Train train pas quotidien

Cela remonte à 6 mois la dernière fois que j’ai pris le train pour aller voir mes parents. Le tgv c’était mon train train à moi, j’y joue depuis toute petite. Du train miniature électrique à ce tgv-là, moyennant quelques entrechats, il s’est passé peu de choses. Les champs floribonds ont perdu leurs coquelicots et mes joues leur coupe rose. Et Noël a oublié qu’il pouvait faire froid ce jour-là jusqu’à convier la neige. Pour le reste, avec maman et papa, nous allons nous retrouver et c’est tellement exceptionnel que je me dis qu’être en vie c’est une chance, que je ressens pleinement.

Grand voyage

Sur mon dos, j’ai déposé le gros sac, celui qui contient 10 kg, comme si je partais pour un voyage lointain ou le grand voyage. L’essentiel y figure en bonne place, en pôle position, sans moteur ni émission de CO2, le que sais-je sur les 100 mots de la poésie de Jean-Marie Maulpoix . Il y parle de la poésie comme d’un mouvement qui rapproche de la vie . Avec cet abécédaire je suis parée pour retrouver le sens de la vie ! Dans le métro il fait chaud, les gens vont travailler. Dehors, il faisait doux, il pleuvait, et je pleurais, je pensais, c’est Noël enfin, mon gros cadeau : voir maman et papa, être avec eux, quelques jours, se regarder sans s’embrasser ne pas se toucher même pas s’effleurer les bras, les mains, les joues mais s’étreindre le cœur, en profondeur.

Chacun sa vague : souvenez-vous de « the long and winding road » des Beatles ou de the « look of love »…d’ABC

Mardi soir, j’ai pris une décision sans importance de prime abord, en branchant le radio réveil sur France Musique, pour protéger mes oreilles du journal de France Q de Guillaume Erner ou de celui de Nicolas Demorand sur France Inter qui finissaient par me déprimer et se ressembler d’un jour à l’autre, 2ème confinement, et après… 7h30 était passé de quelques minutes quand, les Beatles, ou plutôt la voix de Paul Mc Cartney et sa composition magique « the long and winding road » de l’album « let it be » m’ont tirée doucement de ma torpeur. J’ai senti toute mon enfance se jeter sur ma couette, que j’ai tirée pour me couvrir le menton jusqu’au front, histoire de ne pas en sortir trop vite. C’était immense, presque comparable à la poésie de la vague d’Hokusai, je la regardais en fermant les yeux et en ouvrant grand mes oreilles et puis, je retardais le moment de poser le pied sur le parquet. Je me suis rendormie un petit moment et à 8h, le générique de la station m’a re-réveillée et je me suis dit « oh » il faut se jeter sous la douche, tant pis pour cette fois (hum, ce n’est pas la première…), je ne me laverai pas …enfin, je me contenterai de l’essentiel. Ce sera « ma version » de la toilette « sèche », ah ah. Tiens à ce propos le Président M. ne nous a pas encore donné de consignes à ce sujet, peut-être que la crasse protège ! En tous cas, c’est pas plus mal pour la planète, je consomme moins d’eau !!! Donc, sous la couette où je mijote et échange des instants de vapeur avec mes draps et mon matelas, l’âge aidant, je me revoyais dans la maison de Villetrun, écoutant la discothèque 70’s de mon frère cadet, Pink Floyd, Genesis, Yes, les Beatles, CSN&Y, Supertramp, les Moody Blues… Quant à ce matin, j’ai découvert Yaron Herman un pianiste de jazz qui reprenait en trio Radioheads le titre « no surprises » et cela en fut une, tellement c’était simple, car c’est dur d’arriver à cette épure. Pour continuer avec la nostalgie que véhicule très bien la musique, ce midi, j’ai regardé les jaquettes de mes cd « live » de David Bowie et franchement, ce mec de Brixton, banlieue sud de Londres où nous sommes allés il y a 2 ans avec Mr T, était un sacré musicien. J’ai une préférence pour l’époque Hunky Dory ou son album Station to Station et sa période berlinoise lorsqu’il vivait sous l’emprise de la poudre blanche et composait sous l’influence de Brian Eno. Et pour finir, ce soir, par hasard, en surfant sur la toile, je cherchais si « Kings Of Convenience », les Simon & Garfunkel norvégiens, duo folk qui a émergé en 2000, n’avaient pas prévu de sortir d’album quand j’ai retrouvé un article extrait d’un magazine de pop musique que j’ai acheté à l’époque, en sortant du boulot au CNIT, et dont je me rappelle comme si c’était hier. Je relis l’article et découvre surtout un site web génial qui propose une mine d’informations sur les musiques des 80’s et 90’s. https://section-26.fr On y trouve des listes de musiques à écouter dont « the look of love » d’ABC et la vague est revenue…

Vaison un jour V. toujours, allons-y (re)faire un tour

A Vaison, j’y fais des tours, des détours et des retours, des circonvolutions, par les siècles, et les prétextes. Toujours là, ici présente, en congés, ou plus exactement en vacances de la vie trépidante de la machine sociale qui me structure et me nourrit de haut en bas, en liberté d’agir ou pas, de lire et de regarder de près ou de loin, en prenant le temps, l’œil nu, corrigé d’un verre de lunettes ou caché derrière la focale, je suis ici, goûtant et faisant loisir de peu de choses, et me susurre, en me frayant un chemin qu’est-ce que ça fait du bien !

