Cabinet de curiosités

« Au Cyrano », fameux café classé de la rue Biot, tout à côté de la Place de Clichy, le graffiti a droit de cité. La salle « art déco » mérite le détour mais ses toilettes aussi, car son cabinet de curiosités a su redonner ses lettres de noblesse à notre alphabet et au sens des mots. A méditer ce soir : « Tirer doucement la chasse d’eau ».

Mais Cyrano c’est aussi la scène du balcon :

« c’est vous ?

Nous parlons de de d’un baiser

Baiser. Le mot est doux !

Je ne vois pas pourquoi votre lèvre ne l’ose… »

Point de lendemain sans deux mains reliées par un point, mais quel point et jusqu’à quel point ?

Qui suis-je ? Un cerveau des jambes et des mains reliées par un drapé de systèmes organiques et nerveux. Sans les mains pas d’écriture, ni de prise sur la vie. Pas de dessin ni de dessein. Pas de piano ni de panier. Pas de tendresse ni de caresse. Pas de bagues ni d’annulaire. Pas de protection de l’enfant ni de salut du cœur.
Haut les mains, dans les poches, sur la table, devant les yeux, sur la bouche, sans point de fuite, juste là, sans qu’on y pense, porté par le désir de chanter :

« J’ai ta main dans ma main, je joue avec tes doigts » de Charles Trénet.

La banane et le pied en avant 

Paris se met à nu, tout en m’invitant à garder secrets, ses plus beaux passages et jardins, quand j’adopte un regard « piéton ». Avec le pied dans l’œil et la banane dans ma poche, j’avance aux aguets, consciente de pouvoir accéder à l’indicible, l’intériorité d’une Ville et quelle Ville ! Depuis trente ans, elle m’accueille et me travaille au corps. Tantôt fascinante, tantôt exaspérante. Ses réseaux qui m’irriguent me bercent et me tranquillisent. Hier, en longeant la Seine, traversant le Pont Neuf, je ressentais ses mouvements me faire du bien, me caresser dans le sens du poil. Je ronronnais comme Medor Pas et j’avais la banane pas que dans la poche. Et puis, je suis passée devant une Porte impressionnante, en bois de chêne brut, percée par des structures en fer forgé. Elle ne s’ouvrait pas, je l’ai contournée, et derrière ce sésame, immuable, s’offrait à mon regard, la cour carrée du Louvre. La nuit frisait, encrée par des nuances de bleu et exerçait une attraction des astres sur mes pupilles. J’irradiais au-dedans. J’avais passé mon après-midi à rêver à des lectures prochaines en compulsant des livres d’art chez Joseph Gibert avec mon ami Bruno. Nous étions comme des gamins au cirque. On se disait « eh regarde ce Citadelle Mazenod « écrire la Mythologie » ou celui-là « écrire le Voyage ». Et je ne vous dis que ça … Et plus tôt en avant mon dejeuner avec les Sophies m’avait donné une énergie verte et positive, celle des retrouvailles, qui dépasse cette ironie du temps qui passe.

La cour carrée bleutée m’entortillait les neurones et les synapses et ouvrait les valves de mon cœur. Je voyais des étoiles scintiller sur la pyramide de Pei et je ne savais plus si j’étais d’ici ou chinoise, retournée à l’époque de Philippe Auguste ou bien ancrée en 2017. Et ensuite, je me suis retrouvée place du Palais Royal et j’ai avalé les perles de Scheherazade. La coiffe de la bouche de métro, à cet endroit, semblait constellée de couleurs pourpres jaunes orangées et bleutées et les formes arabes et galbées de ses ornements me transportaient, ailleurs, au pays du conte des 1001 nuits, d’une vie sans cesse renouvelée. L’éternel m’accaparait. De ci de là, tel un crabe bipède, je suis entrée dans la librairie d’Ali Baba « Stock Delamain » qui appartient à Gallimard. Les boiseries et l’odeur du papier m’ont propulsée dans d’autres univers, et je n’ai pu résister à la lecture à venir de livres illustrés, des promesses d’aventures qui me font frissonner rien que de vous l’évoquer.

Peut-être, parce que j’avais perdu pied, j’ai mis ma banane dans l’œil et j’ai opté pour l’effet longue vue sauf que je ne voyais que des moments de joie à venir. Malgré mon aveuglement, l’opéra Garnier a bien voulu m’accueillir pour couronner la journée. J’étais chargée comme un baudet loin de l’allure élégante de l’amateur d’opéra parisien. Cela ne me semblait pas gênant car j’étais venue écouter voir Cosi Fan Tutte consciente que Mozart se moquait des apparences. Voix sublimes doublées de pas aériens, j’étais aux anges, muette et sans tutu. Avec Anne, nous avons remué nos oreilles de contentement. Philippe Jordan était fringuant et l’élan d’Amour véhiculé par la musique nous a tiré la tête vers la coupole, émerveillées par Chagall et ses couleurs, féeriques et graves à la fois.

Me réincarner en singe sur ton épaule

Quand une herbe folle rencontre une brindille, forcément ça photosynthèse. Depuis le printemps dernier, soudain seule et agile comme les blés qui épousent le vent, et dodelinent de leurs têtes ébouriffées, je rêve éveillée dans un bus qui carbure au diesel pas tout à fait vert. Je me sens verte pourtant et printanière malgré mes 48 étés. Je m’émerveille de la beauté de la Nature et de certaines rencontres humaines quelles que soient les saisons et les raisons.

L’heure éternelle et sans retour me perfore les doigts de pied et soulève ma cap. Le simple fait d’être là, vivante me de-scelle le cerveau. Je sens en permanence mes « fêlures laisser passer la lumière », attentive aux courants d’air de mon âme et perméable aux flots de la folie terrestre. J’habite au milieu de nuages flottants, mon univers n’a pas de frontières ni de limites en dehors du respect, ma seule croyance est celle du doute. Mais ces éléments intérieurs ne sont visibles que par mes amis de la mer et des sphères extra-terrestres. Mon credo, le vie est une fête, comme Picasso l’a si bien dessiné dans cette danse des faunes (dans la photo en tête d’article). Une façon de dire rien de tout cela n’est sérieux.

Pour mieux ressentir la présence du sol et du ciel, rien de tel que de pratiquer l’entre-chats et les pointes, ce ne sont pas des pas de marcheurs mais l’occasion d’avancer en dansant pour changer de rythme et prendre de l’élan !

Un jour bientôt, Chère brindille, je me réincarnerai en singe sur ton épaule et je croquerai des feuilles de bambou en t’effleurant la peau. Et nous danserons en apesanteur, les poils en éventail.

Le coq chante le nouvel an lunaire

En ce jour de nouvel an vietnamien (et chinois), j’appuie sur la touche « be kind rewind » (sois sympa, rembobine), et je ne me débine pas. Avec mes petits bras musclés, je remonte le fil de ma pensée et transite par le mot « philein » (aimer). C’était début février 2016, un dimanche soir, j’allais retrouver pour la 1ère et dernière fois « ma belle famille » dans le quartier de la Porte d’Ivry, avec un prétexte, fêter l’année du singe entourée de dragons, la gueule enflammée, et la queue entortillée. Mes yeux virevoltaient au milieu des pagodes, je nageais en plein Mekong, le cœur doppé, sous oxygène. Dépaysée par le sentiment d’être on ne peut plus présente, je dansais sur des musiques américaines interprétées par des vietnamiens. L’orchestration sirupeuse à souhait donnait l’impression qu’il ne manquait plus que les Yakuzas. Mais bientôt, je serais terrassée et reviendrais sur terre…

Aujourd’hui, je me sens à la fois « coq » et « singe humain », incarnant un être hybride, tantôt bête tantôt intelligent. Comme tout volatile j’avoue m’accomoder des situations de merde mais aussi j’aime singer, l’homme, le bipède, prendre des distances, la tête dans les lucioles de la forêt de bambou parisienne.

Allez hop, finie la nostalgie, j’ouvre le bal, je saute et je danse sur les voitures, tout en chantant mon émerveillement de la possibilité de transformer les rêves en réalité et de croire à un « la la land » possible. C’est plus qu’un joli film américain qui revisite la comédie musicale et ses thèmes favoris : l’Amour, rêver sa vie ou vivre ses rêves… Il invite à oser être soi, à affirmer sa différence même si les obstacles peuvent être multiples.

Cocorico ! Soyez-vous et dansez dans le métro :)))

Rêves et riz solitaire

Le mauvais riz de mon adolescence, chez les « bonnes » sœurs, pendant la période du carême, ne provenait pas du plateau du Yunnan, et encore moins du monde des rêves, mais s’apparentait, sans que je ne le sache à l’époque, à une étape initiatique, préalable à ma future appétence pour les aventures gustatives, sublimées par le partage. 

Ce riz-là, celui de Ste Marie de Blois, collait au bol, et c’était difficile d’en venir à bout. L’odeur nauséabonde du riz trop cuit et des cuisines, la mise en bouche repoussée par nos fourchettes en aluminium, déformées (par l’empreinte du diable) et conductrices d’une électricité répulsive indélicate pour le palais, ainsi que l’exercice mécanique de mâcher qui nous retournait l’estomac, tout concourrait à nous dégoûter, et à nous faire rêver à un riz imaginaire, un basmati qui aurait rencontré des épices du Kerala sous les doigts de l’alchimiste Olivier Roellinger. 

Ce riz de Loire, qui aurait poussé rue du Bourg Neuf, je n’en ai jamais mangé de plus mauvais. J’allais oublier un autre met classiquement desservi par la restauration collective, les pâtes ! Ah ! rien à voir avec celles de la Fabbrica (cf le restaurant italien tout près de l’Etoile Paris 8) que ces nouilles élastiques qui semblaient sortir d’un robinet géant et baignaient continûment dans la flotte ou plutôt dans « le RU » de l’université Paris IX. 

Rétrospectivement, j’en souris et je me dis que c’est une chance car ces souvenirs de déplaisir gustatif ont nourri « ma rêverie de gourmet solitaire ».Tout comme Taniguchi, auteur de manga génial, qui l’a si bien décrit, errer avec un grain de riz en ligne de mire ou dans la tête, c’est tout d’abord nourrir son propre imaginaire avant de passer à l’acte, entouré de celles et ceux qui vous font être vous et heureux.

 À Paname, ou ailleurs, j’aime découvrir des échoppes, des endroits habités par des êtres qui respirent l’humanité et qui partagent leur passion pour la cuisine la pâtisserie ou le chocolat. Et avoir faim, c’est signe de bonne santé, physique et morale.

Le bon le beau et le mémorable se sont donné rdv dans de nombreuses adresses sur Paris, en voici un florilège cher(e)s âmes sœurs et frères de Blois et de ses environs étendus …qui n’en avez pas fini avec la curiosité et les plaisirs de la table.

Le Baratin, Le comptoir du relais, Les avant-comptoirs, Les climats, l’Agape et chez maman, ainsi que chez ma 2ème maman !

La pâtisserie viennoise, Jacques Genin, Pain de Sucre, Conticini la pâtisserie des rêves, Patrick Roger, et chez Pascal (et Tristan :)))

Rocco, La Fabbrica, Danico, Le Harry’s Bar …et chez feu coquette en Villetrunois !

et d’autres endroits à venir en solitaire ou avec des riz golaud d’amis !

PS : chapeau bas pour ma belle-sœur professeur au Lycée hôtelier de Blois qui assure plus que des cachous. Je me souviens de ses choux croquant et crémeux, de ses glands, de ses Paris-Brest, des mini religieuses et éclairs qu’elle avait préparés pour une boum quand j’étais en première. Pierre Hermé ne serait pas hermétique.

Croquer la vie

Entre inondation d’informations pas vraiment dignes d’intérêt et inondations dont on ne parle pas alors que la vie est en danger, je choisis la voie B, celle de la sécheresse en mots et en parole pour mieux servir la richesse de la pensée et des idées. Que faire ? Qu’est-ce que je peux faire ? Je ne sais pas quoi faire ? Naviguer jour et nuit, qu’il pleuve ou que la canicule nous brûle les cuticules, et combattre la pollution humaine, en croquant la vie, vaille que vaille. Et vogue le navire…prêt à prendre la vague car l’équipage a levé l’ancre, sans baisser les yeux, bien au contraire.

Hello « soyons Cosi et remuons notre Q » …

Il fait beau, c’est l’instant idoine, pour voir ce qui se passe dehors, ailleurs, et prendre le temps par dessus la jambe, mû(e) par la seule envie de ne rien faire que d’errer, musarder, aérer tout ce qui le peut. Enthousiasme, et audace mes ami(e)s, car pour sortir de soi et de son chez soi, il faut oser déposer son cul de la commode, ce qui n’est pas toujours aisé… Seul bon réflexe, vital, s’emmitoufler en ce jour d’hiver, de ce côté du globe. Ainsi, un bonnet de lutin, des moufles de perlimpinpin et une écharpe de laine sans oublier une culotte fourrée pour son popotin apparaît comme un moment de lucidité et de bienveillance à son endroit.

