monde, et le déchiffrage de la terre ronde, sertie de satellites, fait sauter les fondations et le toit de la raison humaine. Les flux d’informations se dématérialisent, la donnée, l’élément unitaire, et volatile, devient l’objet de toutes les convoitises, à la recherche d’un gain multiple, si bien que peut-être, un jour, ou une nuit, le ciel ressemblera à un élargissement du sol, et nous offrira d’autres étages pour visiter de nouvelles planètes et des paysages extraordinaires peuplés d’étranges étrangers et de nombres infinis. 

Grâce à la numérisation les liens humains se tissent d’un continent à l’autre,  les échanges de données ressemblent à des promesses de vies multiples, ici et ailleurs. Les robots ressembleront de plus en plus à leur concepteur. L’homme sera un robot pour l’homme, il répondra à des programmes qu’il aura composés et sera soucieux d’agrandir son intelligence artificielle en toute liberté… Chaussé de ses lunettes 5 D, car s’ajouteront les dimensions temporelles et spatiales, il voyagera et trouvera compagnie sans bouger tout en étant sur une autre planète, hier aujourd’hui et demain, dans les bras d’hommes verts ou de semblables.

Vertige d’un horizon qui s’annonce plus fort que le tsunami d’une dame Nature qui n’obéit pas encore aux robots malgré la compilation de chroniques de données dans des serveurs de plus en plus géants et énergivores. Allez mes ET d’amis, le soleil frémit, sortons notre frimousse, avant que le frimas ne se transforme en canicule, que les voitures nous envoient en l’air, et que l’océan nous innonde de pistes d’amerrissage, et nous invite à retrouver nos fondations aqueuses, la faune et la flore dont nous sommes issus. Retour vers le futur … parole d’un poisson clown, faribole !

 

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Nuit m’aide in Japan

Qu’est-ce qui m’a séduit au Japon, je ne le sais pas totalement et ce n’est pas le motif de ma quête terrestre; savoir, oui, mais savoir pourquoi non ! Savoir tout court…sans en chercher la signification, parce que, …et c’est déjà pas mal. Savoir intrinsèquement et ne pas aller plus loin, trimballer ce savoir de l’ignorance comme un bagage qui semble vide en apparence mais qui dit tout si l’attention est au rendez-vous.

Je prends le métro et boum une affiche m’invite à y retourner, c’est une idée ! Une autre affiche me donne à boire une bière Kirin de là-bas. Le houblon japonais ravive ma soif de voyage.

Je prends un sac en papier, offert par mon copain taïwanais de Kyoto. Il atterrit sur ma tête en guise de chapeau. Bien équipée, me voilà repartie au pays du soleil levant, il fait nuit, la lune est débridée par les images et les odeurs d’un petit pays qui s’est rappelé à mon bon souvenir. C’est le moment de dormir, loin de se dire « ohayô » bonjour ! Mon teddy bear en a les cheveux tout ébouriffés…

Joker écoute

Il est plus de minuit et le Joker se raconte des jokes, des plaisanteries pour occuper les heures et se remplir les poches d’histoires à coucher ailleurs. Au détour d’une image sonore, il capte un mouvement du concerto en sol de Ravel et il est saisi par la profondeur de cette musique qui n’a pas d’égal pour ses oreilles et son cœur. C’est le soleil qui semble s’inviter à table, Ravel illumine sa vie. Il se sent différent rien que de savoir que ses compositions sont là, et qu’elles peuvent être jouées et rejouées dans sa mémoire nuit et jour.

Étrange maquillage

Parce qu’il pleut, le clown se maquille, pour mieux convier le soleil. Désarmé de son parapluie, il danse et il chante, et se prend les pieds dans le bitume. Ravi, il glisse et tombe, humant la réglisse sur le trottoir.

Drôle de clown, sa jolie bouille lui donne un air tendre et inquiet. Métaphysique du bonheur, il hume l’air et souvent vole comme une herbe folle et légère. Il erre l’âme en avant car ainsi il sent le vent pousser ses arrières.

Clownerie hors de sa boîte

Avertissement, avant usage, clownerie sort peu de sa boîte, hormis pour faire le pitre. Il n’a pas d’heures, il n’a pas d’âge, il se dit libre de ses faits et gestes, et du reste. Ce matin, il s’étire comme un chat, les poils rebelles sous les aisselles. C’est l’automne, le froid titille le bout de son nez arrondi, il se penche, afin de regarder les choses de plus près. D’un coup, le voilà qui bondit en comprimant puis en relâchant son ressort décentré, il s’extrait de sa boîte et retombe sur le sol, les pieds plats en avant. Il remue sa tête, déplie ses membres, relie ses sens aux éléments qui l’entourent et déroule ses pensées. Ses muscles et ses articulations le mettent sur la voie. Il y va, il ne sait pas où mais avec assurance, il bouge, il est heureux hors de sa boîte. Il respire en profondeur, il fait soleil, et se met à danser, à esquisser des entrechats, des pas de souris, des sauts qui le conduisent haut, tout près des oiseaux. Avec ses compagnons ailés, il forme une patrouille, il suit le dernier de l’équipage et remonte d’un rang et ainsi de suite pour que chaque membre puisse souffler avant de redonner son énergie aux autres. Dans l’air, clownerie fait des looping, il tourne sur lui-même, ses galipettes font sourire les oiseaux. Et, puis, il se détache de la formation, vole de ses propres ailes. Il secoue ses plumes et ajuste ses lunettes qui le protègent du froid de l’altitude. Il plane, avec ses poumons tellement remplis d’air et de kérosène qu’il se prend pour un avion. Il imagine sa boîte dans le nid et se sent tranquille, car bientôt il dormira en rêvant à ces moments là.