L’ombre, la Sorgue et moi

Avec moins de tifs, telle Venus débarrassée de sa fourrure, je suis descendue de l’Olympe, légère, quasi nue, pour me frotter à la canicule. Tout en marchant le long de la Sorgue, mes pensées flottaient, regroupées, semblant rejoindre des bancs de petits poissons puis se sont arrêtées net sur un ombre propulsé par l’onde. Étonné par mon rougeoiement dû à un excès d’UV il m’a pris par la nageoire et plouf, le plongeon fut fatal. Je lui ai donné un de mes tifs, il ne semblait pas craintif ni rétif, ainsi notre destin fut scellé à compter de ce jour, à l’Isle-sur-la Sorgue entre mon ombre et moi. Si je n’étais pas passée chez le coiffeur, mes mots intérieurs seraient restés enfermés dans mon cuir chevelu, confinés au pays de la kératine et n’auraient pas rencontré cet ombre sympaquatique !

Nyons en trompe l’oeil

Nyons vaut le coup d’œil. Il suffit d’enjamber l’Eygues et un pont roman et non romain, à une vingtaine de kilomètres de la maison, pour le découvrir. En dehors de ses olives qui ont forgé sa renommée, la ville regorge de petits chemins le long de la rivière et de ruelles qui vous conduisent dans ses hauteurs jusqu’à une tour datant du 13ème siècle et un sanctuaire. La tour nommée Randonne a été édifiée par Madame de Montauban pour protéger la baronnie contre les assaillants puis au 19ème siècle elle a été convertie en chapelle, la chapelle de Bon Secours. En principe, elle ne se visite pas sauf une fois par semaine, en sollicitant un guide, en format groupe. Coup de peau, nous sommes arrivées à ce moment-là et c’était merveilleux de pouvoir découvrir la vierge, les fresques, en fin d’après-midi.

Campari c’est pas fini

A Arles, le théâtre antique et les thermes de Constantin saisissent le regard. Habituellement à cette saison s’y déroulent non pas des combats de légionnaires mais de nombreuses expositions photographiques. Difficile de ne pas succomber à cette ville circulaire, d’autant qu’elle héberge le siège d’Actes Sud et en son sein une librairie de folie…

De-ci de-là sur les pas de Jaccottet

Nyons, tout près, compte plus d’oliviers et de fruits noirs à noyaux que d’habitants. Sur les marchés, de-ci de-là, comment ne pas être tenté par la générosité de la terre qui produit des légumes et des fruits à foison tant des pêches que des tomates hors gabarit et pleines de jus et de saveurs ? Les figuiers commencent à sentir bon aussi et les lauriers rose leur tiennent conversation ! D’un chemin à l’autre, la poésie me conduit sur les pas des poètes et en particulier de Jaccottet qui, du côté de Grignan, a choisi d’écrire et de traduire, loin du bruit et de la fureur, tout à côté du château de la comtesse de Sévigné… (la fille de la marquise) et non pas de Ségur !

Les dentelles de Montmirail

A la différence de nombre de mes congénères je n’éprouve pas un goût immodéré pour la dentelle, même si celle de Calais appelle doigté et savoir-faire et convoque le respect dévolu à cet artisanat de précision et du temps long. De par son aspect rigide et séculaire à mes yeux de papillon de passage sur terre, l’espace d’un souffle et d’un battement d’ailes, et qui ne tisse pas grand chose, cette activité artistique me semble trop luxueuse pour le monde frénétique d’aujourd’hui. Le raffinement de l’ouvrage appelle une forme de sagesse que nos ancêtres habitant des campagnes pauvres et indigentes possédaient. Le son des horloges et de leur carillon s’accordait au cliquetis des longues aiguilles qui dansaient la godille avec les doigts des femmes d’alors. La monotonie suivait la ligne des napperons et le vertige se perdait dans les pupilles de ces paysannes résistantes et artistes sans le savoir. Au 21eme siècle, descendante d’une tradition qui se perd, j’ai honoré un rendez-vous avec les dentelles de Montmirail. Jour et nuit depuis des millénaires, la roche calcaire sort ses dents, pas des jolies petites canines, mais des incisives de mammouth à l’accroche vertigineuse plus remuante que le toboggan de mon imaginaire céleste. Sur ce mont admirable à moins de 1 000 mètres d’altitude, mes muscles plats s’emploient à une escalade virtuelle. Je sors ma corde, mon harnais, mon piolet, et mon sac à dos dans lequel j’ai placé délicatement des fraises de Villetrun au cas où je serais saisie par une fringale. En épousant la roche, en m’allongeant sur ses failles, je me mets à penser aux marques de soutien-gorges, à leurs vues imprenables qui pourraient innover et proposer une collection « Montmirail », de quoi inviter leurs locataires à découvrir d’autres dentelles, d’autres dimensions plus rupestres et abracadabrantesques…