C’est parti, j’ouvre la bouche avec satisfaction et l’air que je respire c’est un de ceux de « Cosi Fan Tutte » que je trimballe dans ma tête jusqu’à mes godillots. En rythme, je me balance sur le bitume, comme si j’étais sur une gondole et que je jouais de la godille. Suit alors un ballet qui prend corps et s’ouvre à mes yeux et mes oreilles, un élan qui ne fait pas semblant, un mouvement qui succède à un autre et qui me donne une joie intérieure. Je me retrouve dans la ronde, dans l’espace, dans le swing chantant et je me raconte l’histoire de cet opéra bouffe merveilleux. Tout y est futile, léger, et je vole en virevoltant. La danse est un dialogue musical qui vient du dedans tout en me rapprochant du monde ou des mondes.

Je me laisse flotter sous le ciel bleu aux côtés de Fiordiligi, Dorabella et don Alfonso. Les étoffes de leurs voix me rendent muette, je joue du clavecin et les regarde avec fascination pendant leurs récitatifs. Je m’imprègne de l’oeuvre ou l’oeuvre m’imprègne, je fais des entrechats, je n’ai pas froid, je vocalise, le murmure ne se voit pas, et je chante tout bas

Soave sia il vento
Tranquilla sia l’onda
Ed ogni elemento
Benigno risponda
Ai nostri desir.

Suave soit le vent,
Tranquille soit l’onde,
Puissent tous les éléments
Favorablement répondre
A nos désirs.

Mes mouettes ont des couettes

À Paris, les mouettes nous réveillent tôt le matin, spécialement le dimanche. Elles rentrent dans mon nid et me secouent les puces. Elles disent : « sors de ta couette ou alors fais-nous des couettes ? »

Ces mouettes viennent de Papeete (vol régulier 24h) avec un message de la petite crevette mi-tahitienne mi-bretonne. Dans sa lettre, elle écrit « devenez frères, devenez vous-mêmes, devenez … ».

Désormais les mouettes veulent rester dans mon nid et me caresser de leurs plumes la nuit et j’avoue que ces mouettes sont devenues chouettes. Elles partagent mes repas, elles mangent des clémentines et elles adorent le orange. Elles ont deux cœurs en bandoulière, le leur et le mien. 

Pour occuper nos soirées je leur fais des couettes et elles me racontent leurs voyages, leurs séjours et leurs vols dans le ciel. Souvent elles font des loopings sous la couette et nous rigolons à tue tête. 

Elles ont rencontré mes amis : retors, medor pas, octopus, My Captain Emily et la fée crabossée.

Mes mouettes sont si chouettes que mes chouettes veulent devenir mouettes et que je me suis fait des couettes. Nous sommes tous des animaux plumitifs non ?

Comment je suis devenue mannequin ?

Pour épater mes ami(e)s, j’ai raconté que j’avais épousé un mannequin. Ils se sont extasiés, waouh, un mannequin, il doit être beau…Oui, ai-je répondu et pas seulement ! Très étonnés par cette annonce, je les ai sentis curieux de pouvoir le rencontrer. Je leur ai dit, rdv place de Furstenberg et vous saurez de quoi il a l’air et plus encore. 

En réalité, il a pris ses quartiers dans la vitrine d’un antiquaire, et il m’attend. Tout en bois flotté, lisse au toucher, il ne me laisse pas de marbre. Il ne demande qu’à me prendre par la main, depuis que je lui ai demandé la sienne. 

Par mimétisme, j’ai le sentiment d’être devenue une antiquité dans un cabinet de curiosités, et de regarder les choses avec l’œil de celui qui se laisse regarder pour mieux regarder l’autre en train de se regarder. 

Des miroirs à l’infini, c’est ce que renvoie mon nouvel état d’Antigone. L’écriture expose certes, elle gratte aussi sous la surface et propose un choix illimité de possibilités d’histoires qui protègent. 

Tel un mannequin, je me mets en vitrine pour mieux observer le monde, le montrer autrement, animer les objets et leur donner une âme, réveiller la belle endormie et transfigurer le regard. 

École buissonnière (folle journée)

Demain y a école mais je taillerai bien la route. Pour aller où ? Peu importe, l’idée est de s’aventurer dans l’instant, de tendre le cou, de fendre le vent, et de se sentir vivant.

Je veux bien voyager nulle part l’important étant l’impression qu’on voyage même sans bouger.

Je veux bien aimer, même si je suis seule, dans mon nid, l’essentiel c’est l’amour en valeur absolu, aimer la vie, aimer les êtres vivants, aimer ce qui vous anime, aimer le voyage, sans ancre ni cap, aimer tout court, s’aimer aussi.

Tutu va se baigner

L’expression « Tutti va bene » s’est déformée avec le temps dans mon village périphérique de Paris ouest. Mon jeune voisin « Céleste » me demande lorsqu’il me croise, sur ses patins, « Tutu va se baigner » ? La première fois, j’étais quoi, interloquée, bouche bée. Désormais, je lui réponds « Tata n’aime pas l’eau ». Et notre mode de question réponse fonctionne sans coup férir.

Je suis une terrestre et Céleste le sait alors il n’y a que l’eau pour nous réconcilier.

Allez, tous culs nus dans la Seine, ce matin, pour nous réveiller :)))

PS : la Tour Eiffel roupille, tous feux éteints, l’éclairage public assure en ces temps de froids polaires.

Une année, il a neigé à Phnom Penh

« Diamond Island » de David Chou est un film rare, fort, à voir, les yeux et les oreilles ouverts. L’essentiel des scènes s’ancre à « Koh Pich », une ville nouvelle sortant de terre, un « projet immobilier de luxe » en construction. La géographie du lieu, une presqu’île aux portes de Phnom Penh, repose sur une zone de toute beauté, autrefois sauvage, composée de sable et d’herbes. Derrière les néons, et la promesse d’un paradis artificiel, se dessine l’enfer des conditions de travail et d’hébergement du chantier. Payés 150$ par mois, des jeunes, exilés des campagnes, se raccrochent à l’amitié de leurs compagnons d’infortune et à la quête de relations amoureuses. Ils ne connaissent pas Phnom Penh, car ils ne sortent pas de leur presqu’île. Corps et âme, ils semblent prisonniers du béton, des structures en acier, de la poussière, du bruit, de leur destin. Le metteur en scène prend le temps de filmer les soirées, les échappatoires, la complicité, la séduction , les codes amoureux et le début des rivalités qui en découle.

L’errance nocturne d’une jeunesse désenchantée est le fil conducteur de ce très beau film, dur mais poétique. La liberté que procure l’argent, de ceux qui s’en sortent, ouvre une autre voie, apparemment plus attractive que celle de l’esclavage. Toutefois, elle ne semble pas rendre plus heureux, au contraire. Dans cette bande de jeunes-là, on rit moins, on s’amuse avec de l’alcool plus fort, et on ne rêve plus. Ensemble, chacun est seul.

Sur sa moto, Bora, le « héros » qui a réussi à sortir de sa situation d’esclavage moderne, tente de retourner en arrière, en allant sur le chantier pour revoir ses anciens compagnons et son amour « Aza », qu’il observe à distance. Très vite, il comprend qu’elle s’est rapprochée d’un ancien camarade dont elle n’était pas amoureuse. Il repart sur sa moto, seul mais libre ou libre mais seul.

Avant de refermer le rideau, je vous invite à imaginer une scène poétique du film. Une nuit, Bora et Aza vont nulle part sur une moto d’emprunt, et Aza raconte à Bora qui conduit, qu’une année, il a neigé sur Phnom Penh. Et, soudain, une pluie de lucioles tapisse le ciel étoilé jusqu’au sol. La moto roule, les amants sont heureux et ce moment de cinéma nous a rapproché de l’insaisissable, et du merveilleux. Les lucioles brillaient dans la salle obscure.

 

Avide et Siphonnée du Débordement

Je tenais à vous présenter Siphonnée du Débordement, une amie bien née, à la personnalité extravagante. Elle ressemblait au croquis de ce récit, un auto-portrait en tous points révélateurs de son humour en mouvement (cf. l’image d’en-tête). Ainsi, à certaines occasions, elle posait un X collé sur ses lèvres car elle savait ô combien la parole était précieuse.

Siphonnée était remplie d’un amour fou pour son époux Avide, un être charmant et ténébreux. Son portrait ci-dessous l’illustre en tous points. Dans leur vie intime, le trop plein dysfonctionnait à merveille. Ils usaient de mots d’esprit pour se donner le change, et leur débat d’idées valait, à leurs yeux, tous les ébats. Ils jouissaient de la dialectique, sous une forme de délire très mince, une ivresse assumée de l’art de la conversation amoureuse, raffinée, sans cesse renouvelée.

Une nuit, après une dernière danse, soulevés par leurs pensées délicieusement contenues, ils se baignèrent, et Avide but des yeux, Siphonnée, prêt à tout pour ne pas laisser paraître ses sentiments. L’aspiration fut totale, un tsunami provoqué par le mystère de l’intranquillité d’Avide. Désormais, seul dans sa propriété du Débordement, Avide est heureux, il se moque de la raison pure car Siphonnée habite son cerveau, sa résidence principale, pour toujours.

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Mon âne atomic

Mon âne n’a pas froid aux yeux, ni nulle part ailleurs car il est poilu, ce qui lui procure un avantage en ces temps glaciaires. Il a fier allure, dans la rue ou dans le nid. Pour tracer son chemin, il met son nez dans le creux du vent, il  remue son popotin tout en faisant tourner sa queue et ses oreilles. A l’approche des jours prochains, qui avoisineront les -10 degrés celsius dans le massif central, -7 en Lorraine et – 6 en Ile-de-France, il va baisser sa consommation d’électricité pour ne pas trop tirer sur le réseau de distribution géré par Enedis (ex ERD-F filiale d’EDF), et surtout il a la ferme intention d’arrêter de poster des âneries sur le blog d’Antigonegone. En même temps, il me dit qu’il y en a d’autres qui pourraient aussi s’abstenir d’encombrer les réseaux sociaux…de l’autre côté de l’Atlantique.

Mon âne, il joue avec les atomes, comme avec des billes. Il aime créer des réactions en chaîne quand une bille en touche une autre et ainsi de suite. La fée électricité l’observe et sourit. Elle l’a surnommé « l’âne atomic », rien à voir avec « atomique Anne ». Mon âne atomic rêve mais Areva ne fait plus rêver. Mon âne atomic aime le double X (groupe de pop music qui vient de sortir un excellent album) mais n’a pas fait l’X.

La face obscure de mon âne atomic c’est lorsqu’il se déshabille et qu’il me montre son anatomie. C’est un instant étonnant, de dépouillement, un conte en vrai, car sous sa peau d’âne se cache une princesse qui n’en pas l’allure et qui n’est pas poilue (quoique). Cette femme aime raconter des histoires qu’elle imagine en ouvrant grand les oreilles et en dépliant ses yeux en amande, une manière à elle de mieux comprendre d’où viennent le vent et les atomes.

Vague de froid, adoptons les bons gestes

À l’intérieur du corps organes et tuyauterie dialoguent avec les questions et les sensations

Chers amis, citoyens du monde, animaux à plumes de tous poils, je me questionnais vers 11h ce matin  en attendant le début du 2ème concert « panorama » de Bertrand Chamayou au TCE (disponible sur France Musique). Peut-on voir la Musique ? Messaien voyait une myriade de couleurs derrière les notes tels des vitraux faisant surgir la lumière d’on ne se sait où.

Et quand je lis le roman de Joël Dicker « la vérité sur l’affaire Harry Quebert » qu’est-ce je vois ? Une construction savante, une mise en abyme du métier d’écrivain, un dosage habile entre la forme polar, l’enquête qui est extérieure à celui qui la conduit, et la recherche de soi, la propre investigation intérieure de l’auteur/du lecteur, qui questionne sa vérité, et qui apprend à se connaître à travers sa vision du monde, des autres, de leurs choix de vie et en particulier ceux de son meilleur ami Harry, son mentor. Car on ne naît pas écrivain, on le devient, tout comme on ne naît pas soi, on le devient. On investigue toute sa vie pour chercher à savoir qui on est et c’est une drôle d’enquête…qui ôte des plumes et qui renforce le regard, l’acuité visuelle.

Ce qui nous fait être soi,  en harmonie, ou en décalage, avec nous-mêmes et ou le monde c’est ce mouvement perpétuel, jamais le même, entre les éléments organiques, vitaux de son corps qui y ont élu domicile et les éléments sensuels émotionnels qui le transpercent, le régénèrent, le transforment, le bousculent, en passant par notre être intellectuel, qui se développe avec les âges et qui pense plus ou moins de manière organique ou émotionnel suivant les appétits, les circonstances et là où on en est sur le chemin.

Mon ami l’oiseau, sur la photo en tête de l’article, a accepté de poser de profil et que je le croque avec un crayon imaginaire (en réalité c’est un auteur de BD de Drawn and Quarterly qui l’a dessiné). Sans ses plumes, il semble autrement visible. Toutefois, si on mesure bien l’organique au 1er regard, l’émotionnel et l’irrationnel, on ne les reconstitue que par association d’idées, grâce à des zones du cerveau qui dépassent le visible et la logique de l’apparence. À partir de ce dessin qui ressemble à un écorché, mon œil tire des couches, des strates. Et en écrivant, je carotte des profondeurs un substrat, qui n’appartient qu’à moi, une vision différente qui recompose l’animal en un « véritable » volatile sous toutes ses dimensions.

