Une barque sur l’océan, aux côtés d’Emmanuelle Riva

Des frissons sur la peau, tel un héron blanc à peine sorti d’un onsen (bains chauds publics japonais), j’écoute Ravel, pour rejoindre encore plus ce territoire mystérieux qu’est le Japon. Maurice Ravel était passionné par le Japon tout comme Monnet, leurs maisons et leurs œuvres en ont imprimé le souvenir. Allez visiter la maison de Ravel à Montfort l’Amaury dans les Yvelines, c’est un écrin rempli de japoniaiseries diront les plus critiques, moi j’aime et son piano est toujours là. Et, si je reviens à 2017, ce qui est extraordinaire, c’est qu’à l’hotel 64, l’auberge de jeunesse d’Osaka, ils écoutaient Ravel lorsque je leur ai dit « au revoir ». Une histoire de boucles sans bigoudis ni bigoudens…

Dans le Ryokan où je me repose, je connais les plaisirs de la vie traditionnelle d’une époque surannée. Re-boucle… L’accueil m’a mise ko d’entrée de jeu, je n’ai jamais fait de judo mais ça doit être pareil ! Tout d’abord, la cérémonie du thé accompagnée d’une pâtisserie à base de haricots rouges confits, puis l’explication du port du yukata et du bon comportement à observer dans le onsen. Je m’assoie les jambes allongées sous la table en écoutant avec attention. Je ne sais pas où mettre mes mains…

Après la collation, je me douche et me voilà partie en yukata vers les bains. J’avoue avoir la trouille de commettre l’impair, du type, aller chez les hommes, la tête ailleurs, ou oublier ma serviette dans les vestiaires… Finalement, je me retrouve seule dans le 1er bain chaud à l’intérieur et aussi dans le second à l’extérieur. Dehors, la baignoire est en bois et se situe sous des arbres proches des rochers. Les insectes crissent, jacassent et se bidonnent de me voir nue comme un ver, et en même temps ils chantent « Ô comme elle s’épanouie ici, la petite mignonne presque vieille, et elle semble bien heureuse. » Bizarre ces drôles de petites bêtes, pas si bêtes…et presque très drôles !

Et ensuite et encore, je me suis douchée, sans oublier de m’envelopper de mon yukata et de bien poser sa ceinture. Puis, j’enfile mes chaussettes à deux doigts sans oublier les getas et mon joli petit sac porte serviette que l’on noue, pour pouvoir facilement le porter. C’est un cadeau de l’hôtel.

Je prends l’ascenseur et hop, je suis de retour dans mon enfilade de petites pièces en tatamis qui n’est que ravissement. J’ai la chance d’avoir un balcon avec vue sur la baie et de l’autre côté, des portes coulissantes sur la pièce principale où le dîner sera servi et où je dormirai.

La femme qui m’a conduit à l’appartement et donné à comprendre l’essentiel de la bonne tenue à adopter dans ce haut lieu de sérénité était et est d’une grande beauté. Âgée, plus près de 70 ans que de 60, un visage maquillé, blanc, des cheveux très courts poivre et sel, me rappelle Emmanuelle Riva dans Hiroshima mon amour, 50 ans plus tard ou dans la pièce de Duras, Savannah Bay, mise en scène par Didier Besace, peut-être un an avant sa mort. Cette pièce se passe en Asie, un des plus beaux textes que j’ai pu voir au théâtre. Il parle de passion, de disparition, de deuil, d’impossibilité d’être sans tomber dans la folie. Du Duras à son meilleur.

Mon hôte s’appelle Fujiwara. En prononçant son prénom, que j’ai lu sur son Yukata, la rosée a illuminé ses joues. J’ai ajouté, bien lourde, comme je sais le faire, ah oui « Fujiwara comme le Fuji San »! Silence…. N’est pas voyageur à la Byron qui veut, l’élégance et le panache de la séduction relèvent d’un autre style…

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s