Clown audedans

Feu follette en goguette

Ola, moshimoshi, je bois du petit lait, c’est l’heure du madison à la boîte à frissons. Je pratique la danse en solitaire calée sur les pas de mes comparses, animée par la mélodie et le texte génial de « ma rencontre » de Bertrand Burgalat qui, dès les premières notes part sur un rythme endiablé. J’ai chaud, au dedans, j’irradie, ma puissance thermique est au top, attention au débit de dose. Allez, j’ose, je me trémousse dans ma robe qui épouse ma peau, je ressemble à un feu, folle, follette en goguette, loin des rives de la Marne. Fait chaud, je sens que mes cheveux poussent, et que la lumière artificielle invite les feuilles d’automne jusque sur la piste de danse. Des femmes en kimono jouent avec leurs baguettes et s’aiment en jetant des grains de riz au-dessus de nos têtes. Je partage leur extase, je danse, et je bois du petit lait de soja. Je n’en puis plus, je sors, je cours, et je m’en vais, bras dessus bras dessous avec des milliers d’images en tête, le merveilleux m’accompagne. J’entre dans un bar et commande un verre de jaja, je deviens bleue comme le verre de la bouteille qui miroite sur ma peau et je rougis à l’intérieur, remuée par le feu d’une danse japonaise qui ne finit pas de me poursuivre corps et âme.

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Clown à la fraise

Un petit clown, sur le fil, en haut d’une falaise, se dit, fort aise, waouh, j’irai bien boire un diabolo à la fraise. Il vole, il plane, il virevolte et tombe dans les bras d’une Charlotte à la vanille. Il la regarde avec ses yeux de merlan frit et se prend les pieds dans le tapis. Elle s’enfuit et le petit clown rit, de lui, quand un vieux génie, beau et bleu comme la nuit troublée par un baiser d’une lune embrasée, l’enlève et le conduit dans un univers merveilleux. Il se souvient qu’il était déjà venu mais son cœur et ses sens s’étaient emmêlés. Il avançait alors sans comprendre ni ressentir les vibrations de l’instant électrique. Aujourd’hui, clown à la fraise, les cheveux hirsutes, se dandine et boit le jus de la vie grenadine, ému par l’air qui gonfle son thorax et remue l’herbe folle sur le boulevard périphérique.

Avec mes oreilles, je change de regard

Tel le mannequin dans la pénombre, ou ces chats en papier, le museau collé à la vitrine, et mes complices sur cette photo, je regarde avec les oreilles, en tirant les plis entre mes yeux. Parce que c’est amusant, je me glisse, sous l’enveloppe froissée des choses et des êtres ou dans l’espace qui les sépare ou les rassemble. Ainsi, je touche du bout des doigts les rides du temps et j’embrasse à plein poumons l’envie et la promesse du jour naissant. C’est bientôt l’automne, la saison des semaisons, j’essaime ce qui a fleuri avant les premiers frimas. En vagabondant, mes pas épousent les éléments naturels qui poussent et repousseront, et je me laisse étourdir par le soleil et la pluie. Je ressens la pudeur de ne pas tout raconter, et de me contenter de dire, d’exprimer ce qui m’anime avant la pensée. Cette étincelle de vie, qui bouge jamais pareil, et qui colore l’instant, fait bouger mes oreilles et change mon regard au-dedans.

 

 

D’Edo au dodo

Ça allait bien, le jet lag, le corps, la tête et le reste. Et badaboum, mon corps s’est mis à avoir froid et le sommeil m’a assommée. J’avais le sentiment de naviguer en territoire ouaté. Pour conjurer cet espace temps hallucinogène, j’ai retrouvé mon matelas plusieurs fois au cours de cette journée et hop, depuis, je reverticalise. Plus de 20 degrés de température d’écart et un régime alimentaire très différent, d’autres visages et paysages, la force des retrouvailles, je crois qu’il me faut accepter cet entre deux, et me reposer pour intégrer le flot d’émotions vécues.

Édo c’est-à-dire Tokyo, ou mot à mot la ville de l’Est, et le chemin de Tokkaido ainsi que la mer de Seto remuent les tripes qui tapissent mon dedans. Pour reprendre pied, je dessine, et je laisse mon imagination parler. C’est surréaliste à la toute fin mais au début le rendu semble normal… Et, puis, je m’applique à la copie pour canaliser mon esprit évaporé. 

Rien de mieux que le work in progress pour épouser une vie sereine, chaque étape mérite attention ou attenssiion comme le chantait si bien Delphine Seyrig dans Peau d’âne ! 

Sourire bleu du pays du soleil levant 

Il pleut, c’est la nuit, un changement de saison se prépare et je me souviens.

Je me souviens d’un sourire de femme, c’est l’heure bleue et le pays du soleil levant alourdit mes pas pour mieux alléger mon regard.

L’image est surexposée, les parfums, boisé, celui de l’érable japonais, et herbacé, des lotus en fleur, se mélangent. 

Je ne sais pas si j’ai rêvé, ce sourire m’enveloppe, bleu comme l’heure et oriental par son trait discret, gêné. 

Danse les pieds dans l’eau

Le mousse ne s’émousse pas, il est punk et sa pulpe remue les océans.

Le capitaine regarde, et veille. Il connaît la vague et la lune qui divague.

En bonne compagnie, le mousse et le capitaine dansent avec des bigoudens, les pieds dans l’eau, et sous le soleil, la faune et la flore caressent leurs peaux.

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La chouette du musée de la chasse : un ersatz de Big Brother

Hier soir, en allant retrouver des amis, je me suis arrêtée nette, saisie par une présence obscure. Je me suis approchée de cette fenêtre, sise rue des Archives, nez à nez avec la chouette de Big Brother. J’ai d’abord eu peur et je lui ai dit, tiens, « t’as pas l’air bien courageuse », tu restes enfermée, là, dans ton hôtel particulier du Marais.