C’est une chance que d’avoir des yeux, ces yeux-là, ceux qui voient au-delà du fonctionnel ceux qui déstructurent pour mieux comprendre et recomposer l’image à sa manière. S’approprier l’éphémère, l’invisible…l’essence du sens de la vie qui n’en a, qu’au moment où on voudrait la saisir, et puis, pschitt.

Je pense souvent, avec joie, à Homère et Jacqueline de Romilly, qui ont continué à voir loin, toute leur vie, même aveugles, et à faire parler les mythes depuis le 8eme s avant JC jusqu’au 21eme Siècle pour mieux éclairer l’Histoire de l’Humanité.

Ouvrez vos yeux, le petit oiseau va s’envoler, sans plume (mais plein de poils) et continuer de vous raconter ce qui fait sens ou pas sur son chemin, loin des gros oiseaux qui filent dans les airs ou sur terre.

Antigone is definitly gone et son œil vous dit « hello, de l’intérieur ».

Dans mon étagère 

Ce soir, mes yeux errent sur une chaîne de TV, j’observe aussi avec mes oreilles des politiques et des journalistes qui s’invectivent à propos de la position de la France et de l’Occident vis-à-vis de la guerre en Syrie, qui ne font pas la même analyse sur les forces en présence, et les solutions à étudier sachant que tous s’accordent sur la nécessité d’arrêter ce massacre. 

Ma tête se perd dans de vagues divagations et la marée me ramène sur terre, dans mon corps plein d’attaches, les pieds pas très tranquilles.

Mon esprit erre à son tour dans mon étagère, occasion de faire mon inventaire légal. Que reste-t-il d’humain, quand une ville millénaire est quasi détruite et rayée de la carte ? Qu’est-ce qui peut encore nous soulever lorsqu’on est vaincu ou moribond ?

La folie, celle d’espérer, de croire, de savoir, d’avoir la certitude que l’Homme n’est pas qu’un loup pour lui-même, qu’il est aussi à la recherche d’un autre monde, de fraternité et que cet autre monde est possible, et pas seulement dans mon étagère…

Et après, et après, la nuit peut ouvrir des portes, et éclairer une vision qui nous réconcilie avec l’étranger qui sommeille en nous et donc avec les Autres qui ne sont pas plus étrangers que nous.

Dans mon étagère, l’étrange étranger erre mais cela ne lui paraît pas étrange.

Une besace et une chouette 

Ouvre ton sac Anti-Antigone, contrôle des pirates de la Vigie ! Rien de spécial, la routine. Outre le fait que je ne vous dois pas que la lumière, chers Mesdames et Messieurs, de la police ou de l’Armée, vous trouverez dans ma besace des objets « éclectiques » peut-être radioactifs, autour, voire au-dedans. 

Une carte navigo pour voyager dans le métro. Ne prononcez pas ligne 13, ca porte malheur, j’en connais qui se sont transformés en crapaud. Un carnet pour écrire des mots et évacuer le trop plein de rien. Une carte d’identité pour circuler plus loin que dans la Capitale et la banlieue. Et pour le ciel, y a pas de permis ? Hormis celui d’avoir existé ? Des cartes de fidélité et d’infidélité et une CB avec une puce dans le dos qui gratte mon banquier virtuel. Une nonochette pour la fée qui cloche, et un livre barré (orfeo de Richard Powers, un roman US génial, au carrefour d’une thèse sur la musique contemporaine et l’incompréhension qu’elle suscite et la recherche en biologie cellulaire au pays de la psychose d’une possible guerre bactériologique).

Après le sac, je fouille dans ma tête et la surprise est de taille, une chouette sort de mes pensées floues. Elle hulule et me demande de me laver les dents avant de rejoindre le nid. J’ai des plumes sur les lèvres et je perds mes dents. Elle m’a endormie par son regard hypnotique. Je me vois en train de rêver avant de m’envoler sur le toit avec la chouette qui sourit et qui exhibe mes dents dans son bec. Mais que font les pirates de l’air ? Ils trient la purée de pois et avec les particules fines, ils jouent aux billes dans le ciel…

 

Vœu en sortant du pieu (à notre futur président)

Cher futur président,

Nous nous accordons tous à penser et à dire que le sujet ou l’argument des 35h tourne en rond. Dans le monde politique, quel que soit le courant d’appartenance, les idées ont du mal à se concrétiser. C’est comme une mayonnaise dans une centrifugeuse qui n’arriverait pas à prendre. Vous ne savez pas s’il faut amender les 35h, les maintenir ou les supprimer. Une seule solution, s’aligner sur des vrais faux horaires qui satisferont tout le monde. 

Ce principe de vrai faux horaire est méconnu, mais « il mérite attenssi…ion » comme le chante si bien Delphine Seyrig dans Peau d’Ane. Cet horaire donc est celui du bureau de poste de la forêt de Sequoia dans l’ouest américain. L’audace de ce postier imposteur fait tomber de sa chaise ou de son lit, à défaut d’arbre.

Apparemment les ours, les bûcherons et les touristes, tous ont compris et se sont satisfait de ces horaires de travail. Depuis lors l’ours fait du tourisme et les touristes ont sympathisé avec les ours. Et les bûcherons pareil.

Sortons de la soft idéologie, cher futur président, osons, changeons le paradigme qui régit notre société. « Oui » au principe de redistribution des richesses, alors le temps aussi doit être redistribué car le temps c’est de l’argent !

En tant que citoyenne, je prône plus de réflexions pour de meilleures actions, plus d’heures au lit, pour une meilleure vie verticale, au pays du Séquoia certes, mais aussi en France, le pays des lumières.  

Si on dort plus, on consommera moins d’électricité, ca ne va pas être bon pour le business model d’EDF, ben oui mais là aussi, soyons innovants !

Avec ou sans électrons, et plus ou moins de lumière, les idées doivent dépasser les vœux pieux, ou ceux d’Alexandre Le Bien Heureux…

Cher président, soyez « audassieux » !

Un baiser marin dans les profondeurs de Chichibu

Jeudi 12 janvier 2017 22h30, le vent souffle à plein poumon, la tempête bouscule la moitié nord de la métropole et pour couronner, le tout, sans tirer les rois, mon plafonnier joue à cache cache avec la reine de la nuit. Sous mon toit, la structure tremble, ma cheminée chante « ramona », c’est la fête, le Zim (*) joue de l’harmonica ! Pas besoin de se plonger dans un polar, le climat prend des allures de SF aux confins d’un monde extraordinaire. Tel un animal à écailles, je choisis de rejoindre les profondeurs de l’océan, pour me laisser bercer par les chants envoutants des sirènes, et aller à la rencontre d’êtres vivants mystérieux. Je saute dans le grand bain sans lampe torche, je descends par palier et l’ivresse de la plongée m’infuse une énergie galvanisante.

J’ai rendez-vous avec un monstre marin, rencontré sur « meetic océan », il s’appelle « Octopus » le poulpe. L’intérêt c’est qu’il n’est pas manchot et qu’il saura me prendre dans ses bras. Il s’agite à mon approche, et me parle sans parole avec ses petits yeux. Il me dit en roulant ses billes noires sur fond de noix de coco que je ressemble à l’idée qu’il s’était fait de moi. Je lui avais donné comme indice, mon avatar, une orange, et la tragédie de Sophocle et d’Anouilh pour qu’il puisse disposer du loisir de m’imaginer. Nous nageons, ensemble, bras et tentacule enlacés, la magie opère, car nous ne savons rien de l’autre et que nous ne voulons rien savoir, et nous commençons à naviguer dans le monde du silence. Après un long moment de nage muette, je réalise que je ne rêve pas, et qu’Octopus m’invite à me rapprocher de son visage, de sa bouche et à l’embrasser. Je n’avais jamais échangé un baiser marin si profond avec un invertébré.

Je crois que la tempête s’est calmée, et que ma tisane avait goût de whisky. C’est une nouvelle gamme de Chichibu d’Ichiro Akuto que j’ai acceptée de tester comme cobaye ! Sur l’étiquette « Octopus : the deep ocean flavour », hum, la photo m’inspire, je fonds, je me liquéfie, je crois que j’embrasserai bien un autre verre de ce mystérieux nectar rien que pour mariner toute la nuit dans les profondeurs de mon lit.

(*) Le Zim c’est le surnom de Bob Dylan qui a composé une chanson « To Ramona » dans sa période folk inspirée de Woody Guthrie.

Fumeuse et amoureuse des fleurs

Dans ma tête, j’avoue que c’est parfois, enfin, plutôt quasiment toujours, embrumé. Je m’auto-pollue, en produisant du smog toute seule mais j’irradie aussi, car combustible je suis et mon noyau de géranium 3O8 n’est pas prêt de s’éteindre. Avec un peu de carbone 14, on pourrait tracer mes origines … Sauf que ce n’est pas utile de passer par cette étape. Mon corps brule, et recycle, dans un circuit fermé, un composte villetrunois, non disponible sur étagère ou sur les sites web.

Respirer les fleurs, les petites fleurs des champs, c’est ma came, mon calumet de la paix intérieure. Grâce à leur fragrance, je me décompose, et je fume du ciboulot. Je rêve les yeux ouverts, je marche en apesanteur, je vis sans différencier l’imaginaire du réel. J’invente ce que je vois, je vois ce que j’invente. Je sens des fleurs qui poussent dans mes doigts et je fleuris aussi au-dedans. Sous ma peau, je trimballe des coquelicots, des boutons d’or, des violettes qui me poussent à être moi, sans traitement superfétatoire, juste un peu de bouillis bordelaise pour que je me protège contre la pluie et les nuisibles.

J’apprends de la fraîcheur du matin lorsque l’hiver me réveille de sa gelée blanche.  J’apprends de mes erreurs lorsque je beurre mes tartines et que je perds mes idées au fond d’une tasse de thé. J’apprends du regard des autres quand leur visage me dévisage. J’apprends au fil des saisons et de la repousse. Je me taille en douce quand ça pique.

Pour dépasser la ligne d’horizon de ma carapace, je fais des pas qui ne se voient pas, assise sur un banc, une plage ou un lit. Je n’ai pas besoin de bouger pour voyager, je me consume sur place, je deviens fleur, légère, aspirée par le vent d’hiver.

L’urbaine tortue hiberne 

La pluie glacée s’est infiltrée dans Paris, les toits de zinc dégoulinent un jus gris souris. Le glacier de la rue a fermé boutique, le rideau de fer devant sa vitrine rose nous parle de l’hiver et diffuse des arômes de réglisse. Les arbres fruitiers bossent sur la conception d’une forme de bourgeons, résistants aux gelées de printemps, car ils veulent que le glacier puisse composer ses sorbets en toute sérénité.

L’esprit de la régalade me réchauffe déjà les papilles, mon chat « medor pas » boit du coca. Il rote, je lui dis, « mets la patte devant ta bouche, charlotte ! ». Il miaule et gazouille. Je crois que l’heureux animal a avalé le petit oiseau qui est sorti de mon appareil photo.

Je couds mes yeux de poupée sur mes orteils pour voir autrement le ciel et sa couverture de nuages. Posée sur un fauteuil, je ne fais rien. J’écoute le silence et la tortuosité de mes pensées vagabondes me prend par le bras pour former la ronde du temps, en boucle ouverte.

Telle une tortue urbaine, j’hiberne en compagnie de ma ménagerie qui me raconte des histoires de pluie tropicale et d’éternité de l’instant, en tirant sur un élastique.

Slatch, aïe, je mangerais bien une glace sous une pluie tropicale, les pieds dans l’océan, sur le sable blanc, tout près de Mon Captain Emily.

Sage sans vice ni visage : l’Anti-Antigone 

Pour vivre tranquille, j’avance masquée, en apparence sage, sans vice. Je joue à cache cache avec les normes sociales, les représentations, les catégories qui classent et qui regroupent, qui opposent et qui annihilent. Je suis « une bourgeoise », un cadre qui cadre avec le moule, tatouée d’un matricule, le kif pour tout individu normalement constitué.

Pour me fondre dans la masse, quand je rencontre le monde réel (plutôt fictif à mes yeux), je mets de la crème, de la poudre aux yeux, du stick pour contrer les « dick ». C’est un jeu d’adulte, du théâtre bas de gamme, trop sérieux pour être digne de curiosité. Je ne renie pas ce besoin d’être de la partie, je me sens seulement décalée. Aussi, j’avoue que cette incursion satisfait mes besoins matériels, et qu’elle ne dit rien de la face cachée de mon existence.

Barbatruc barbapapa.

Mon vrai visage, les rides qui le creusent et les fêlures que j’ai partiellement recousues, je ne les sors qu’à la nuit, en fin de semaine ou lorsqu’Antigone vient me tirer l’oreille creuse et les vers du nez. Mes yeux de poupée, ma structure d’invertébrée, mes ailes de marchand de sable, mes pieds plats, mon cœur fou, mon cerveau or et ange, ne s’expriment que par intermittence, il suffit que je regarde le ciel ou l’océan.