Drôles de fraises (ville)trunoises

A Villetrun, les fraises défrisent, rien à voir avec la gariguette, la mara des bois ou la tagada ! Entre les haricots et les herbes aromatiques, elles sortent leur jolie frimousse, l’été, à l’arrière des champs de blé sous l’effet conjugué des rayons du soleil et du passage de la pluie ou de l’arrosage de papa leur jardinier. Parfois, elles parlent et lui disent « ne ramène pas ta fraise Gérard sinon, je vais t’envoyer chez le dentiste qui te montrera ses fraises métalliques ! » Et, là, sans surprise, maman les cueille, et les entend se marrer une première fois avant de continuer à nous raconter des drôles d’histoires sous forme de confiture ou de sorbet. Impossible de résister à ces petits bouts de fruits intrépides, habillés d’un petit col vert .

Le luxe de la vie ordinaire

Au luxe je choisis la vie ordinaire

Au savon LVMH la savonnette de la supérette

A l’intensité la sérénité

Aux histoires d’un soir la rencontre d’une fin d’après-midi

A la richesse du tout celle du rien du tout

A l’amour éphémère l’amitié d’une fée et le regard tendre d’une mère

A l’amer musical le silence de la mer

A l’envie d’ailleurs la vie d’ici

A l’espoir l’espérance

A moi le nous

Aux bigoudis les rouflaquettes

A demain le bel aujourd’hui

Voir clair malgré les masques

Voyageuse masquée, regard perdu, presque léger, en quête d’océan et de vagues, je surfe entre les gouttes du C-19.

C’est l’heure du train, loin du train train, les gens sont tendus, silencieux. Faut dire que nous sommes samedi et qu’il est tôt ! Les départs en vacances remplissent les quais et les wagons.

Seule certitude sur le monde d’après, si nous voulons arriver à bon port, c’est celui du masque obligatoire qui compte, question de civisme et de survie. Quant aux impacts sur l’entreprise, j’ai le sentiment que notre direction freine, sur tout, qu’elle nous gouverne par la peur, nous voilà revenus au monde d’avant avant, en pire. La confiance n’est plus feinte, elle n’existe pas, c’est visible, les caisses se vident, les projets vont dans le mur, nous avec et les injustices se creusent. Et le pompon, malgré le port obligatoire des masques en salle de réunion et dans les espaces communs, jamais j’en avais vus autant tomber au top floor de la boîte et ce n’est pas joli joli…ni fini fini.

Là, maintenant, dans le monde d’ici, n’est-ce pas le moment d’éplucher des oignons et de lâcher sa bonne énergie, libéré de tout masque, loin des larmes des crocodiles qui ne nous font pas pleurer et encore moins rêver !

Un homme en alpha à la recherche de son oméga

L’alpha rouge à l’arrêt avait perdu son Roméo. Le rayonnement de la pleine lune, dit-on, avait égaré sa brune. Il errait à la recherche de celle qu’il appelait par le dernière lettre de son alphabet intime, Oméga. Elle était sa fin, il en était au début, il ne savait pas quand tout avait commencé mais il se sentait exister à travers elle.

Un monde démontable

Et si le monde s’apparentait à un gros ensemble en kit, constitué d’éléments imbriqués mais démontables, nous pourrions séparer chaque forme du tout, mettre de l’espace entre elles, leur unité deviendrait élémentaire, et ne se perdrait plus dans une sphère globale. Les experts diraient que ce qui fait la force du tout, c’est le particulier, sa structure locale, son génome, sa fragilité intrinsèque, sa consistance différenciante. Chaque bout de terre ou bras de mer serait respecté, car regardé comme nécessaire, vital, essentiel, et serait la démonstration que la vie est toujours là, toujours plus forte et résistante, même attaquée de toute part par les virus, les guerres, ou les traumatismes climatiques. Et, là maintenant, aujourd’hui, au milieu du printemps, le monde, notre monde n’est pas en pièces, il pousse droit ou de travers, un peu plus bringuebalant qu’hier, constitué de particules élémentaires, d’atomes et de petits d’homme, dont le coeur bat et respire encore. Bientôt, les cinémas rouvriront leurs portes, et notre imagination découvrira de nouveaux mondes.

La voie du milieu

« Le courage est le juste milieu entre la peur et l’audace. » Aristote

Je me sens appartenir au monde d’aujourd’hui et on ne peut plus alignée avec les philosophes grecs du Veme siècle avant JC. Quant à celui de demain, il est déjà là, entre nos mains. Pas de grands changements en perspective d’après ma vue basse sauf si nous le voulons vraiment.