Depuis, elle dort, et réfléchit profondément tout en ronflant, elle s’imagine dans un appentis à la campagne, à faire un job plus en rapport avec ses plumes et ses ergots, un petit boulot de surveillance inutile de mulots qui lui permettrait de vivre libre, et pour commencer, de se sentir bien, de se laisser envahir par la brise du soir qui va jusqu’à lui soulever la peau, lorsque la nuit caresse ses plumes.

Fée et riz, le soir du 14 juillet 

Comment se réveiller après avoir connu l’extase, clouée sur mon canapé, par le spectacle féerique du feu d’artifice de Paris ? Je suis sonnée, depuis mon roof top Villetrunois, je n’ai pas le souvenir d’avoir vu autant d’inventivité dans les traits, les formes et les couleurs. Les spirales coupées en deux devant la Tour Eiffel se rapprochaient d’expériences graphiques en mode numérique. L’objet visuel semblait sorti des yeux envoûtant du serpent dans le livre de la jungle et cette folie enchanteresse me chuchotait « aie confiance »! J’étais dans l’irréel, aspirée par une nouvelle dimension ! Je me croyais ailleurs avec ma fée, les doigts prolongés par des baguettes et du riz plein les yeux et la bouche. 

Ainsi, la féerie ou la fée et riz, c’est comme du sushi sans poisson, l’antithèse du sashimi, c’est une histoire de grain, de cuisson et d’appétit. Autrement dit, j’ai l’impression de ressembler à un merlan frit, je me sens comme une gosse qui vient de recevoir un cadeau et qui ne sait pas si c’est un rêve ou la réalité vraie… 

Le terrain de jeu d’un insaisissable papillon orange 

J’avais oublié qu’il pouvait exister des papillons oranges. Depuis ce matin, à chaque fois que je mets le nez dehors, l’un d’entre eux, on ne peut plus vivant et ailé, virevolte et enchaîne des galipettes ou des loopings dans les airs. Il m’accompagne et me frôle dans la descente de la cave ou vient me taquiner le museau, comme maintenant,  alors que j’ecris cet article sur Antigonegone.com. C’est un effet papillon plus doux qu’amer, il semble s’amuser de la vie éphémère et se contenter de vivre sur terre, loin de la mer. Cette chenille volatile fend l’air à une vitesse super sonic, la patrouille de France n’a qu’à bien se tenir. D’ailleurs elle a choisi le 14 juillet pour sortir de sa chrysalide. Après avoir niché sous terre où elle s’ennuyait ferme, elle a décidé de sortir du carrelage de la maison, rassemblant ses ressources jusqu’à croquer les joints et les carreaux de ciment. 

Puis-je le considérer comme un super héros, mon joli papillon orange, car il a su se transformer et n’a pas résisté ? Assurément il est un sage, il a compris que la transformation silencieuse était irréfutable et qu’elle était une bonne compagne de voyage. 

Tiens, le voilà qui revient, il m’invite à jouer à cache cache et à papillonner avec lui, le vent, l’air, et la vie pour mieux me fondre dans le paysage. 

S’encorder

Dans le monde de l’alpinisme, la confiance aveugle dans un guide de hautes montagnes ou un 1er de cordée est bannie. Rien n’est jamais acquis ou sûr. L’important est de se préparer pendant des années, inlassablement, d’acquérir une technique, de pratiquer, puis quelques semaines avant l’ascension d’un sommet, d’installer pas à pas son camp de base, de s’y acclimater, en réglant son quotidien sur un nouveau rythme, d’autres habitudes alimentaires, et de s’adapter à une vie de cohabitation avec moins d’oxygène.

Ensuite, il sera nécessaire de s’assurer que l’on est prêt physiquement et mentalement. Autrement dit, l’alpiniste ne se ment pas à lui-même, il connaît ses propres limites, les difficultés et le danger. L’envie est un incontournable mais la conscience du danger aussi. Le danger principal c’est souvent l’excès de confiance en l’autre ou en soi. L’alpiniste doit rester éveillé, toujours attentif, et capable de décider de ne pas aller au bout car la victoire ce n’est pas que le sommet, où il reste peu, c’est aussi savoir redescendre en entier et rejoindre le camp de base.

Il est essentiel d’oser renoncer lorsque les conditions ne sont pas favorables, ou que l’on sent le mal de la montagne, pour ne pas mourir. Ce n’est pas un échec, au contraire, c’est une victoire, c’est avoir une confiance lucide en sa capacité de discernement. Savoir dire non, même sous la pression du regard des autres, apprendre à être patient et accepter de faire le chemin plusieurs fois avant d’atteindre le sommet, qui, encore une fois, n’est pas une fin en soi mais un chemin de connaissance.

En toutes situations, chaque minute qui passe, l’homme se transforme silencieusement. De là, n’est-ce pas un moyen de repousser ses propres limites et d’apprendre ? De même que renaître chaque jour et mourir chaque nuit, n’est-ce pas une chance qui nous permet de mesurer le caractère exceptionnel d’être en vie et notre Amour de la vie ?

Ce soir avant de m’endormir et de m’effacer du réel,  je m’encorde à un être imaginaire. Il n’existe pas de confiance aveugle entre nous, mais une confiance lumineuse réciproque, une capacité à veiller l’un sur l’autre, à assurer si l’autre dévisse, à être présent à l’autre et au monde. Ce qui nous relie, au-delà de cette corde, c’est la conscience profonde de notre engagement à l’autre et à soi, un respect envers la vie qui ne se lit que dans le silence de la mer ou des cimes, et dans nos cœurs fêlés remplis d’espoir.

I comme Easy 

En ouvrant le rideau d’un izakaya, une petite brasserie japonaise où l’on vient manger et boire, à toute heure et selon son humeur, je me dis, I comme Easy, car c’est facile de se laisser porter par l’inconnu lorsque la dégustation et l’éveil des sens sont conviés.