Sans mon masque, je respire en profondeur, j’aère les pores de ma peau, mes cellules se replacent, mon sourire se relâche, et je crois rêver tellement je suis. Je vois et je ressens des connexions entre ce qui m’entoure et mes détours intérieurs. C’est comme un seul et infini escalier qui viendrait d’avant mon arrivee sur terre et qui irait jusqu’à d’autres demains, et d’autres planètes.

Quand je suis nue, moi, l’Amour de la Vie me submerge, j’ai l’impression de voler, j’embrasse et me laisse envahir par le monde des vivants, des petites bêtes jusqu’aux bipèdes. Ma curiosité me conduit à m’émerveiller et je me sens guidée, habitée par la Beauté.

Installée dans un fauteuil de mon nid ou en traversant une rue, aussi, parfois, la mélancolie m’étourdit. J’entends les murmures de voix intimes, cristallisées par la confiance d’une confidence qui scelle nos solitudes. Je me surprends à ouvrir des portes secrètes, muette et en miette, comme la dernière femme de Barbe Bleue, et ainsi à ne pas être en mesure de dire au revoir aux gens que j’aime, ma gorge se noue (pour mes parents et mes amis en particulier). Je goûte, les yeux en l’air, happée par les souvenirs, les odeurs et les saveurs de dîners passés, scotchés à mes paupières, par un parfum arrosé de nectars fleuris.

A 23h, le 6/1/17, je suis là, avec mes vices et ma vertu, dans l’instant, comme un bout de puzzle qui résulte de plein de bouts de vous, de nous, et ce truc là, c’est Antigone. Il devient de plus en plus ferme, dense, il danse de lui-même, il se nourrit aussi de vies lues dans les livres, moins fictives que le réel des représentations sociales.

La liberté d’Antigone, c’est un ouvrage, un tissage que je défais en rêve, comme Pénélope, et qui enfle, un peu plus, à mesure que je me (dé)ride, au pays des masques et des bergamasques.

Mes yeux louches 

Une femme avertie en vaut deux. 

Une amie, dotée d’une hauteur de vue, puisqu’elle crèche au Sacré Cœur, a pensé à ma vue basse, en chinant des yeux bleu ayant appartenu à une poupée, et me les a offerts, car elle savait que j’en ferai bon usage …Certes, c’est un cadeau incongru, qui m’a bien fait marrer mais c’est aussi un atout génial pour développer ma vision périphérique sur  360 degrés et aiguiser mon regard du-dedans.

La greffe de cette paire d’yeux sous mes cheveux, m’assure une certaine discrétion. Et comme ces ouvertures visuelles sont bioioniques, elles revêtent donc un pouvoir  de voir sous les poils et la peau.

De nouveaux yeux pour voir derrière les apparences. D’autres yeux pour saisir ce qui est. Des billes oculaires d’une grande acuité pour se rapprocher des profondeurs de l’être. Des yeux artificiels pour rêver au bleu du ciel quand les autres, natifs, se concentrent sur le réel. Autant de qualités nouvelles pour devenir une gentille poupée ! C’est un vœu qui ne tiendra pas (comme les autres) mais osons y croire d’un œil car c’est le début d’année.

Sortis de leur fonction première, les yeux d’une poupée peuvent vivre une seconde vie. J’ai d’abord éclaté de rire au moment de recevoir le cadeau, puis ce soir il me fallait écrire sur le caractère essentiel de cet objet en apparence  « inutile », et décalé. Ma curiosité s’est animée. L’enfance a rejailli. Ces yeux sortis de la poupée m’ont sortie de moi. Le caractère utile de l’inutile tient au fait qu’il nous rend encore plus vivant, nous-mêmes, heureux et nous détache du vrai superflu, les contingences du quotidien, …. 

« Rien que pour vos yeux », je reconnais aussi qu’on ne voit bien qu’avec les oreillettes du ventricule.

A Beaubourg, la beauté s’expose aussi hors des murs

En ce 2 janvier 2017, avec B., nous avions pris rendez-vous avec l’oeuvre de Cy Twombly sauf que la beauté avait déserté l’endroit. Elle avait préféré rester à l’étage de la collection permanente, avant de s’aérer et de sortir des murs du musée. Notre oeil a tenté de la suivre et de la saisir, éclairée par la lumière d’un ciel tourmenté, et suspendue par le mouvement des nuages. La vue, depuis la passerelle, valait son pesant de cacahuètes, les amateurs d’Art étaient tétanisés, non par le froid, mais par le spectacle inattendu qui n’a durée que quelques minutes, grâce à la conjonction parfaite entre le lieu, les éléments, et le regard.

D’un écran à l’autre

Quand nous étions petits ou ados, pouvoir regarder le petit écran (la TV pour la génération Y) c’était autorisé par les parents, à certains moments de la semaine et sous réserve d’avoir terminé ses devoirs.

Aujourd’hui, un autre écran a détrôné le petit écran, c’est celui du monde connecté du smartphone, de la tablette ou de l’ordi. Son usage est plus ou moins conditionné car pas facile à mettre sur surveillance, et dans les faits, c’est plutôt ce petit monstre docile qui nous surveille…

Le Grand écran (des cinémas) sévit toujours et heureusement. Il n’a pas encore été torpillé par les chaînes internet car se retrouver devant une toile dans une salle obscure n’a pas d’équivalent.

D’un écran à l’autre, rien ne vaut un bon écran total quand on se fait dorer la pilule à Tahiti par exemple, et qu’il est l’heure de veiller sur Annie. Car « Annie veille » et ce n’est pas un écran de fumée …(private joke)

Sur ce, c’est l’heure de sortir de soi, de mettre de côté ses écrans et de faire péter le virtuel.

Ps : la couverture du New Yorker est signée Chris Ware auteur génial de BD qui voit loin derrière ces lunettes et tout écran confondu.

Quand la lune décroche …

Allo, ici la terre, on raconte que la lune veut décrocher. Elle a décidé de ne plus sortir aussi souvent, la nuit. Elle aimerait changer de rythme. Elle pense aux 35h, cela lui donnerait du temps, pour le crochet et jouer au clair de…

Comment décrocher cette idée saugrenue de la tête (blonde) de la lune ?

En envoyant un rêveur chez elle, dans ses quartiers, un cosmonaute qui aurait la tête dans la lune et qui lui donnerait envie de sortir prendre un bain de minuit, dans la mer de la tranquillité.

Sauf que si la lune sort à minuit et que le soleil se couche avant, que se passera-t-il entre temps ?

Ce sera un moment sans soleil ni lune, un état de vie suspendu, de lévitation entre terre et ciel, l’occasion de re-inventer le monde et de flotter dans l’air, la tête remplie d’idées folles, sans qu’au fond ce ne soit si grave car la gravité demeure un des piliers de l’impermanence des choses.

Bonne nuit les petits, au clair de…  en écoutant le lever du jour de Daphnis et Chloé de Ravel.

Il était une fois une fée crabossée 

Sur terre mais pas que, il arrive qu’on rencontre des fées. Parmi elles, je ne parlerai que de la fée qui me fait un drôle d’effet car elle semble être le fruit du croisement entre la fée carabosse et d’un crabe cabossé.

Elle sourit aussi loin et long que tous les océans confondus. Elle ne joue jamais du pipeau sauf avec les idiots pour ne pas écrire un gros mot. Elle aime la musique, la musique et la danse, la danse des mots, les mots qui rendent vivants, le vivant de la nature, la nature des hommes, les hommes natures.

La fée crabossée en pince pour ce qui tourbillonne son corps et son esprit. Elle est montée sur ressort, elle est une toupie qui a du toupet, elle tourne comme un derviche et son jus de fée semble sorti d’une centrifugeuse qui viendrait d’une autre planète.

Quand je croise son regard, je lis une peinture aborigène au fond de ses yeux profonds et ténébreux. A trop la regarder, je tourbillonne sur mon axe et tel usant d’un paralax je change d’axe pour me retrouver dans les creux et les pleins de la mer, au milieu des vagues et des crabes. J’entends alors le chant des sirènes et je me pince pour m’assurer que je n’ai pas rêvé…

« Ojama shimasu » * Marie-Claire

Marie-Claire est libraire 2 rue Marie de Luxembourg à Vendôme.

Elle est passeur d’histoires entre les auteurs, les conteurs, les poètes, et les lecteurs.

Que serait notre monde sans libraire ?  Un monde possible si on n’y prend pas garde. Être libraire, de surcroît en Vendômois, est un acte de foi et de folie.

Quand je me rend chez Marie-Claire, je viens respirer un autre air, libre, cet air libraire tapissé d’odeurs de papier et qui tisse des espaces, des temporalités, des liens, entre notre vie d’ici et des univers infinis, sans frontière, là-bas, ailleurs.

Marie-Claire est « totalement » investie dans son travail de libraire indépendante. Elle ne conseille pas les livres dont on parle sauf s’ils lui ont plu. Si vous lui demandez ses coups de cœur, alors là, c’est le début d’aventures inoubliables.

A titre d’exemple Marie-Claire conseille en ce moment « Notre château » d’Emmanuel Régniez aux éditions le Tripode un 1er roman. C’est un conte fantastique, du 21eme siècle. Une histoire qui se passe hors du monde dans un château appelé « Notre château » par la sœur et le frère dont il est question dans ce livre rare. Leur seul lien avec le « vrai » monde est associé au rituel du jeudi matin lorsque le frère quitte le château et se rend à la librairie de la ville pour répondre à la soif de lecture de sa sœur et aussi la sienne. Un trouble va gagner le caractère paisible de nos hôtes et le climat psychologique va devenir angoissant…C’est un livre différent par le style, qui creuse des sillons et des ellipses mystérieuses, de par la narration musicale, son rythme qui confine à de la poésie en prose et le propos, très decalé qui fait du bien !

Ses choix de libraire sont effrontément libres. La liberté me semble se nourrir de cet échange, de ces choix affirmés en marge du courant de pensée unique. Oui ça donne des ailes, de faire des tours et des détours à « page 10/2 ». Dans ce lieu « notre librairie » on se sent libre dans l’air à défaut d’être libraire.

Ses autres conseils du moment portent aussi sur « Continuer » de Laurent Mauvignier, la claque il faut le dire, c’est un récit qui raconte une rupture au sens de l’éveil, de reprendre goût à la vie, grâce à une mère qui ose le pari fou d’emmener son fils faire un trek à cheval au Kirghizistan (écriture description et dialogues ce récit est Grand) ; ou encore « le Kimono de Neige » de Mark Henshaw admirablement traduit et complètement dingue poétique et captivant sur les méandres de l’âme humaine. Ces livres emmènent loin, je les ai lus d’une traite et je les porte parce qu’ils rendent livres ou libres c’est pareil…

Je voudrais terminer par le 4eme mur de Chalandon et cet extrait d’une pièce d’Anouilh « Antigone c’est la petite maigre qui est assise là-bas et qui ne dit rien ».

Merci Chère libre dans l’air Marie-Claire.

  • je vais vous déranger honorablement

Retors a tort (encore)

Retors (mon chien) ne sort jamais sans se départir de son ressort naturel. Il se dit qu’il ne peut être tordu qu’en restant souple sur ses rotules.

Son côté filou lui donne du fil à retordre mais il en fait fi avec son masque de loup.

Quand il a tort, retors adore, car il maîtrise la ruse et la feinte, comme un artifice et jubile au fond de son œil.

Medor pas (mon chat) n’aime pas retors (mon chien) car il lui donne des puces.

« Qui s’endort avec son chien, se réveille avec des puces ! »

Vol orange d’un simple regard

Sur les recommandations de mon ami spiritueux et breton Philippe, the magic mushroom et plumitif guy à certaines heures pâles de la nuit, j’avais confectionné une robe en peau de faisan pour prendre mon envol et m’éloigner de mon nid trop douillé.

Pour sortir de ma torpeur, rien de tel que de s’imaginer au volant d’un carrosse orange, et de jouer à Cendrillon Version 21eme siècle.

En ouvrant l’œil, j’ai rencontré l’objet du délit, une Porsche couleur citrouille, pleine de jus, prête à démarrer et à faire un tour loin de son sage garage.

Je l’ai volée par la pensée, elle s’est laissée emportée, car elle s’ennuyait au fond de son écrin.

Le chemin n’existait pas, les feux de nuit éclairaient le jour, ma robe en peau de faisan bourgeonnait et laissait poindre le bout de ses ailes, je me questionnais quant à cette drôle d’histoire.

Les virages avaient disparu, je longeais la mer qui me conduisait au-delà des vagues.

La navigation fut tranquille, je me suis endormie, le carrosse s’est évaporé d’un simple regard, sous l’œil complice du soleil orange qui avait éteint ses phares.

Des Indes Galantes au Turkey Trot : que serait une vie sans dinde ?

