Donne-moi du blé et j’enlève le haut !

Dans un champ, une parcelle de blés, en Villetrunois, je nage, vêtue d’un bermuda orange, le nez au vent, la tête en bas. Vers l’ouest, ma brasse me conduit, sans palme, ni tuba. J’ai enlevé le haut, pour sentir la caresse des épis d’âge tendre, épouser ma peau. À cette saison, l’air frais agite les tiges vertes de la céréale, qui, en se balançant, exhalent une odeur printanière toute crémeuse. Je circule, comme un animal, je me déplace sans laisser d’autre trace que ma bonne humeur. Je hume le moment et l’espace, avec ce qui me sert de prise au vent et puis, d’une main, j’envoie des baisers dans l’espace. Mes yeux brillent, et perlent de rosée, je pratique la nage indienne. Tout à coup, je me retrouve nez à nez avec des coquelicots, frêles, éphémères. Ils s’enroulent autour de mon buste, je me transforme en herbe géante et nous nous mettons à danser un slow rock. Par entrainement, les nuages gris et orageux se mettent, eux aussi, à swinguer sur 6 temps. Étrangement illuminée ou « lumineuse », je me sens riche, le blé m’entoure et me soulève. J’éteindrais bien mon éclairage interne,  le temps de me faufiler dans mon jardin, celui que d’aucuns, presque tous, ne peuvent apercevoir.

Hello « soyons Cosi et remuons notre Q » …

Il fait beau, c’est l’instant idoine, pour voir ce qui se passe dehors, ailleurs, et prendre le temps par dessus la jambe, mû(e) par la seule envie de ne rien faire que d’errer, musarder, aérer tout ce qui le peut. Enthousiasme, et audace mes ami(e)s, car pour sortir de soi et de son chez soi, il faut oser déposer son cul de la commode, ce qui n’est pas toujours aisé… Seul bon réflexe, vital, s’emmitoufler en ce jour d’hiver, de ce côté du globe. Ainsi, un bonnet de lutin, des moufles de perlimpinpin et une écharpe de laine sans oublier une culotte fourrée pour son popotin apparaît comme un moment de lucidité et de bienveillance à son endroit.

C’est parti, j’ouvre la bouche avec satisfaction et l’air que je respire c’est un de ceux de « Cosi Fan Tutte » que je trimballe dans ma tête jusqu’à mes godillots. En rythme, je me balance sur le bitume, comme si j’étais sur une gondole et que je jouais de la godille. Suit alors un ballet qui prend corps et s’ouvre à mes yeux et mes oreilles, un élan qui ne fait pas semblant, un mouvement qui succède à un autre et qui me donne une joie intérieure. Je me retrouve dans la ronde, dans l’espace, dans le swing chantant et je me raconte l’histoire de cet opéra bouffe merveilleux. Tout y est futile, léger, et je vole en virevoltant. La danse est un dialogue musical qui vient du dedans tout en me rapprochant du monde ou des mondes.

Je me laisse flotter sous le ciel bleu aux côtés de Fiordiligi, Dorabella et don Alfonso. Les étoffes de leurs voix me rendent muette, je joue du clavecin et les regarde avec fascination pendant leurs récitatifs. Je m’imprègne de l’oeuvre ou l’oeuvre m’imprègne, je fais des entrechats, je n’ai pas froid, je vocalise, le murmure ne se voit pas, et je chante tout bas

Soave sia il vento
Tranquilla sia l’onda
Ed ogni elemento
Benigno risponda
Ai nostri desir.

Suave soit le vent,
Tranquille soit l’onde,
Puissent tous les éléments
Favorablement répondre
A nos désirs.