Je suis et continuerai d’être une « gaijin » au Japon, littéralement traduit par « une personne de l’extérieur ». Néanmoins, l’important, c’est de se fondre, d’apprendre le 1er niveau des kanjis et d’oser une prononciation des expressions essentielles.

I comme Easy, aujourd’hui fête de mon papa et des autres papas, je mets mes getas et je danse comme la mouche cha cha, celle qui me chuchote tout bas, « voi che sapete »… (vous qui savez). Mozart et Beaumarchais ne sont jamais loin quand il s’agit de voyage et de décalage des mondes.

Au bord de la rivière avec ma fée et Gauguin puis « Aniatziki » et poulet de Jérusalem sur un « El Grifo » de Lanzarote

Il est des urgences qui ne peuvent souffrir une plus grande attente. Cette nuit, je me suis couchée à 2h du matin. La veille, nos météorologues préférés annonçaient de la pluie pour la journée du 1er avril, un temps favorable à la sortie des poissons sur la carte hexagonale. Que nenni, il a fait gris et froid dans la matinée, un avant-goût du WE Pascal, puis l’après-midi, le soleil a poussé les nuages et leur traîne pour que perce le bleu de la lumière printanière jusqu’à réchauffer nos corps. Même si l’adage bien connu « un homme avertit en vaut deux » se vérifie souvent, hier, rien n’était prédictible et tant mieux !

Le midi, j’avais rendez-vous avec mon amie la fée pour en prendre plein les mirettes. J’avais soif de la voir et de visiter, en sa compagnie, l’exposition temporaire à Jacquemart-André de la richissime Alicia Koplowitz, l’une des plus grosses fortunes d’Espagne (cf. l’article Les Koplowitz – extrait des échos). Cette femme milliardaire a choisi d’investir, notamment, dans des oeuvres d’Art classiques ou contemporaines : des sculptures (un corps de « femme feuille » de Germaine Richier, une belle et impressionnante araignée, haute sur pattes, de Louise Bourgeois, et une femme de Giacometti…) et des peintures (trois Gréco, mais aussi un Rothko « jaune blanc bleu », une aquarelle de Schiele juste un trait, un mouvement de pinceau bleu, léger, inhabituel et surtout le merveilleux Gauguin ci-dessus « femmes au bord de la rivière » dont la lumière vive du ciel sur la gauche de la toile éclaire toutes les couleurs présentes. Cette petite toile de 32 sur 40 cm a été peinte par l’artiste lors de son 1er séjour à Tahiti en 1892. Les visages ne sont pas dessinés avec précision, mais l’atmosphère apporte un mouvement onirique duquel on ne peut se départir).

Dire que nous avons manqué de passer à côté de 3 salles sachant qu’il n’y en a que 8, et que parmi les 3 il y avait le Gauguin, et un vase et ses fleurs, de couleur vert bleuté, de Van Gogh une oeuvre datant de la dernière année de sa vie, dans le style « japonisant » à tomber.

La découverte, dans ce haut lieu du mécénat du 19ème siècle, d’une collection d’une autre mécène contemporaine, et européenne, nous a conduit à nous sustenter chez un traiteur méditerranéen « Mavrommatis » pour partager des Metzés et un retsiné. Ah, l’Europe culturelle, quelle chance que de pouvoir voir et vivre ce moment de grâce qui nourrit tous nos sens…avec l’impression d’en sortir plus intelligent et plus vif et convaincu quant à l’intérêt de notre union européenne !

Puis, avec Brigitte, nous avons marché, et sommes allées traîner nos guêtres du côté du torréfacteur « Café Verlet », rue St Honoré. Un café du Yemen, terreux, en provenance de terrasses en altitude, a rempli nos papilles de saveurs acidulées. Et toutes caféinées, nous avons déroulé nos jambes, en zig et en zag, ressentant en profondeur que le bonheur n’était pas que dans le pré.

Il était plus de 18h, l’heure poussait l’aiguille, quand nous nous sommes dit « au revoir », et à bientôt. Le soleil était haut et grisant, et comme il faisait beau, j’avais envie d’aller taquiner mes amis chez qui j’étais invitée, un peu plus tôt que les convenances nous y invitent. Ils vivent dans une maison, avec des arbres et des fleurs sur de la verdure, en banlieue sud de Paris. En ouvrant le portail, je dis de ma voix de Mezzo « désolée j’arrive un peu tôt » et Ania de me répondre « y a pas d’heure pour venir chez nous ». Tout de suite, ça fouette, ça fait du bien, et autre avantage non imaginé, ce fut l’occasion de boire un apéro avant l’apéro, en l’occurence un Longmorn de chez SV, dans la collection Cask Strength, une merveille… Et, ce fut le début d’une grande et putain de belle soirée. Parce que … Je n’écrirai pas certains échanges, comme avec ma fée le matin, quand nous avons parlé du dernier Graham Swift ou du Hubert Haddad « le peintre d’éventail » et de bien d’autres sujets.

Avec des amis de mes amis, vint le moment du dîner et le bal des parfums méditerranéens a poursuivi ses envolées. Pas d’entrée, nous avons partagé un plat à base de riz, de poulet, fort en goût grâce à une couverture d’herbes (persil, coriandre) et d’épices (cardamome…), un plat issu d’un livre de cuisine offert, à mes hôtes, la veille : « Jérusalem » co-écrit par un juif et un palestinien. Comme quoi l’alliance, la co-construction par le culturel c’est possible. Y a un truc à imaginer…

C’était un plat qui rassemble et qui donne des raisons d’être, d’être là, d’être en vie. Waouh la baffe Ania, ce n’était pas qu’un plat et de la cuisine, c’était un sacré point d’orgue qui a cristallisé le reste. Et ce plat tu l’as accompagné de ton « Aniatziki » à toi, une tuerie même si pour une fois tu ne l’as pas agrémenté de radis et autres ingrédients de ton choix ! Et puis, le vin, un vin de Lanzarote, 100% Syrah, « El Grifo », un vin que vous avez acheté à vélo, avec François, quand vous avez fait votre séjour cycliste là-bas. François, tu nous as dit que vous aviez goûté plusieurs vins, chez plusieurs vignerons, et celui-ci pesait 14,5° mais il n’était que griotte et légèreté. Vous avez dû le sentir dans les mollets surtout que les dénivelés sont sérieux de ce côté des Canaries. Vous nous avez expliqué que les ceps poussent dans les cratères, à l’horizontal, pour se protéger du vent. A cet endroit, il n’y a pas d’insectes, juste le nécessaire de vie pour donner un vin volcanique, sans tannin, une merveille pour accompagner un grand plat. C’était un moment rare de plaisirs partagés et l’occasion de vérifier notre côté enfant, amoureux des gadgets culinaires et des plats évocateurs de repas à venir.