Qui n’est pas amateur de dinde ? En cette période de fêtes, il est difficile de passer à côté de ce volatile. Mais là où la rareté s’installe et la singularité inquiète, c’est le jour où vous dites, je suis connaisseur et amateur de la danse de dinde traduit en anglais par « turkey trot ». Leonard Bernstein a écrit 5 divertimenti sous ce nom. À découvrir sans attendre car c’est du Bernstein tout cru et ca se danse.

Sans être dingue de dinde, et sans être dingue, tout court, il est aisé de s’imaginer dansant avec légèreté, au temps du Turkey Trot des plumes sur la tête.

Les Indes Galantes de Rameau lorgnent du côté de l’opéra léger, de l’hymne à l’insouciance et aux plaisirs sous le règne de Louis XIV. Ca ne se passe pas tout à fait en Inde mais plutôt en Turquie et en Amérique du Sud.

Pour les plus avertis, les caramels fous avaient mis en scène un spectacle drôle à souhait qui s’intitulait les Dindes Galantes, une histoire de basse cour par opposition à celle de Rameau…

De la dinde avec ou sans marron, à la danse et à l’exotisme, la fête de Noël passe par des mythes qui sont là pour nous emmener ailleurs, loin du réel et du monde. Il suffit d’une danse, ou d’un peu de dinde pour partir, se prendre pour quelqu’un d’autre, devenir volatile.

Bientôt, je tenterai le chicken run en Inde, en vrai, le temps de goûter une vie au rythme lent, et de vivre pleinement à la verticale.

Joyeux Noël en Inde et aux pays des dindes, et bisous à tous les dingues.

Quand l’encre de seiche sèche, les pâtes n’épatent pas

Une vie sans ancrage, ni horizon, ne serait pas rythmée, c’est un peu comme la mer sans marée. La vie est aquatique ou elle n’est pas. Quand j’écris avec mes dix doigts un article, je me sens pousser des tentacules comme si j’étais un poulpe. J’évolue tel un invertébré, dans des eaux troubles et inattendues. Parfois, je pisse de l’encre et je n’ai pas le temps de respirer que ça gicle de partout, et à d’autres moments, c’est la panne sèche, mon cerveau se liophylise.

Ce soir, je me dis que l’archiduchesse n’a pas fait sécher ses chaussettes, et qu’écrire avec des pieds nus, c’est risqué, car c’est presque l’hiver.  Je me dis aussi que c’est l’heure de faire des châteaux de sable, et de rêver à une montagne de pâtes, à l’encre de seiche, et de sourire, en croquant la vie, les dents noircies, en nous rappelant que nous venons tous du poisson.

Le diable est dans les détails

Tout le monde connaît cette expression « le diable est dans les détails », de même que cette association ou plutôt cette dualité, « pas de diable sans Dieu ». Par conséquent « où est Dieu » s’il n’est pas dans les détails ?

Cela présuppose que Dieu est, autrement dit qu’il existe, et sur ce sujet, tout le monde n’est pas d’accord. Il y a ceux qui pensent qu’il n’existe pas et pour ces personnes, il est dans la tête de croyants, l’expression d’une foi intérieure. Mais pour les croyants, il est bien réel, quelque part dans le ciel, du côté du paradis, et même dans l’essence humaine, sur terre, sous la forme de l’Amour, en résumé il est dans l’essentiel, le contraire des détails. CQFD.

Après il y a Jésus, mais là, ce n’est ni du détail ni de l’essentiel, c’est Dieu qui s’est fait Homme. Et on en reparlera une autre fois…

Revenons à la question qui nous taraude tous, en ces moments de guerre et de changement de paradigme de notre société moderne, mais « où est Dieu ? » sérieusement, car là, l’essentiel des peuples en a gros sur la patate, et le diable s’ennuie un peu de ne pas trouver une vraie force d’opposition qui se batte pour la paix ce qui n’est pas un détail.

Le piano (a)doré

Rien n’est plus beau que de s’éveiller un dimanche matin et de se retrouver nez à nez avec un piano à queue. Au TCE il est bordé d’un rideau métallique serti de plaques dorées.

Le brouhaha remplit la salle, les gens parlent et d’autres viennent seuls. Ca tousse et ca mouche.

À 11h toutes les semaines ou presque, la scène est dédiée à la musique de piano. Jeanine Roze en est l’architecte. C’est sur son piano que jouent les artistes, un Steinway de 40 ans d’âge.

Ce piano là et doré autour est un fil conducteur pour la journée et plus encore.

Comme toutes les semaines j’ai laissé ma voiture devant la salle. En sortant, j’irai faire des tours et des détours, les notes en tête, à rebrousse poil du bruit de la Ville.

Purée de ciel : au royaume des particules fines

Drapé de bleu azur, le ciel ressemble à ce qu’il est. Mais depuis le milieu de l’après-midi, c’est la confusion. Là-haut, la purée de pois s’est répandue à tous les étages du paysage puis s’est déversée sur les rideaux de nos paupières et notre vision semble raccourcie, heurtée par trop de gris.

Quelques conseils avant de sortir « s’aérer ».

Sous un ciel de purée de pois, il convient de se couvrir la tête, on ne sait jamais ! Ainsi, il est toujours possible de récupérer les déjections des nuages, pas toujours très sages, de les recycler et de préparer une soupe en prévision de l’hiver. La purée de pois est riche en propriétés inconnues.

Il paraît que qui sait regarder de près verra mieux le ciel, les jours de purée de pois, et avec un peu de carotène, il pourra même apercevoir le marchand de sable tapisser d’or et d’encens, et parfois de whisky, les chemins vicinaux qu’emprunte le Père Noël. Les spiritueux motivent le Père Noël, et le rendent même spirituel. Parfois, un peu trop « maltophile », il négocie mal les virages et et atterrit dans les décors ce qui occasionne des retards dans ses livraisons mais son renne le remet toujours sur les rails.

Aussi, il convient de mettre un masque sur sa bouche, une feuille de vigne de préférence. Or, à Paris, il suffit de se baisser, pour en détacher une du bitume. C’est idéal pour passer incognito et surtout c’est un vrai bouclier naturel, recommandé par les écolos, pour ne pas respirer des particules fines.

Autre solution, rester chez soi, dans son nid, même si on est guère mieux protégé contre l’invasion de ces particules de CO2. La parade, quand on est entre quatre murs, diffère du masque protecteur. L’idée consiste à développer des pensées par derrière, pour ne pas se laisser polluer par sa respiration de devant. On ne parle plus, mais on réfléchit pleinement par le dedans et là le ciel redevient bleu azur et le gris se fait croquer par Médor Pas qui rêve d’un ciel rempli de souris.

« Médor pas » tel est le nom de mon chat

Chacun vit avec le chat qu’il peut. Le mien, je l’adore, il s’appelle « Médor pas ». Il ne ressemble qu’à lui, il saute de son fauteuil, à la tombée de la nuit, quand je ne dors pas. Il me surveille jusqu’à mon départ dans les bras de Morphée. Son oeil de sphynx n’est pas sans rappeler celui de Gizeh, près du Caire. Oui, je l’adore mon chat. Surtout qu’il n’est jamais là, là où l’on croit.

Chacun porte son chat, et celui-ci n’est pas portable, il est plutôt ultra-cellulaire, voire cérébral. Plus intelligent que lui-même, il s’attrape la queue, et joue avec, comme si c’était un jouet, une souris non avertie.

Mais le plus surprenant, c’est quand « Médor pas » dort. Pendant ce moment où le silence se transforme en ronronnement et où sa queue se balance sous la poussée d’archimède de ses rêves, je ne dors pas et je le regarde, sans vraiment le regarder.

Mon dicton du jour « non, ne dors pas, quand « Médor pas » dort, et surtout ne réveille pas le chat qui sommeille en toi ».

Signe distinctif : je suis jaune et orange

Le jaune et l’orange me remplissent les yeux, nuit et jour. Sans ces couleurs qui me rapprochent du soleil levant et du soleil couchant, il me manque l’essentiel, mon oxygène de couleurs.

Le jaune et l’orange c’est de l’or pour mes yeux. Ces couleurs ouvrent mon regard. Elles sont là, omniprésentes, elles me tiennent debout, assise et endormie. Elles me vivifient.

Le jaune et l’orange habillent mon nid, habillent ma peau, habillent mon âme.

Je décline mon identité, je suis jaune et orange,  et lorsque je ferme les yeux, ces couleurs vont faire un tour ailleurs, de l’autre côté du globe, le temps de se régénérer, le temps que là-bas le jour succède à la nuit et qu’ici la nuit annonce le jour.

Une semaine sans lundi

C’est la nuit, lundi n’a pas fini son tour du cadran et mardi arrive à pas feutrés. Ma tête se cale sur deux oreillers, proche du sommeil, un oeil de côté. En son centre, un réseau de flux d’informations délire en mode binaire, et, de la combinaison de 0 et de 1, aboutit un résultat proche de pas grand chose. C’est mieux que rien, sauf que ma muse ronfle, et que mes doigts sont palmés. A quoi bon chercher du jus là où les réserves sont vides. Il faut dire que le problème n’est pas celui de la suppression ou non des 35h, c’est plutôt qu’il faudrait supprimer les lundis. Du we on basculerait au mardi directement. Ce trou entre dimanche et mardi serait un moyen de traverser le chas de l’aiguille avec son chameau, et ni vu ni connu, d’expérimenter d’autres modes de vie, centrés sur l’utile. Ce trou dans l’agenda, deviendrait le jour où ceux qui travaillent donnent du temps à ceux qui n’en ont pas ou plus. Un moment pour se raccorder les uns aux autres entre le we et le reste de la semaine, un moment en suspens qui ne répondrait à aucun code, aucun rite, aucune religion, aucun impôt. Un trou pour réunir des mondes qui s’éloignent sans autres enjeux que de se rencontrer et de conjurer la faillite de notre vieux monde. Un trou pour se combler !

En attendant de souffler cette idée saugrenue à un candidat à la présidentielle, comme demain, c’est déjà mardi, j’irai bien à la plage du côté des paysages de Gauguin, à Pont Aven ou à Tahiti, sans autre envie que de sentir les éléments naturels me caresser le museau.

« Louise en hiver » ça defreeze comme « le Roi et l’Oiseau » ou « la Tortue Rouge »

« Louise en hiver » est un film d’animation français de Jean-François Laguionie, sorti depuis peu. Il allie les vieilles techniques en 2D avec la 3D. Lorsque le film déroule les scènes, on se croirait devant des papiers canson avec ce grain qui lui est reconnaissable. C’est beau, lent, patiné d’essentiel, c’est de la poésie pure. Pour ceux qui ont vu la « Tortue rouge » de Michael Dudok de Wit, c’est aussi indispensable. Rappelons-nous « le Roi et l’Oiseau » de Paul Grimault sur un texte de Prévert, la filiation est là.

Louise passe ses étés en Normandie, du côté de la côte d’Albâtre, et aux marées d’Equinoxe, retourne dans son appartement en ville, sauf que là, elle rate le dernier train de la saison et se retrouve seule dans cette station balnéaire de Biligen-sur-Mer. Et la narration part loin dans les souvenirs et le monologue, ou la conversation avec son chien « mercredi ».  Cette vieille femme nous semble familière, elle est une grand-mère qui résonne avec nos histoires.

Si vous ne l’avez pas encore vu, foncez, osez, ce n’est pas « chiant », bien au contraire. Procurez-vous aussi le dvd de la « Tortue Rouge », le mythe de Robinson Crusoé revisité, sans dialogue, c’est un film d’animation muet mais tout aussi extraordinaire que le livre de Michel Tournier.

 

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Mozart à Buenos Aires un jour d’hiver

Quand Mozart rencontre les doigts de Richard Galliano, un matin, 1er dimanche de décembre, au Théâtre des Champs Elysées, on oublie l’instrumentation originelle, la clarinette, la flûte ou la voix, et on se laisse saisir par l’accordéon ou le bandonéon, avec une envie irrépressible de danser, et de laisser parler notre corps, transi de froid et endormi.

Lire la suite « Mozart à Buenos Aires un jour d’hiver »

Boule de neige

Il fait froid, le soleil nous donne Rdv avec le ciel, un ciel sans neige.

Pour se rapprocher de l’état d’esprit de Noël, l’heure est aux petites trouvailles qui nous ramènent du côté de l’enfance et de la boule de neige, l’autre, celle qui ne fait pas froid dans le cou ou sur la joue, mais celle qui émerveille.

Chez « Merci », les étales proposent des jolies boules de neige, des petites et des grandes, habitées par des sapins, un Père Noël ou deux enfants comme ici, qui s’apprêtent à s’embrasser. Et autre découverte, une boule avec un revêtement de type ardoise qui permet d’écrire des pensées, des vœux ! Enfin, des petits ornements pour le sapin, fragiles, mais très beaux, on croirait qu’ils proviennent du grenier de nos ancêtres.

C’est bientôt la fête, rien que de décorer la maison, c’est un « avent » goût de ce moment particulier à venir (souvent festif et familial).

TagS # du pays qui verdoie : ô Mon doux Vendômois 

Le street Art c’est la possibilité d’intégrer l’Art dans le réel, de transformer le réel en Art, de confondre les deux et ce, sans discrimination, sans prix à payer pour celui qui regarde.

