Voyage retour avec Air France, une femme commandant de bord tenait le manche : oh que ça fait du bien et plaisir !

Un jour de grève dans les airs, c’est forcément des moments de surprise à la clé ! Hier soir, vers 20h30, nous apprenions que notre vol de 9h, le lendemain, était annulé et que nous devions nous rapprocher d’Air France pour procéder à des modifications. Grâce à nos applications merveilleuses sur nos smartphones qui ne le sont pas moins, nous avons trouvé des places, sur le champ, pour le vol de 7h20 Genève Paris. Une femme commandant nous a embarqués à bord d’un A320, c’est rare, trop rare, et j’avoue que ça fait du bien d’entendre une voix féminine qui tient le manche pendant que les stewarts servent le thé… Sauf qu’au moment de l’atterrissage à Roissy, elle a mis plein gaz car l’avion qui nous a précédés sur la piste, prenait le temps de se garer. Nous avons ainsi survolé Paris, enfin nous avons eu ce sentiment, cette folle et douce impression, soit vingt minutes de vues aériennes « gratis » au-dessus de la plus belle ville du monde ! Nous étions tous muets, traversés par un élan très bizarre, en forme de points de suspension. A ce moment précis, tout était certain ou presque, tous tenus, réunis par ce privilège anormal qui allait nous conduire à un débouclage prévisible de la situation. Nous nous posions aussi tous la même question…Puis nous ressentîmes un profond soulagement confinant à une joie extatique quand les roues de l’Airbus ont frotté le sol. L’arrivée sur la piste nous a un peu secoués, dans tous les sens du terme. Les ailes se sont alignés avec la terre et le freinage a remis notre coeur à sa place.

Dans le bus qui nous conduisait au terminal, j’ai échangé avec un stewart qui me disait que c’était en effet encore rare les femmes commandant de bord chez AF et que certains passagers demandaient ou plutôt osaient demander si les pilotes femmes étaient doublées de co-pilotes hommes car cela semblait les rassurer…

Je suis prête à faire grève et à soutenir les grèves d’AF si c’est pour lutter contre la connerie et les goujats. Sauf qu’une vie n’y suffira pas…

Carnet de bord romain

Pour sortir du cadre qui définit et fige le temps, j’écris sur un carnet de bord, sans bord, afin de parler librement. Il s’agit d’une petite histoire, inventée, qui prend naissance et se termine, ce mercredi, en fin de journée, au moment de survoler la mer, au large de Rome. A bord d’un A320, l’avion entame un virage et l’aspiration « à » et « vers », l’inconnu(e), me saisit. J’ouvre un hublot et je saute sur une vague. A la main, sur un cahier, je prends des notes, je décris mes sensations. Cela ne sert à rien et c’est justement cela qui me tient debout, en équilibre et qui m’invite à regarder au-delà de la vague.

Surfant sur des flots successifs, je traverse un amas de nuages blancs, je flotte. Je circule, des idées poussent en moi et me déplacent. Je sens une présence de l’Autre, cet Ailleurs personnifié, je ne rêve pas puisque je suis là, en train d’écrire et vivre.

J’aperçois la terre, sa verdure, son relief. En attendant de la rejoindre, je plongerais bien dans les profondeurs de la mer, pour aller à la rencontre de l’i-Rebel, si belle, quand elle dézippe les écailles de sa cuirasse pour mieux respirer. J’écoute son coeur, ses murmures, des ultra-sons à la grammaire que je ne sais décrypter. Muette, je lui souris, et je bois la tasse. Pour me sauver de la situation incongrue, elle me branche son détendeur sur les lèvres, et me prend dans ses bras. Sa chevelure d’ébène et la douceur de ses yeux couleur charbon m’enveloppent. Ses joues gonflées me rappellent celles d’Eole les jours de tempête. Elles sont si rondes qu’elles semblent remplies de baisers à venir. Je ne peux parler, ma bouche ne fait que respirer.

Pour évoquer Rome, je suis à cours de mots, d’où cette histoire, hors de la ville, un murmure, sorti des fonds marins, une légende contemporaine du 21ème siècle.