Je suis rentrée vivifiée, et j’ai dormi 4h. Un cauchemar a eu raison de mon sommeil à 6h, je rêvais que je jouais dans une pièce de théâtre et que je ne savais plus mon texte. C’était horrible. Alors, dois-je m’inscrire à des cours de théâtre ou est-ce que je me trompe de rôle sur cette drôle de terre qui ne sait plus quelle oeuvre proposer à l’heure où certains choix nous invitent à ne pas nous tromper sur la désignation du 1er rôle de la pièce ?

Extrait du livre de Hubert Haddad : 

 » La nuque sur l’oreiller, j’étudiais la fumée de ma cigarette dans un état d’inertie proche du dédoublement. En permanence furieux, rongé par le désir autant que par le remords, je doutais de ceci et de cela, de ce qui est et de ce qui n’est pas. Deux solitudes se croisent, à l’occasion, comme autrefois, les Hommes Vagues brandissant leurs sabres sur un chemin retiré. Faire l’amour sauve au moins de l’amour ».

« Ecoute le vent qui souffle. On peut passer sa vie à l’entendre en ignorant tout des mouvements de l’air. Mon histoire fut comme le vent, à peu près aussi incompréhensible aux autres qu’à moi-même ».

Y a des hauts et y a des bas

Vu les températures de la journée en ce 30 mars, avec un record à La Hague, tout là-haut, dans le Cotentin, qui a dépassé les 20 degrés Celsius, c’est le moment d’enlever ses bas et de ne pas se défiler.

Avec deux copines, nous sommes mannequins pour Monoprix (voir photo mise en avant). Vu d’en bas, nos jambes ainsi pliées les fesses inclinées, exhibant des collants avec légèreté m’invitent à chanter  « c’est sexy le ciel de Californie ». D’ailleurs, le nouveau slogan du collant dont je tairai le nom est « même vu d’en haut y a des bas ».

Bas, je ne ferai pas de lien avec les débats politiques du moment d’autant que « vu d’en bas, y a pas vraiment de haut » !

Une baleine sur le tapis

C’était hier, c’était assez (ha ha ha) de ces moments de théâtre et de comedia del arte quand mon amie la baleine est venue me rendre visite. Elle a emprunté les escaliers et s’est hissée jusqu’au nid, au 5eme étage, avec légèreté et opiniâtreté. On s’est dit « bonjour », nos nageoires se sont reconnues et doucement émues. Entre nos ouïes, c’etait inouï, rien ne transitait, qu’un ultra son inaudible, imperceptible à l’oreille humaine. Elle me montrait ses yeux de merlan frit et je lui donnais le change. C’était aussi dingue que de regarder Flipper le dauphin se gausser sans flip ni courbe géométrique. 

Avec mon amie la baleine on s’est mises sur le tapis et on a échafaudé des châteaux en Espagne. Rien de tel que le printemps pour se redonner une virginité, je parle d’idées, avec plus ou moins de colonne vertébrale, puisqu’on est du côté des cétacés. 

Grâce à une distillation fraîche sur des alambics à double repasse, le liquide de nos pensées était aérien, plein de pollen, trouble, non filtré à froid, plus sur le xérès que sur le Bourbon et surtout il circulait librement. Nous avons goûté des petits poissons, une friture pour garder la forme, la frite, y a rien de tel pour rester vivant et voir la vie en CinémaScope, un plan séquence comme dans les 10 premières minutes de La La Land. Oui nous étions animées par la danse du dedans, et le tapis aussi s’est élevé et a déployé ses atouts jusqu’à nous en mettre plein les yeux, nous étions sur le ventre, abasourdies, en train de danser et de chanter !

La baleine est repartie par la fenêtre et désormais elle m’envoie des courriers électroniques quand je prends ma douche. Ils sont émis à chaque bulle de savon, au contact de ma peau. J’entends alors les fonds marins et le silence de la mer.

Ah ! Les vices et la vertu, une histoire éternelle que le printemps re-questionne avec plaisir…

La photo, mise en avant ci-dessus, capte un détail d’une des toiles exposées en plein air dans les jardins de l’hôtel de Soubise. Les fleurs fanées rivalisent de beauté avec les bourgeons.

Sur le quai du métro de la Porte de Champerret, les peintres de rue fêtent le renouveau de la Création et de l’Art.

 

Derrière ou devant la vitrine d’une boutique d’antiquités, à l’angle de la rue des Archives et de la rue Rambuteau, les sculptures invitent au mouvement.

 

Au Harry’s Bar, je deviens chèvre, et je bois du p’tit lait, rien qu’en lisant les étiquettes des bouteilles de whisky. Et si la lecture était un délit, je choisirai l’ivresse des mots essentiels comme ligne de conduite, loin des paroles vaines qui saoulent.

 

Perspective d’un thé fermenté et d’une glace à la menthe et au yuzu, au « Mandoobar », le meilleur ravioli coréen de Paris se goûte rue d’Edimbourg.

Quand un chat nous montre son sourire et ses ailes, sur une de celle de Beaubourg, l’artiste s’amuse du musée et donne à voir une oeuvre d’Art hors des murs sans naphtaline.