L’Art de la rue n’est pas l’apanage de quelques-uns mais de tous. Seulement, il faut avoir la chance d’avoir des yeux ouverts, en face des trous, vifs, curieux, attirés par l’œuvre nouvelle, celle qui renouvelle le monde et le regard que l’on porte sur lui.

Les tagS une réflexion du monde en train de se défaire et de se refaire, offerts à des yeux qui sont prêts à ne plus voir pareil et surtout à regarder derrière l’eau qui verdoie et le ciel qui poudroie…

À la Fabbrica : soirée entre les 4 « A »

Des nanas à la Fabbrica ca va swinguer de la lingua ! À défaut de linguine…

Les 3 « A » sont en retard mais que Fabbrica et que cosa dice ? Depuis La Défense elles roulent et se racontent 1000 histoires d’A…

J’ai hâte de fabriquer d’autres fabriques d’histoires avec mes « A » préférées.

En attendant je vous fais l’article sur La Fabbrica, on y mange des pâtes, un tiramisu qui tire vraiment vers le haut, le barbera d’Asti du Piémont astique les tuyaux et le plaisir et le Spritz est une tuerie. J’en bois un pour patienter car elles sont toujours en retard …

Viva la dolce vita et La Fabbrica et les 4 « A » plutôt électriques voire atomiques pour certaines !

De dos, les notes vous clouent au sol avant de vous élever 

Hier, Anne-Sophie Mutter, nous l’avons vue et écoutée, les yeux et les oreilles hypnotisés par son dos.

Le dos du pianiste était rond, ses jambes joueuses, parfois tendues et mobiles comme des aiguilles d’une montre balayant le parquet sous le piano. Il jouait, animé par une joie communicative, vif, aux aguets, un sexagénaire très jeune et présent.

Les partitions de la violoniste cohabitaient joyeusement à droite de celles du pianiste. Ils étaient complices.

La violoniste ressemblait à une naïade dans sa robe bustier verte. Cette robe dégageait son dos et laissait deviner le galbe des formes de son corps. Un tissu soyeux, vert lumineux, pour le haut et du tulle en bas plus vaporeux. Des cheveux mi-longs presque blonds, et sur son dos se dessinait une multitude de petits muscles qui se tendaient puis se détendaient de manière visible au niveau de l’épaule et de l’omoplate droite. Son dos était un pupitre vivant extraordinaire, une autre lecture de la partition.

Ce fut un concert rare, elle et son pianiste jouaient en totale harmonie, le plaisir était contagieux. Mais le son le son d’où pouvait-il venir ? Elle n’était pas dans le surjeu ni dans la virtuosité, elle était là, dedans, chaque note jouée semblait la dernière, c’était d’une force inouïe. Et son tempo son tempo il était tellement juste que nous ne pouvions aussi qu’être là.

Elle nous a donné « sa » lecture de sonates pour violon piano de Ravel, Poulenc, Saint Saens, Mozart et d’un contemporain sans oublier ses 3 bis qui nous ont conduit vers des mélodies plus connues (Tchaikovsky, une samba et un air hongrois de Brahms).

De dos, la musique est encore plus incarnée, resserrée sur Le muscle, et les autres muscles qui nous tiennent verticales. Il n’y a rien de superfétatoire sur un dos.

Et le dos vert de Mutter c’est la claque !!!

De Mute à Mutter 

Depuis le début de cette semaine, j’ai opté pour l’hivernage, les oreilles sous l’oreiller et l’édredon sur la couette. Je vivais en mode « mute » (muet), il faut avouer qu’Antigone avait un peu usé ses cordes vocales ce we.

Ce soir, de « mute », je vais passer à la position « Mutter », et me rapprocher d’une mutante de la musique, Anne-Sophie Mutter, immense violoniste qu fait sonner son stradivarius mieux que si c’était vrai.

Le monde sera bientôt irréel, juste musical, juste sur le fil, entre la note et l’absence de note, entre le son et le silence, entre deux mondes. Et « Mutter » c’est sûr va nous mettre le cerveau et le cœur en mode majeur.

N’ayez crainte ce sera aussi une claque qui va me calmer et je retrouverai rapidement mon mode « mute ».

Ps : elle est allemande, son répertoire sera français. Et, ce soir sans faire de politique, j’ose affirmer que la musique est un langage européen, un trait d’union nécessaire qui dépasse les clivages des territoires et qu’elle est encore plus nécessaire en cette période d’hivernage de la pensée, d’obscurantisme …

Un morceau de paix

En langue anglaise, un morceau de paix s’écrit « peace piece ». Écoutez-le via Youtube, interprété et composé par Bill Evans extrait de son album « Everybody Digs ». L’album est d’une grande beauté, en particulier « peace piece « , « young and foolish » et « lucky to be me ». La filiation Bill Evans Keith Jarrett puis Brad Mehldau ne se discute pas (trop).

En se laissant imprégner de « peace piece » tout s’apaise.  Magie de l’être, de sa capacité à ressentir la vie, et sa frénésie en restant là, attentif, à l’écoute des notes et du silence.

Ce matin, je me demande si « over the rainbow » il pleut ou s’il fait beau ?

Un renne et une roi 

Le féminin et le masculin ne se conjuguent pas naturellement dans la langue française. Et pourtant, le genre c’est un sujet d’école …

Donc, à Vendôme, le Renne propose des tours en avion. Il est drôle ce renne car il aime Etienne Daho le Rennais. Les oreilles en guise de casque, il chante à tue tête « le ciel est bleu comme toi ah ah ah ». Il m’a dit être à la recherche de sa roi, et là, je lui ai fait part de mon désaroi. Depuis le renne et moi, on a rencontré Irène. Il croyait que c’était un avatar du renne, un « e truc » une version numérique de lui-même. En réalité, non, c’est une femme dauphin qui est sortie du livre d’Erri de Luca, un conte merveilleux. Maintenant qu’on s’est reconnus, Irène, le renne et moi, on traine, on chemine, on repère le ciel, on se crée de nouvelles constellations…et on se prend à imaginer que le petit Prince doit habiter sur une planète tout près de nous.

Antigone Gone (with the wind)

« Tandis que j’antigonise », à la fois Gone et Antigone, pour et contre « y aller », je revendique ma filiation avec Janus.

Je, et une Autre, étrangère et moi-même, je libère mon regard derrière la ligne d’horizon et protège mon oeil sous ma paupière close. Je me rapproche de ce qui s’éloigne.

De la photosynthèse d’une orange, j’extrais des pans de pensées et dessine des traits fragmentés. Au cœur de la nuit, mue mutante muette, je me laisse happer par un sentiment de profonde légèreté. Comme si le temps s’évaporait. Et quand vient le jour, je debloggue pour vivre les choses de la vie.

 

Du thé vert en hiver (Guy Béart s’est trompé !)

Ce n’est pas encore l’hiver.

Le matin, pourtant, on ressemble à une marmotte surtout le samedi matin.

Pour se lisser les poils dans le bon sens, un ptit coup de thé vert, ça fouette l’arrière du crâne et le derrière.

Serait-ce le thé de l’Avant ? Dire que Guy Béart a chanté, il n’y aura plus d’après.

Le thé vert contiendrait des substances qui ont des pouvoirs dexodydatifs. A contrario, le datif le nominatif l’accusatif c’est sûr ne sont pas présents dans le thé vert. J’y perds mon latin de lutin du samedi matin.

Sur ce, c’est l’heure du thé, avant ou après ce que l’on veut et avec les tifs que l’on veut.

« Château Yvonne » un chenin qui vous veut du bien

Vu le mouvement frénétique en Villetrunois, je gamberge. Seule solution, une bonne douche froide. En attendant, réflexion du moment Mais de maman « tu vas te faire péter le cerveau » ! Forcément ça calme, la douche froide est à prendre à la lettre et au figuré !
Je ferme boutique (ponctuellement) car Antigone Gone prépare le déjeuner (hum, sur un pan liquide seulement). Un « château Yvonne » version chenin 2012 devrait bien ouvrir l’appétit et endormir les frisettes du crâne.

Quant à « l’huisserie » d’Aliet devrait être un allier de choix pour accompagner le poulet.

Mais que boire avec la crème caramel ? Un thé vert avant l’hiver… »Je voudrais du soleil vert… »

Une rose en novembre

A Villetrun les bains, station balnéaire de l’ère quaternaire, une rose a décidé de pousser sur un rosier en hibernation.

En novembre : arrose (ton gosier d’un Pic St Loup, c’est autorisé), ose (sortir en T-shirt) et offre une rose à ceux que tu aimes.

A plein tube (sans vrombir juste pour dire)

Vivre dans un tube, ce n’est pas un sentiment si rare que ca. Dans toutes les mégalopoles du monde, il est de coutume d’utiliser assidument le métro et ses couloirs. A Londres, le métro porte le doux nom prophétique plus que poétique de  « Tube ».

Depuis septembre, je voyage sur la ligne 13 de « Place sans Chichy » vers La Fourche du diablotin côté St Denis, et ce tube-là c’est un concentré de joie qui frise l’extase renversée. Oh la vache il faut être tarré pour se laisser bouchonner dans ces tunnels et ces objets roulants…Mais on y revient…

Alors, pour s’aérer après une journée de boulot, sur proposition de Stéphane, nous sommes allés à Beaubourg, en nocturne, visiter l’expo Magritte. Un peintre aux multiples influences littéraires et philosophiques, surtout Pline l’Ancien, Platon « l’allégorie de la caverne » et Hegel. Nous étions nombreux mais nous pouvions voir et nous laisser conduire par le regard décalé et interrogateur de Magritte sur l’illusion des images.

Le tube comment l’aurait-il représenté ? Un tube ouvert vers le ciel, comme si, à Beaubourg, les tuyaux qui font circuler les visiteurs aboutissaient à des perspectives célestes !

La photo de Stéphane prise dans un des tubes du Centre Pompidou, la nuit, nous propulse dans le troisième millénaire. Magritte visionnaire, l’Homme sans visage.

Avec YouTube le tube vient à toi, plus besoin d’aller le chercher du côté du métro ou de Beaubourg.

Néanmoins, en ce début de we, sortons du tube ! Prenons l’air, oxygénons nos petits muscles.

Manteau gris orange : enfilons un tutu et tutoyons les anges

Ce soir je deviens souris. Je suis en vrac à Paname, tellement l’Art me submerge. Help il me faut un jus orange pour irriguer mon cerveau. J’enfilerai bien un tutu pour tutoyer les anges. Je chanterai bien la pluie. Je ferai bien comme Mary Poppins. Je ne suis pas née 42th street et pourtant pour moi la musique et la danse vont de pair.

Swing & sing, c’est la nuit, « tous en scène » avec Fred et Ginger.

Claquettes pirouettes c’est le fête !

Kafka à Paname un 11 novembre : Frida Kahlo vaut les tours et les détours 

Hier avec mes amis, nous devions nous retrouver en fin de matinée au Grand Palais pour l’expo Mexique. Et un truc de fou s’est produit, des barrières de sécurité longeaient les Champs Elysées, certaines stations de métro étaient fermées. Impossible de s’approcher du Grand Palais sauf à être petite souris et a passer par les égouts de Paris. In fine on en a rigolé mais bon ce fut épique !

Les quelques toiles de Frida Kahlo sont énormes, son double portrait avec une 1/2 représentant Diega Rivera et l’autre elle. Les deux Frida avec un cœur irrigué et l’autre meurtri exsangue. Son cadre portrait étincelant de couleurs du Mexique et ses natures mortes.

Vive la France et vive le Mexique !

Une tête qui sent passer les courants d’air

Cette statue peut être observée au Pergamon Museum de Berlin sur l’île aux Musées. Finalement, même sans ses yeux ni le haut de son crâne, cette statue nous raconte un truc. En se rapprochant de ses lèvres, ce soir, elle m’a dit qu’elle s’aprêtait à lancer une mode. Ainsi, la nuit, on pourrait décrocher son cerveau, le brancher et le régénérer sur un disque dur, ou sur un autre cerveau. Pendant ce temps on s’aérerait le reste de la tête, pour mieux sentir les courants d’air et on laisserait voyager nos yeux pour qu’ils reviennent remplis d’images inter-galactiques.

Faut dire que sans passer par les récits d’anticipation, certains soirs, je me sens lobotomisée, et en peine de pouvoir voir avec mes yeux.

Visionnaire cette statue, décidément l’Art Grec !

 

 

 

Ô chère ligne 13 …. si loin de nos vertes vallées

« Treize » exactement la ligne du métro parisien qui porte le numéro porte bonheur c’est la M….

Habituellement je me sens sardine sur la ligne 13. Mais ce soir c’était le pompon. Départ du boulot vers 20h, et me voici ou plutôt voilou (pour ne pas dire hum hum) nez à nez devant un magma de gens qui ne pouvaient passer les tourniqués. 3/4h d’attente, because, colis suspect. Pas de chemin de traverse, juste des énervés et des malabars pour nous empêcher de patienter en paix, tranquillement, le nez dans la verdure, sous un paysage de rêve.

Ah, ou plutôt ô joie, embarquer sur cette fabuleuse ligne 13, c’est comme de sillonner au coeur de ces magnifiques paysages désertiques américains, ça donne à penser, et à se projeter comme le chat du Krazy Kat de Herriman. C’est un drôle de monde absurde, et poétique à la fois, qui aide à pécho sa dignité !

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L’art de la dégustation

Un témoignage adressé à ceux que l’on aime

Le goût, mon goût n’est pas sûr, mais je suis sûre qu’il est à son meilleur, en bonne compagnie.

Qu’il s’agisse de goûter un Saint Aubin 1er cru de chez Dominique Derain ou un Châblis Grand Cru Les Clos de chez Vincent Dauvissat en compagnie d’amis, ou de partager un verre de bernache avec mes parents et ma famille, avant de se perdre dans un menu découverte de chefs étoilés au Michelin, ou de partager un poulet fermier et une tarte aux fruits préparés avec amour par maman, ce sont des moments inoubliables, l’occasion rare de témoigner de son amour et de le vivre « concrètement » et directement, avec ses seuls sens en éveil. La dimension est visible et invisible, l’oeil, la bouche, l’odorat se portent sur des objets extérieurs et j’en fais mon trésor intérieur, sa cage à miel vers laquelle on se réfugiera souvent.

De Roellinger à Michel Rostang entre mer et terre, mon aventure dans le domaine du goût en a vu de toutes les couleurs, ces dernières semaines. Grâce à la Bretagne et à mon Captain venu à Paris, je suis repartie du côté de l’enfance et des gibiers que papa tentait de chasser avec plus ou moins de doigté !

Assurément, le goût, mon goût pour les mets et les vins, les Arts, et la vie, ne peut se départir de ceux que j’aime. Non, assurément pas.

 

 

Le Kronos Quartet au-delà des frontières : un moment hors du temps à la Philharmonie (le 12/11/16)

Le quatuor New Yorkais, le Kronos Quartet, créé en 1973, a fait halte à la Philharmonie cet après-midi. Il y avait plus d’enfants de 4 à 7 ans que d’adultes dans la salle de répétition. C’était un moment de grâce, et de sursaut de notre démocratie. Nous avons voyagé dans différentes cultures et l’âge n’avait pas d’importance.

David Harrington John Sherba Hank Dutt et Sunny Yang ont joué 10 œuvres de musiques du monde (Mali, Syrie, Turquie, Chine, Inde, Ecosse, Suède, USA) qui s’inscrivent dans leur programme « Fifty for The Future ». Ces œuvres contemporaines qu’ils ont « commandées » vont être enregistrées et s’échelonner sur 5 ans. Elles sont conçues spécialement pour la formation des étudiants. Les contenus numériques incluant partitions et enregistrements sont disponibles sur leur site  gratuitement.

Nous avons voyagé du côté du merveilleux, nous avons touché du doigt, des yeux et des oreilles, le fait et le rêve qu’un autre monde est possible, un monde sans frontière et hors du temps dans lequel le partage, et l’écoute, seraient un art de vivre, une nécessité, et surtout un moyen de résister aux dérives sectaires et aux guerres.

Nelson aux doigts d’argent(in)

Nelson Goerner est un pianiste Argentin, proche de Martha Argerich, avec laquelle il a beaucoup joué. Il est rare sur scène, il est rare tout court. Il est un passeur extraordinaire qui tisse des liens entre les compositeurs. La filiation entre Bach et Beethoven ce matin au TCE était évidente. Il a joué l’air varié dans le style italien en la mineur BWV 989 de Bach puis la Hammerklavier de Beethoven et en bis les pas dans la neige de Debussy.

Il a un toucher d’une grande souplesse, sur Bach, le Steinway ne sonnait pas comme d’habitude. On se sentait plus proche d’un  piano-forte. Les notes s’égrenaient comme les pas dans la neige.

Avec la sonate de Beethoven, on ne savait plus où on était, entre folie et apaisement, grandeur et minimaliste. Nous avons été remués, saisis, tétanisés.

Et Debussy, c’était un avant-goût de l’hiver. Les pas dans la neige, c’était ceux de notre passeur, un détour du Père Noël avant l’heure !

Il revient fin 2017 au TCE, courez-y.

PS : Cécile a czpturé notre échange, lors de la séance de dédicace. Il joue 4h par jour, ses yeux sont bleu acier. Il est juste gentil, son regard est doux, et parle bien français.

 

Rêves d’Asie et de fantaisie

Voyages du côté du soleil levant

Ma famille de sang est sédentaire, reliée, attachée à la terre, des hectares arables sis au centre de la France, le centre du monde lorsque j’étais enfant. C’est une famille de paysans, des artisans amoureux de l’argile et de ses pierres de silex. La terre pour nous, c’est sacré, un socle, un enracinement de la certitude d’être là pour quelque chose, prolonger et transmettre les ressources terrestres héritées de nos ancêtres ou acquises grâce à la force de travail de mes parents et à leur esprit d’entreprise ouvert, attentionné.

Nous sommes bien sur terre, a contrario le pied marin, ou l’apesanteur, ce n’est pas trop notre truc. Pourtant, nous aimons la nature, sous toutes ses formes, d’autant que la petite Beauce, semble privée de ses beautés. La nature y semble resserrée, présente à des fins économiques, un grenier à blé nourricier. Elle ne s’offre pas à l’oeil d’instinct. Alors, nous sommes allés, ailleurs, chercher cette beauté dans des fantaisies, à notre portée, en fonction des générations. Mes parents ont su développer leurs passions au plus près de la maison. Le jardin, son potager, la Guimanderie le nom de la maison, son aménagement, son ouverture sur l’extérieur, les terrasses, les fleurs, les arbustes, les arbres, la moquette verte s’étend sur près d’un ha. Nus pieds, la tête pleine d’envies et de savoirs, mes parents ont su construire leur univers, entre l’aviation, les antiquités, et surtout l’Amour de son prochain, et la famille resserrée en son noyau, la laïcité était notre crédo.

La génération d’après mes parents, mes frères et moi sommes sortis du nid dans un rayonnement plus ou moins large. Mon frère aîné a vécu dans les environs de Paris, c’était loin alors pour moi. Il a choisi une autre vie que celle de la terre mais en même temps, pas si éloignée, car il a évolué dans l’agro-alimentaire et il a rencontré une fille de paysans, devenue sa femme. Mon frère  cadet s’est expatrié en Afrique avec sa famille, sa femme est issue aussi de ce secteur. Plus tôt sur la carte du temps, peu après la mort de Mao, il a fait son stage de fin d’étude en Chine qui ne s’était pas encore éveillée. Lui aussi a choisi une autre vie que celle de la terre mais les télécoms ça permet de relier les hommes entre eux d’où qu’ils soient sur la planète. J’ai fait mon 1er voyage à l’étranger à 14 ans en Grèce au plus près du berceau de notre civilisation. Depuis, je navigue entre la capitale et Villetrun, en m’écartant peu de la terre, et en essayant d’apporter un peu plus que la lumière.

Comme des grandes pousses, mes neveux voyagent de plus en plus loin, à titre personnel ou professionnel. Ils aiment l’Asie, la fantaisie, ils ont compris que la vie c’est quelque part entre Villetrun nos racines, les océans, et le ciel, et que nos yeux bridés et profonds, qui viennent de maman ont su se conjuguer avec le caractère passionné et breton de papa.

Bon vent, mousses qui roulez sur vos couloirs terrestres et célestes, la fée a remisé son balai, mon Captain veille et je crois que l’heure est venue de voter aux primaires en qualité de primate ailé qui croit encore à un monde meilleur, sans frontière, débridé…

 

 

 

Des vitamines tombées du ciel

Novembre, ce n’est pas le meilleur des mois pour aller capter la lumière. A la tombée du jour, je restreins ma quête sur la perception d’une étincelle de lumière intérieure, celle d’une actrice, Isabelle Carré, qui, sur la scène du théâtre de l’Oeuvre, fait parler les ombres, et convoque le sourire d’Audrey Hepburn et ses souvenirs. En plein jour, c’est du côté de la Muette et du musée Marmottan que la lumière me convie. Les peintres de l’impossible Hodler, Monet et Munch, me font entrer dans leur rapport au rayonnement du soleil, et à ses reflets sur les paysages, et sur eux-mêmes. Et, entre ces moments suspendus, je regarde les êtres dans le métro et je perçois des envies de vitamines tombées du ciel. Je ferme alors les yeux, je ne dors pas, j’écoute les électrons me raconter tout bas, « la fée électricité pédale à fond, comment vivre sans lumière » ?

 

 

 

Nuit sous les plis ou pluie sur le nid

Le silence ronronne, la nuit agite ses moteurs, ça circule sur le périph.

Le ciel n’a d’yeux que pour la lune, il paraît que Bowie y habiterait et aurait rejoint Major Tom.

Dans la nuit sous les plis…des idées saugrenues pleuvent sur le nid.

L’Homme est-il l’avenir de l’ours ?

Saviez-vous que l’ours était un mammifère qui a mal tourné ?

Carnivore puis omnivore il s’est adapté à son environnement.

L’ours est plantigrade comme l’Homme, il s’appuie sur ses plantes de pied pour marcher ou courir (50 km/h). Il n’est donc pas digigrade comme les chiens et les chats. Il est dextre, le Panda a six doigts, il a un pouce opposable pour tenir les tiges de bambou.

La majorité d’entre eux vivent dans les régions très froides du globe, dans le nord, l’Arctique l’Alaska l’Amérique du Nord la Russie mais une petite population réside sous l’équateur en Malaisie, en Chine, en Indonésie…et quelques uns en Europe. Ceux des Pyrénées une trentaine sont les descendants d’un ours slovène Pyros.

Toutes les espèces ne pratiquent pas le sommeil hivernal. Exemple l’ours polaire qui ne craint pas les températures descendant jusqu’à -40. Son sommeil hivernal est léger, il se réveille. Pendant son hibernation un petit bouchon de poils se crée au bout de son tube digestif. Leur cœur bat toutes les 20s pendant cette période. Pour se nourrir ils piochent dans leur graisse mais pas dans leur muscle.

Ils sont arrivés il y a 20 millions d’années. La 1ère branche c’est le panda, ligne européenne. La 2eme c’est l’ours à lunettes et la 3eme ce sont les urcinés (brun, blanc et noir).

Michel Pastoureau rapporte qu’au 12/13eme s l’ours était le Roi des animaux mais l’Eglise l’a évincé de son piédestal car il avait un caractère anthropomorphe ! Animal à la force bestiale, aimant la luxure, le plaisir, la chasse…

Il faut savoir qu’Arthur vient de Art qui veut dire Ours.

En résumé courez au Musée d’Histoires Naturelles de Paris et visitez l’exposition « Espèces d’Ours ». Je n’ai photographié que les squelettes mais un certain nombre sont naturalisés par des taxidermistes. Vous verrez des films passionnants et lirez la légende vraie autour du Teddy’s bear !

 

Le samedi lutin

Se coucher à 3h du matin après une belle nuit de discussion et de dégustation multiple, passée en bonne compagnie, c’est un mode de régénération qui donne des ailes et accélère la pousse des poils.

Ce samedi je me sens lutin, j’ai laissé ma nuisette au placard, je détache mon regard noisette pour traverser le ciel éclairé par le soleil froid du matin. J’ai chaussé mes godasses de djinn, je vole, ma monture a la bride défaite. Un ristretto c’est assez pour mettre un pied dans la chaussette. Il fait frais. Hum hum hum.

Un chien cyclope nyctalope 

J’ai adopté un chien. Il s’appelle Lux, tellement son intelligence oculaire est lumineuse et il vient de Ur en Mésopotamie.

J’ai déposé une annonce « adopte chien cyclope nyctalope » et le Père Noël me l’a livré il y a presqu’un an sur le canapé en descendant directement de la cheminée. Depuis, il n’a pas bougé. Car dès notre première rencontre, je lui ai dit « pas bougé Lux le chien » !

Parfois, il me regarde avec son mauvais œil, comme s’il voulait me dire quelque chose, sauf que non seulement il n’a qu’un œil qui ne voit bien que dans la pénombre, mais aussi il n’a pas de gueule, ce qui l’empêche d’aboyer.

Lux, la nuit, ronfle et rêve d’Ur dans la douceur.

La police lunaire vu d’ici

La police lunaire de Tom Gauld est une BD poétique, drôle et plus vraie que le réel de notre monde terrestre.

Il y est question de statistiques sur la résolution de crimes qui n’existent pas, et de pression hiérarchique. Le héro voudrait rentrer sur terre car seulement trois humains et un chien ont élu domicile sur la lune. Il s’ennuie et demande sa mutation. Sa hiérarchie, en guise de réponse, lui envoie un psy robot car elle pense qu’il déprime et qu’il a besoin de soin ! De plus, personne ne veut le remplacer, et il obtient de bons résultats.

Le robot psy ne va pas tenir la distance, il trébuche au moindre obstacle sur le sol et a besoin de l’aide du policier pour retrouver sa mobilité. Il implosera à la première recharge électrique.

Mieux qu’un verre de Whisky, je vous conseille ce livre de poésie écossaise qui nous invite à rester au chaud avant ou pendant la tempête.