Et du côté des Archives Nationales, les bourgeons nous donnent l’illusion que l’heure est aux délices du printemps nippon.

 

Parfois, les Américains osent et sortent, avec humour et intelligence, des sentiers battus. Qu’est-ce que ça fait du bien, une pub pas du tout subliminale, pour « body shop », qui donne envie de fêter le printemps, et l’amour, avec ou sans crème ! Il suffit d’aller faire ses courses au métro Villiers, rue de Lévis. Ah, les vices et la vertu, une histoire éternelle que le printemps requestionne avec plaisir…

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Sortir du cadre

Doit-on sortir du cadre ? À quoi cela sert-il ? La vie est-elle possible et libre en dehors d’une structure solide ? Quel est l’envers ou le travers du hors cadre ?

Sur cette photo, coïncidence ironique du destin, derrière le cadre qui a perdu sa toile, je rencontre des barreaux puis une cour et son immeuble. Devant le cadre vide, dans le bitume, des pissenlits ont poussé et font fi de cette ironie.

La perspective du hors cadre ne fait pas rêver et pourtant ! N’est-ce pas cela vivre, vivre sans d’autre fin que de respirer pleinement, en étant soi, libre, sans noeud, ni compression, comme ces herbes sauvages et (te)belles !

Mon œil curieux regarde et soulève le rideau des possibilités du monde. L’Art et la liberté se sont donné rendez-vous dans la rue, le musée expose l’aventure humaine et les œuvres ne sont jamais les mêmes ! Plus belles que si ce n’était pas vrai…

En Villetrunois, rencontre avec une geisha

Un été, une geisha a choisi de s’aventurer en Villetrunois. Elle arriva à bon port malgré une trumpisation de son service de géo localisation qui aurait cherché à la dérouter.

Pendant plusieurs jours, rien ne s’est passé d’important, en apparence, jusqu’au moment où, elle a disparu, nue. Elle laissa son kimono sur les têtes de blé, et ses getas sur mon lit. Ensuite, elle s’est évaporée en un battement de nageoir, telle une sirène de la mer du Japon, en mal de son milieu aquatique.

Je n’ai rien compris, sur le moment, car j’ai dû boire un Nikka from the barrel frelaté voire tout le barrel….à moins que cette geisha existe. D’ailleurs, mon esprit et mon corps sont à ses côtés, sur les quais, en attendant le shinkansen, direction Chichibu, tout près d’Hanyu. Je l’ai reconnue c’est une geisha de la route des whiskies japonais, elle était venue en Beauce pour goûter notre orge mais la Golden Promise ne fut pas à son goût…elle avait confondu l’orge avec le blé, j’en connais d’autres !

Funambule envol

D’un bout à l’autre du globe, sur un fil, une coccinelle bulle et butine. Elle regarde le sol pour accrocher la terre et en même temps, elle tire son cou vers le ciel, pour humer l’air. Toute fière, avec son flaire en boutonnière, je l’observe de dos, s’appuyant sur sa carapace ailée, tout en pointillé. Sa manière de se mouvoir la rend légère comme une danseuse étoile. Elle a des jambes de serin et des pointes noires inconnues chez Repetto. Pour s’envoler, elle gonfle son petit torse et déploie ses ailes de demoiselle avant de disparaître au loin. Tout à coup, elle réapparaît, et me fait battre la semelle. Elle franchit l’imaginaire de mon crâne et de mes cheveux. Mon amie, la bête à bon dieu a largué les amarres de mes pensées.

Ava rit

Pour changer, je ne parlerai pas des avaries de la ligne 13, car ce sujet ne parle qu’à ceux qui l’empruntent. D’ailleurs, y en a une, en ce moment, d’avarie…Loin du concept, nous ressemblions à des otages avariés lorsque nous avons dû nous résoudre à sortir sur le quai de Montparnasse. Pour information, cette station de métro s’affuble de la qualité de « Bienvenue ». Ouf, « sauvés », sur le quai, je revis, ravie d’être libre, libérée d’un air avarié (à prendre dans son acception contraire de « varié »,  en lien avec le « a » privatif, comme avec « agueusie » dans le film  » l’aile ou la cuisse », privation du goût…) !

Je ne parlerai pas non plus des avaries de production des centres X ou Y de nos industries. Je ne parlerai pas des viandes avariées. Ces avaries sont un aveu d’échec, pas très relatif, de nos processus et de nos modes de gestion occidentaux contemporains.

En revanche, je parlerai volontiers d’Ava Gardner, la comtesse aux pieds nus, l’amoureuse du Hollandais volant ou du Juif errant, la femme de the Voice, Frankie Sinatra, de ses yeux en amande aux reflets pourpres et de son sourire, antichambre de son rire légendaire.

Oui, quand Ava rit, ça me fait oublier toutes les avaries du monde et c’est pour cela que souvent femme varie, c’est pour s’évader, changer, évoluer, grandir, vivre, exister au-delà des modes, pour n’être que rire, libre.

Ce soir, j’ai prévu quelques âneries car quand Anne rit, Ava se marre aussi.

PS : RATP, sans vous, je n’aurai pas écrit ce billet doux … merci

Cette nuit, je deviens chèvre, de la race des caprins cabotins

Sur quatre pattes, je fais la salutation à la lune, car il n’y a rien de plus beau en yoga. Et puis, quoi de plus fascinant que les planètes, les étoiles et la lune ? Peut-être qu’il existe d’autres êtres vivants là-bas, sur ces sept planètes tournant autour d’une étoile appelée  » Trappist-1  » que des scientifiques viennent de découvrir grâce à un télescope du même nom. Cette étoile, plus petite que notre soleil, se situe dans la constellation du Verseau, à environ 40 années lumière de notre planète. Cela paraît très loin, mais notre galaxie est tellement grande que c’est un peu comme si Trappist-1 était dans la rue d’à côté !

Je prends ma tisane, mon pisse mémé, et je décolle, les pieds en éventail, la houppette en guise de licorne, installée à bord d’une soucoupe volante de la ligne 13, en direction de ces planètes inconnues. En pilotage automatique, je ferme les yeux, et quand je les ouvre je ne rêve que de lune, de ta lune, de ton « au clair de la lune », et de ces rêves-là, je veux bien en manger, et ne jamais en être rassasiée…Cette nuit, je deviens chèvre, le museau plein d’herbe, légère comme une plume au vent, la banane au milieu des dents, en chantant un air de caprin cabotin.

 

Un baiser ou une histoire sans parole(s)

Ce soir, je voudrais écrire une histoire sans parole(s). Fariboles, me direz-vous. Peut-être qu’avec le temps et la sagesse, une histoire n’a plus besoin de mots. C’est comme une filiation qui repose sur des regards et des attentions. C’est comme une amitié qui dit l’essentiel rien qu’à travers le partage d’un thé vert, un dimanche après-midi d’été ou d’hiver. C’est comme un amour inavoué inavouable inassouvis qui dépasse l’histoire passée et à venir. C’est comme tes baisers qui se sont imprimés sur mon visage.

Avant d’éteindre la lumière, j’écris « un baiser » juste pour ne rien dire et arrêter de me raconter des histoires.

Je rigole des genoux, pas vous ?

Ce soir, dans le métro, une « bonne » soeur a manqué de se faire cisailler la cornette ! Heureusement Antigone était sur la brèche, « toujours prête ». Le métro avait sorti son clairon pour annoncer le moment de la fermeture des portes, et la soeur, sans peur ni reproche, a osé s’engouffrer entre les portes, alors qu’elle avait une canne et un certain manque de souplesse. Tel Hercule, j’ai joué au super héros, elle a pu franchir le rubicon, elle m’a souri et je lui ai dit haut et fort « oh ma soeur, quelle audace ! » et on s’est marrées…

Et si Ulysse n’était pas rentré à Ithaque

Selon certaines sources, Ulysse n’avait pas très envie de retrouver Pénélope, d’autant qu’on raconte des trucs sur Pénélope, mais faut-il les croire ? Elle n’aurait pas été fidèle à Ulysse, elle n’était pas la fille de son père, et elle n’a pas reconnu Ulysse après 20 ans de séparation. Seuls son chien Argos a su que ce mendiant en haillons était Ulysse, et sa nourrice aussi. Peut-être que la vérité se cache dans la mythologie mais encore faut-il avoir envie d’interroger le réel et d’affronter ses propres illusions ?

Pour mesurer l’honnêteté du futur président de la République Française, il conviendrait de faire appel à la brigade cynophile. Si le chien mord c’est que le candidat n’est pas celui qu’il prétend être. Face aux imposteurs, le Canard Enchaîné rivalise avec l’ire de Poseïdon. Et si les duellistes de la guerre de Troie pour incarner Achille et Hector n’ont pas encore été désignés, on sait déjà que l’amitié ne sera pas de mise, pas de Patrocle en vue, juste des pâles acteurs, au milieu d’une soft idéologie, sans saveur.

Alors à quand la Politique au service d’une société qui remette la grandeur de l’homme en son centre ?

Extrait d’Antigone de Sophocle : « Il est bien des merveilles en ce monde, il n’en est pas de plus grande que l’homme. »Et Jacqueline de Romilly de rajouter « Qu’y a-t-il donc en l’homme qui s’oppose à ce rayonnement si exceptionnel de l’intelligence et de la raison ? Il y a une part qui cherche le bien, qui néglige les intérêts individuels et privilégie le bien commun ; mais il y en a une autre, un fond de passions ou de paresse, qui est naturel aussi à l’homme. La grandeur de l’homme c’est de s’élever au-dessus de sa nature. C’est à chacun de nous et en particulier aux responsables politiques, de la créer, de l’affirmer et de l’assumer. Et ceux qui y réussissent ont droit à notre respect et à notre reconnaissance. »

(citations provenant de « la grandeur de l’homme » de J de Romilly âgée alors de 95 ans, un texte dont les sources sont la mythologie, le théâtre de Sophocle tragédien du siècle de Périclès et Thucydide le 1er historien de l’Occident, né aussi au Vème siècle avant JC)

 

 

Mes mouettes ont des couettes

À Paris, les mouettes nous réveillent tôt le matin, spécialement le dimanche. Elles rentrent dans mon nid et me secouent les puces. Elles disent : « sors de ta couette ou alors fais-nous des couettes ? »

Ces mouettes viennent de Papeete (vol régulier 24h) avec un message de la petite crevette mi-tahitienne mi-bretonne. Dans sa lettre, elle écrit « devenez frères, devenez vous-mêmes, devenez … ».

Désormais les mouettes veulent rester dans mon nid et me caresser de leurs plumes la nuit et j’avoue que ces mouettes sont devenues chouettes. Elles partagent mes repas, elles mangent des clémentines et elles adorent le orange. Elles ont deux cœurs en bandoulière, le leur et le mien. 

Pour occuper nos soirées je leur fais des couettes et elles me racontent leurs voyages, leurs séjours et leurs vols dans le ciel. Souvent elles font des loopings sous la couette et nous rigolons à tue tête. 

Elles ont rencontré mes amis : retors, medor pas, octopus, My Captain Emily et la fée crabossée.

Mes mouettes sont si chouettes que mes chouettes veulent devenir mouettes et que je me suis fait des couettes. Nous sommes tous des animaux plumitifs non ?

Tutu va se baigner

L’expression « Tutti va bene » s’est déformée avec le temps dans mon village périphérique de Paris ouest. Mon jeune voisin « Céleste » me demande lorsqu’il me croise, sur ses patins, « Tutu va se baigner » ? La première fois, j’étais quoi, interloquée, bouche bée. Désormais, je lui réponds « Tata n’aime pas l’eau ». Et notre mode de question réponse fonctionne sans coup férir.