Songes étranges

L’hiver, le poil protège. L’été c’est loin d’être esthétique et pas très aérodynamique.  En conséquence, je revendique la possibilité de troquer ses poils contre des ailes. Oui, mais pas n’importe quelles ailes, des ailes d’anges ! Au choix celles de l’angelot de la Cathédrale de Berlin ou celles d’un ange (barbu) du jardin du Luxembourg voire celles de l’ange en bois du musée des Beaux-Arts de Nancy.

L’heure de l’être ange n’a pas sonné, en attendant, je vais retrouver les mésanges de ma campagne, en fermant les yeux.

 

L’âme du « faune » (sans 4G)

Du jardin du Luxembourg au Finistère en passant par Debussy et Picasso

L’heure est au « phone », à sa petite musique de mots, à peine écrits qu’ils s’effacent, mais aussi, à son ouverture sur un univers du possible, inter-planétaire, ultra-connecté qui dépasse les mots. La constellation du « phone » nous satellise, nous fait voyager, et parfois, nous déconnecte de nous-même.

« Qu’il fasse beau qu’il fasse laid », j’aime à changer d’air, retrouver l’univers du solide, du tangible, et paradoxalement celui des mythes grecs, ce n’est pas mieux me direz-vous, et bien pas si sûr, car c’est un retour aux sources, aux fondamentaux, qui aide à passer du virtuel à l’Humain. Le mythe n’est-il pas une lecture saine de l’Homme et de ses passions, une façon de nous faire réfléchir sur le mode de la métaphore et de l’auto-dérision sur le dérisoire et l’essentiel, pour mieux nous aider à revenir sur terre.

J’avoue ma proximité pour le « faune » du jardin du Luxembourg. Pas de sonnerie entêtante, j’ouvre grand les yeux, et je me laisse envouter par le son muet de sa flûte. Je le suis avec mes oreilles pointues, fruit d’un mimétisme naturel, et je me rappelle les notes du prélude à l’après-midi…Des petites cornes poussent comme des feuilles d’hêtre sur ma tête, une longue queue bourgeonne derrière mon sacrum, et je pars, ailleurs, sautillante, esquissant les pas d’une danse légère, mue par un sentiment de bien-être et de détachement, en équilibre instable sur le sol. Mais le plus fort, c’est lorsque s’invite l’autre « faune », celui que l’on n’attendait pas, et que vient le moment de danser à plusieurs comme sur la lithographie de Picasso « la danse des faunes ». Nous célébrons alors la vie ses joies, ses peines, tout en jouant, le corps en mouvement. Et, pour poursuivre au pays des « faunes », au bout de la terre de ma chère Bretagne, j’en ai rencontré un, en eucalyptus, sculpté par Virginie Ferragu. Sa tête lubrique me rapproche de la réalité et de mes Humains d’amis qui le sont tous plus ou moins… »faunes ».

 

 

« Où est le houx » ? Ou « to be or not to be » autant de questions sans réponse…

« CQQPCOQP » ce sont les initiales des questions (comment quoi qui pourquoi où combien quand pourquoi) à se poser au début d’un CPS (creative problem solving) pour décrire une problématique avant de dérouler une méthode de résolution de problème. Pour ce soir, ma question métaphysique est plus simple « où est le houx » ? Cette question n’est pas référencée dans les livres de management, elle se pose pourtant à tous ceux qui veulent décorer la porte d’entrée de leur habitat à l’approche de Noël. A Paris, on trouve le houx chez les fleuristes, à la campagne, il suffit de se perdre en forêt.

Revenons à des choses sérieuses, selon William Ned Herrmann, grâce à nos couches successives, génétiques et d’acquis en termes de culture, d’éducation, d’apprentissage, d’expériences, chaque être humain sollicite plus ou moins son cortex gauche ou droit, et son limbique gauche ou droit. La méthode Herrmann nous permet en répondant à un questionnaire de savoir comment on utilise les quatre cadrans du cerveau, quelles sont nos domininantes. Autrement dit, la manière dont vous vous questionnez vous dira pas mal de choses sur qui vous êtes. Pour résumer, nous sommes tous des utilisateurs asymétriques de ces 4 zones du cerveau (cf schéma ci-dessous).

On est tous plus ou moins « bleu » (cortex gauche), logique analytique factuel rationnel -> zone du cerveau qui répond à la question du quoi ?
plus ou moins « vert » (limbique gauche), organisé conservateur minutieux -> comment ?

plus ou moins « rouge » (limbique droit), émotif, empathique, kinesthésique -> avec qui ?

plus ou moins « jaune » (cortex droit), intuitif global créatif -> pourquoi ?

Mais « où est le houx » on ne sait pas à quelle partie du cerveau le rattacher ? Peut-être au reptilien, au côté animal !

Antigone n’est pas de sortie (68)

Ce soir je me pose…j’en vois qui sourient, moi aussi !

 

Ce soir je me pose, et me dépose, bercée par l’air du temps qui s’est infiltré par le toit. J’écoute, je regarde, je sens que le nid se remplit d’un vide qui ne l’est pas, je mesure le côté plein du « gone » d’Antigone. Ce n’est pas un polygone, mais la politesse d’une forme imaginaire. Je la mesure à l’aune d’un instrument absent des comptoirs ou de la géométrie. Elle n’est pas très lisible, elle se laisse entrevoir, son dessin n’est pas très net net net. Pour la saisir sur les bords, je lui parle dans un langage qui flirte avec le vertige. Et progressivement, Antigone s’éveille, se déplie, déroule ses bigoudis, et aère ses yeux tout remplis d’embruns. Petit monstre marin parisien, elle enlève sa carapace, d’un coup de zip, puis se plonge sur son tapis de plage, presque nue. Ce qui la protège ce sont ses grains de beauté sur sa peau car ils poussent pour mieux repousser la nuit et le jour. Ses grains communiquent entre eux et lui murmurent des histoires, des idées bizarres. Et quand la connexion est à son zénith, une muse vient lui titiller le museau, et sa souris s’amuse de son jus de cerveau. Avant que la fatigue ne prenne le dessus et que sa tête ne s’embrume, elle prend son manteau, et met son côté « gone »en avant comme une lampe de poche. Un tour de clé, elle part goûter le sirop de la rue, et croise ceux qui sourient, et elle se dit, moi aussi !

PS : ce soir c’est un peu spécial…c’est mon 68ème article, des milliers de visites de France, du UK, de Thaïlande (merci Charles :-))) s’y sont retrouvés. Ce blog, je l’ai créé le 28 août 2016, le jour où nous sommes allés à Rock en Seine avec Ph. Notre pH n’est pas resté neutre cette nuit-là…car il a fallu se désaltérer tellement il faisait lourd, même après minuit. Nous avons retrouvé nos yeux d’enfants, et notre sourire « banane », en écoutant et en regardant Sigur Ros, un groupe islandais qui vous laisse sur place en vous imprimant l’ineffable sur votre mémoire avant qu’elle ne s’efface (cf. mon article sur le sujet).

« La photo en une » de ce 68ème article, qui démultiplie par l’effet de la boîte de Kusama le reflet des diodes et de mon oeil qui frise, c’est un autre fragment de ma mémoire, un détour du côté de la Lorraine avant le 15 août du côté de chez Catherine et qui a donné lieu à plusieurs articles.

A bientôt, pour des nouvelles or et ange, du jus de bitume, des histoires qui tombent du nid et qui se plaisent à zigzaguer entre le ciel et des bouts de l’ailleurs. Soyons fous, laissons passer la lumière, posons-nous, déposons notre carapace.

Spéciale dédicace à Mon Captain qui répond à ma prose par des poèmes en rimes, sans frime, juste en étant lui-même car c’est la meilleure façon d’être…. Vive la Bretagne !

Sleep tight, don’t let the beds bugs bite, je vous embrasse.

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Rêve de glisse…je glisse dans le rêve 

Surf, skate, roller, trottinette, le sport ou l’activité de glisse est tendance. Les sensations sur l’eau ou sur terre ne sont pas comparables. Une vague ça envoie du lourd, le bitume ça remue moins. Dans un cas, c’est la mer qui t’emmène, et dans l’autre, c’est ta propulsion qui emmène le bitume avec toi.

Ce soir, je rêve de glisse les yeux ouverts, je me dis « ecce omo », la vie c’est comme la glisse, parfois on se régale, parfois on galère car on rame à contre courant. Mais la glisse c’est tellement bien qu’on y revient. Vous prendrez bien encore un peu de réglisse !

Plus confortable sera le moment, tout à l’heure, où je glisserai dans le rêve, après avoir brossé mes dents au dentifrice à la réglisse…

Clown sans nez rouge

Petit clown en herbe,

Une orange à la place du nez,

Je fais des galipettes,

En allant voir et écouter des artistes.

Ma tête tourne toute seule,

En orbite entre ici et l’ailleurs.

En ce 13 novembre, je me rue, je cours du côté de l’Art, l’Art qui court les rues, l’Art tout court, l’Art de vivre, et du comment vivre.

Comment vivre quand on est clown ? En essayant d’être heureux avec ceux que l’on aime et qui vous aiment, la banane en bandoulière.

Les contes d’Hoffmann sans Jonas Kauffman

Hier a l’Opera Bastille, avec Mon Captain et Cécile, nous en avons pris plein les yeux et les oreilles. La mise en scène et les décors étaient extraordinaires, entre contemporain dépouillé et baroque, entre histoire vécue en directe et mise en abime de l’histoire dans une autre histoire. Le poète incarné par Ramon Vargas a su remplacer au pied lever Jonas Kauffman et nous embarquer dans son ivresse, au pays du boire et des déboires amoureux. Le moment de folie en termes de mise en scène, et d’histoire et de beauté du chant, fut la scène d’amour avec l’automate Olympia. La chanteuse était extraordinaire, elle nous a donné l’illusion qu’elle n’était qu’un mannequin fruit du cerveau d’un professeur Nimbus. C’était drôle, subversif, et aussi remuant.

S’il reste des places, foncez c’est énorme génial en tous points.

Et le chef Philippe Jordan assure as usual !

Vorfreude (l’anticipation joyeuse de celui qui imagine un plaisir futur)

Parfois, j’ai les crocs !

Vous souvenez-vous de cette affiche faisant l’apologie de la lecture, Gérard Philipe, les yeux exorbités, dévoreur de livres, et affichant un sourire de délectation ? Cette publicité décalée orne certains murs d’une des boutiques de Gibert Joseph boulevard St Michel.

L’amour des mots, des livres, de la langue. Et la dialectique des  mots et de l’amour, quel bonheur, …c’est le thème du « positive lexicography project » de Tim Lomas. Son site web comprend un lexique de mots d’amour, 62 langues s’y retrouvent, ces mots parlent d’amour et de bonheur et sont sans équivalent d’une langue à l’autre.

Et même si traduire c’est trahir, je vous donne un aperçu avec MAMIHLAPINTAPAI qui vient du Yagan langue amérindienne parlée en terre de feu et qui signifie un regard échangé entre deux personnes dont chacune espère que l’autre va prendre l’initiative de quelque chose que toutes deux désirent, sans qu’aucune des deux y parvienne.

Je ferme ma bouche, et vous encourage à développer « ce vice impuni, la lecture », et à vivre d’autres sentiments dont la nuance dépasse les mots et leur traduction.

Âne : un autoportrait « vérité »

Âne est plus ou moins poilue, elle perd ses poils et est au poil en « bonne » compagnie.

Âne a une bonne vue, c’est pourquoi elle conduit et pratique l’auto-dérision.

Âne préfère l’herbe au bitume, ou l’inverse. L’hiver, elle boit des tisanes pour éloigner le rhume. L’été, elle évite le soleil car sa peau craint la surexposition.

Âne aime la mer, les sirènes, et les petites algues, parfois elle rêve qu’elle nage dans l’océan.

Âne préfère la nuit au jour, ou le jour à la nuit, tour à tour, et puis s’en va, retrouver son espace qui n’a ni bordure et alentours.

Âne crâne sauf lorsqu’elle sort avec ses oreilles dépliées.

Âne est libre de ses quatre pattes, quand elle vole, elle fait des pirouettes avant de retomber sur ses pattes.

Ânnette, Aneth, Animae, Âme, Anne

Grains et graines sous le soleil d’automne

Le petit animal, que je suis, trimballe un grain de sable dans son œil. Ce morceau brut et cristallin s’est extrait d’une plage de Bretagne. Il a fait le chemin jusque dans mon globe gauche. Ce grain breton donne à mes larmes un goût iodé et salé. Il distille aussi un goût de miel et de caramel. Je le conserve jalousement car je vois mieux ainsi.  Les jours de marée parisienne et de grands vents entre les tours de béton, j’ouvre grand l’œil et mon grain lève le voile, et me voilà embarquée sur l’océan auprès de Mon Captain.

Le petit animal est rempli également de graines dans son cerveau, des céréales qui germent les jours de pluie ou des petits pois qui se transforment parfois en purée. De temps en temps, pour aérer ses grains et ses graines, il écrit ou il s’exprime en ouvrant le bec, et s’étonne lui-même de ce qu’il met en mots ou dit.