Je suis une terrestre et Céleste le sait alors il n’y a que l’eau pour nous réconcilier.

Allez, tous culs nus dans la Seine, ce matin, pour nous réveiller :)))

PS : la Tour Eiffel roupille, tous feux éteints, l’éclairage public assure en ces temps de froids polaires.

À l’intérieur du corps organes et tuyauterie dialoguent avec les questions et les sensations

Chers amis, citoyens du monde, animaux à plumes de tous poils, je me questionnais vers 11h ce matin  en attendant le début du 2ème concert « panorama » de Bertrand Chamayou au TCE (disponible sur France Musique). Peut-on voir la Musique ? Messaien voyait une myriade de couleurs derrière les notes tels des vitraux faisant surgir la lumière d’on ne se sait où.

Et quand je lis le roman de Joël Dicker « la vérité sur l’affaire Harry Quebert » qu’est-ce je vois ? Une construction savante, une mise en abyme du métier d’écrivain, un dosage habile entre la forme polar, l’enquête qui est extérieure à celui qui la conduit, et la recherche de soi, la propre investigation intérieure de l’auteur/du lecteur, qui questionne sa vérité, et qui apprend à se connaître à travers sa vision du monde, des autres, de leurs choix de vie et en particulier ceux de son meilleur ami Harry, son mentor. Car on ne naît pas écrivain, on le devient, tout comme on ne naît pas soi, on le devient. On investigue toute sa vie pour chercher à savoir qui on est et c’est une drôle d’enquête…qui ôte des plumes et qui renforce le regard, l’acuité visuelle.

Ce qui nous fait être soi,  en harmonie, ou en décalage, avec nous-mêmes et ou le monde c’est ce mouvement perpétuel, jamais le même, entre les éléments organiques, vitaux de son corps qui y ont élu domicile et les éléments sensuels émotionnels qui le transpercent, le régénèrent, le transforment, le bousculent, en passant par notre être intellectuel, qui se développe avec les âges et qui pense plus ou moins de manière organique ou émotionnel suivant les appétits, les circonstances et là où on en est sur le chemin.

Mon ami l’oiseau, sur la photo en tête de l’article, a accepté de poser de profil et que je le croque avec un crayon imaginaire (en réalité c’est un auteur de BD de Drawn and Quarterly qui l’a dessiné). Sans ses plumes, il semble autrement visible. Toutefois, si on mesure bien l’organique au 1er regard, l’émotionnel et l’irrationnel, on ne les reconstitue que par association d’idées, grâce à des zones du cerveau qui dépassent le visible et la logique de l’apparence. À partir de ce dessin qui ressemble à un écorché, mon œil tire des couches, des strates. Et en écrivant, je carotte des profondeurs un substrat, qui n’appartient qu’à moi, une vision différente qui recompose l’animal en un « véritable » volatile sous toutes ses dimensions.

C’est une chance que d’avoir des yeux, ces yeux-là, ceux qui voient au-delà du fonctionnel ceux qui déstructurent pour mieux comprendre et recomposer l’image à sa manière. S’approprier l’éphémère, l’invisible…l’essence du sens de la vie qui n’en a, qu’au moment où on voudrait la saisir, et puis, pschitt.

Je pense souvent, avec joie, à Homère et Jacqueline de Romilly, qui ont continué à voir loin, toute leur vie, même aveugles, et à faire parler les mythes depuis le 8eme s avant JC jusqu’au 21eme Siècle pour mieux éclairer l’Histoire de l’Humanité.

Ouvrez vos yeux, le petit oiseau va s’envoler, sans plume (mais plein de poils) et continuer de vous raconter ce qui fait sens ou pas sur son chemin, loin des gros oiseaux qui filent dans les airs ou sur terre.

Antigone is definitly gone et son œil vous dit « hello, de l’intérieur ».

Vœu en sortant du pieu (à notre futur président)

Cher futur président,

Nous nous accordons tous à penser et à dire que le sujet ou l’argument des 35h tourne en rond. Dans le monde politique, quel que soit le courant d’appartenance, les idées ont du mal à se concrétiser. C’est comme une mayonnaise dans une centrifugeuse qui n’arriverait pas à prendre. Vous ne savez pas s’il faut amender les 35h, les maintenir ou les supprimer. Une seule solution, s’aligner sur des vrais faux horaires qui satisferont tout le monde. 

Ce principe de vrai faux horaire est méconnu, mais « il mérite attenssi…ion » comme le chante si bien Delphine Seyrig dans Peau d’Ane. Cet horaire donc est celui du bureau de poste de la forêt de Sequoia dans l’ouest américain. L’audace de ce postier imposteur fait tomber de sa chaise ou de son lit, à défaut d’arbre.

Apparemment les ours, les bûcherons et les touristes, tous ont compris et se sont satisfait de ces horaires de travail. Depuis lors l’ours fait du tourisme et les touristes ont sympathisé avec les ours. Et les bûcherons pareil.

Sortons de la soft idéologie, cher futur président, osons, changeons le paradigme qui régit notre société. « Oui » au principe de redistribution des richesses, alors le temps aussi doit être redistribué car le temps c’est de l’argent !

En tant que citoyenne, je prône plus de réflexions pour de meilleures actions, plus d’heures au lit, pour une meilleure vie verticale, au pays du Séquoia certes, mais aussi en France, le pays des lumières.  

Si on dort plus, on consommera moins d’électricité, ca ne va pas être bon pour le business model d’EDF, ben oui mais là aussi, soyons innovants !

Avec ou sans électrons, et plus ou moins de lumière, les idées doivent dépasser les vœux pieux, ou ceux d’Alexandre Le Bien Heureux…

Cher président, soyez « audassieux » !